Archives de Catégorie: Polémique

Faut-il interdire l’épreuve de cross en CCE ?

Thibault Fournier jeune cavalier professionnel de 24 ans a été victime d’un grave accident sur le cross de Pompadour dimanche 13 octobre à l’occasion d’une épreuve Pro 4 organisée par le Comité Régional d’Équitation de Nouvelle Aquitaine. Le jeune homme a été héliporté en état d’urgence absolue au CHU de Limoges. Ce drame survient un mois après la disparition tragique d’un autre espoir de l’équitation tricolore, Thaïs Meheust (22 ans) sur le cross du haras du Pin.

La dangerosité de ce type d’épreuve est aujourd’hui clairement pointée d’autant que dans les deux cas on est sur des cavaliers expérimentés malgré leur jeune âge dans des épreuves organisées par des structures dont le sérieux ne peut être remis en cause. Au moment où l’on parle avec raison du bien-être animal, il paraît difficile de ne pas s’interroger sur la simple préservation de l’intégrité physique des cavaliers.

On rétorquera qu’émotion n’est pas raison, ce qui est vrai mais aucune épreuve sportive n’a vocation à devenir un jeu de roulette russe. Compétiteurs et organisateurs ne méritent pas cela. Est-il possible d’améliorer grandement la sécurité sur les cross ? La question doit être posée clairement et si les gens du métier ne sont pas dans la capacité de répondre par l’affirmative, c’est la pérennité même des cross à la papa qui doit être remise en question.

Sans aller jusqu’à l’extrémité radicale, l’interdiction générale des cross, une étude sur l’accidentologie doit être conduite dans les meilleurs délais, susceptible de déboucher sur l’interdiction de certains types d’obstacles et une autre approche de la construction de parcours, peut-être plus faciles mais surtout moins dangereux. L’enjeu n’est pas nouveau:  limiter les risques sans perdre l’âme du complet. L’équation est délicate à résoudre mais il faut s’y atteler une fois pour toutes et ne pas abandonner le travail en cours de route une fois le battage médiatique retombé.

Il ne s’agit pas de vouloir tout aseptiser. Les disciplines équestres sont globalement « à risques » c’est un fait. Chutes et bleus font intrinsèquement partie de ce sport particulier réalisé avec un animal vivant et puissant. Mais aucun sport ne saurait justifier le décès ou des accidents graves d’athlètes professionnels ou amateurs, jeunes ou moins jeunes.

Il y a urgence à réagir.

Pour aller plus loin :

  • cet excellent article d’Ouest France (2016), Le concours complet, le sport le plus dangereux au monde
  • les statistiques des assurances pour l’équitation dans l’UE : 6 000 accidents par an dont 770 morts par an, 45% des accidents hors compétition, classée 5ème activité sportive la plus dangereuse.

Championnats : le sol du Grand Parquet a bon dos

images

Suite au très faible nombre d’engagés dans les épreuves de championnat de France de saut d’obstacles qui se couraient dernièrement à Fontainebleau, Sophie Dubourg, dans un entretien accordé à l’Eperon,  a pointé la qualité du sol et son dénivelé qui seraient des freins majeurs à une participation massive des cavaliers. La Directrice Technique Nationale de la FFE propose comme solution pour l’édition 2020 de passer sur un terrain en sable, sur le même site, ou ailleurs …

Il fallait une victime expiatoire, ce sera donc la qualité du sol. C’est vrai que certaines fédérations équestres européennes rencontrent un problème d’attractivité de leurs championnats avec des titres dévalorisés face à la concurrence de concours ou de circuits privés. A elles de s’interroger sur le pourquoi et de tenter de trouver des solutions. Les raisons sont sans doute multiples (dates, dotations, avantages liés au titre…) mais, dans le cas français, faire porter le chapeau à la nature du sol du Grand Parquet semble un peu court. Ce genre d’affirmation ne peut se faire au doigt mouillé après avoir interrogé en catimini quelques cavaliers. Consulter les intéressés, c’est bien. Encore faudrait-il que ce soit fait de façon large et transparente pour déterminer les vrais freins à une participation plus soutenue.

L’attractivité d’un championnat est étroitement liée à la puissance symbolique qu’il véhicule. Cela commence par un terrain légitimement considéré comme mythique. Or, ce sont justement les caractéristiques particulières du terrain du Grand Parquet qui font le sel de Fontainebleau. Il y a toujours de bonnes raisons à vouloir aseptiser les concours avec des pistes en sable standard, bien planes. Sauf qu’à ce rythme là, à vouloir s’affranchir coûte que coûte des aléas dans un sport d’extérieur, on finira par faire les championnats… en indoor.

On pourrait ériger la participation aux championnats en préalable obligatoire à toute sélection nationale mais la FFE semble avoir abandonné, selon les propos de Sophie Dubourg, toute volonté coercitive. Pourquoi pas. Mais faire de la nature du sol la seule réponse semble un peu simpliste. Tout autant que modifier le calendrier, un nouvelle fois.

Derrière cette polémique, de lourds enjeux se profilent. On sait que Serge Lecomte aurait bien vu les épreuves d’équitation des Jeux Olympiques de Paris 2024 se dérouler à Lamotte-Beuvron et non à Versailles ou sur un autre site parisien (Chantilly, Fontainebleau). Derrière ce positionnement, on saisit bien l’embarras de la FFE qui a investi des millions dans le parc équestre fédérale solognot, dans des réalisations parfois mégalomaniaques ( château, manège de 92×132 m), à ne pas voir « ses épreuves« , les championnats, se dérouler dans ses propres infrastructures.

Avec le sourire, Sophie Dubourg a mis un solide coup de couteau au Grand Parquet et ouvert des perspectives. Un appel à candidature pour choisir un site avec « un sol et un lieu qui conviennent » sera lancé a-t-elle précisé en indiquant que des décisions « sévères et rapides » seront prises pour l’édition 2020. De là à considérer que le parc fédéral pourrait accueillir les prochains championnats…

La grosse boulette de Ouest-France sur Eric Lamaze

B02T9753

Eric Lamaze (archives) au temps d’une époque, pas si lointaine, marquée par les sourires et l’insouciance.

Disons-le d’entrée pour éviter toute incompréhension, la presse quotidienne régionale (PQR), on lui tire notre chapeau. Elle fait un travail formidable et a connu ces dernières années un saut qualitatif qu’il faut saluer. Mais quand elle fait une bourde et que prévenue elle ne corrige pas, ça a légèrement tendance à nous agacer. Ouest-France est ainsi un quotidien sérieux qui a toujours bien couvert le jumping de La Baule. Une grosse coquille s’est néanmoins glissée dans l’édition du 20 juin, les pages du lundi revenant bien naturellement sur l’activité sportive du week-end et donc du jumping de la Baule. La raison de notre courroux ce sont 10 petites lignes issues de la rubrique Les secrets de paddock. Un petit encart au titre en gras qui interpelle : « Eric le fantôme ».

Spontanément on pressent le pire et on a raison. « Si le numéro 1 mondial Steve Guerdat s’est montré à son avantage durant les quatre jours du Jumping, le champion olympique de Pékin 2008, le Canadien Eric Lamaze, n’a guère brillé. Le plus souvent caché derrière des lunettes noires, emmitouflé sous un bonnet et une écharpe, le Canadien a presque traversé le concours comme un fantôme » est-il écrit sous une photo légendé « Eric Lamaze a passé son week-end en discrétion ».

Oups. On se pince pour le croire mais c’est écrit. De toute évidence, l’auteur anonyme de ces lignes ignore que le grand sportif a qui il taille aujourd’hui des croupières est malheureusement atteint d’une tumeur au cerveau et livre un combat contre la maladie. Que ce sportif attachant s’accroche à la vie par les chevaux et l’amitié que lui témoigne ses amis du circuit au premier rang desquels Steve Guerdat. Qu’en décembre dernier, à la veille des CSI5* de Lyon et Paris, mais aussi lors du CHI de Genève la fatigue l’a contraint à jeter l’éponge et à déclarer forfait. Alors revoir Eric Lamaze aujourd’hui en compétition, même en mode « fantôme » est déjà pour nous un plaisir à la saveur particulière.

Errare humanum est, perseverare diabolicum nous enseigne la locution latine. Qu’un journaliste tire des conclusions hâtives faute de disposer de toutes les informations et de poser les bonnes questions aux bonnes personnes cela peut arriver. Certes Eric Lamaze a la réputation d’être un bon vivant mais la fatigue affichée à La Baule n’était pas le fruit de fêtes un peu poussées. Hélas, mille fois hélas.

Certes, il y a peu de chance que l’intéressé ait parcouru ces lignes mais le public Baulois qui a toujours marqué son affection pour le Canadien ne méritait pas cette bévue. Un rectificatif discret dans l’édition du week-end semblerait un minimum. On ose le demander et l’attendre.

Mise à jour le 23 Mai – 21h23 : La rédaction Nantaise de Ouest-France devrait faire un article sur le sujet dans son édition du vendredi 24 Mai.

Merci à Kamel Boudra (RMC Sport 3) pour ce moment d’émotion.

Changement de nationalité en vue pour Daniel Deusser ?

DD

Daniel Deusser

C’est un beau cas d’école révélé par le magazine Grand Prix à l’occasion du jumping de Bordeaux. Lors de la conférence de presse qui suit l’épreuve Coupe du monde, Sébastien Roullier, le rédacteur en chef du titre hexagonal, pose en anglais une question à l’apparence anodine au vainqueur, Daniel Deusser : « Vous reverra-t-on cette année en équipe d’Allemagne? »  En professionnel habitué à ce genre d’exercice, celui-ci lâche une réponse en langue de bois : « Ces derniers temps, nous avons eu de bonnes discussions. Je pense qu’une décision devrait être prise d’ici quelques semaines. » Même discrète, la crispation a été perceptible. Car derrière l’apparence souriante et lisse du gendre idéal, Daniel Deusser a ses zones d’ombres et ses petits secrets. Comme cette vieille histoire de dopage qui écorne son image et porte en elle les germes du doute : erreur de jeunesse ou pratique toujours d’actualité ?

On connaît le slogan : « doper, c’est pas jouer ». Mais s‘il est un sport sur le papier intraitable sur cette question, c’est bien l’équitation. Et pourtant régulièrement, au plus haut niveau, des affaires sortent avec parfois des présences de produits interdits inexpliquées sans que la bonne foi du cavalier puisse être mise en cause comme ce fût le cas pour Steve Guerdat.

Confrontée à de mauvaises habitudes beaucoup trop généralisées, la fédération équestre allemande a serré les boulons depuis 2017 en imposant aux athlètes qui intègrent l’équipe nationale un contrat en béton qui fait interdiction aux cavaliers, en cas de dopage, de se retourner contre la Fédération et éventuellement de saisir une juridiction de droit commun, mais aussi de se soumettre à des contrôles réguliers menés en dehors des compétitions assortis de l’obligation d’informer la Fédération de tous les déplacements 90 jours à l’avance. Bref, un filet dont les mailles sont tellement fines que les chances pour un contrevenant de passer au travers sont très faibles.

C’est aujourd’hui ce contrat que Daniel Deusser remet en cause. L’époux de Caroline Wauters, bien qu’installé en Belgique dans les écuries Stephex de Stephan Conter, aimerait beaucoup porter de nouveau la veste de la Manschaft mais, sans tous les contrôles. « Je ne comprends pas comment mes coéquipiers allemands ont pu l’accepter » avoue-t-il.

Officiellement, Daniel Deusser déclare espérer un accord avec la Deutsche Reiterliche Vereinigung (DRV). La ficelle parait un peu grosse. Les temps changent et les exigences éthiques vont plutôt dans le sens d’un renforcement des mesures en faveur du bien-être des chevaux. On ne voit pas comment la fédération allemande pourrait revenir sur une contrainte acceptée par les autres cavaliers dont un certain Marcus Ehning…

Plus sérieusement, on peut penser qu’il s’agit là d’une circonvolution visant à préparer l’opinion à une demande changement de nationalité. Tout comme Christian Ahlmann, qui se trouve dans une situation presque identique puisqu’il est le mari d’une Belge (Judy Ann Melchior, la fille du fondateur de Zangersheide, Leon Melchior), est le père d’une fille belge et vit en Belgique, Daniel Deusser pourrait demander la nationalité belge pour intégrer l’équipe nationale du Plat Pays.

L’histoire ne dit pas ce qu’en pensent les cavaliers belges « de souche » mais il n’est pas sûr qu’ils voient d’un très bon œil arriver des concurrents de ce gabarit susceptibles de les reléguer dans des rôles de réserviste.

De là à dire, que ces deux « mutations » constitueraient un séisme pour le milieu équestre germanique, c’est un pas qu’on se gardera bien de franchir. S’il est une nation qui possède un solide réservoir de talents, c’est bien notre voisin d’outre-Rhin. Par ailleurs, dans le jumping comme ailleurs, la notion d’indispensable est toute relative.

Et si on limitait le nombre annuel de tours pour les chevaux en 5* ?

Rob

Roh Ehrens, sélectionneur national et fier de l’être.

Aux Pays-Bas, les sports équestres, c’est du sérieux. Suffisamment pour que le premier quotidien du pays, De Telegraaf, consacre le 29 janvier, à l’occasion du CSI 5* d’Amsterdam, un entretien fouillé au sélectionneur de l’équipe nationale néerlandaise de saut d’obstacles. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que Rob Ehrens ne mâche pas ses mots face à l’évolution du petit monde du 5*. Perplexe face à un circuit devenu « une industrie » il s’interroge, entre autres, sur le bien-être des chevaux malmenés par des calendriers surchargés. Et si, en creux, la solution consistait à limiter le nombre annuel de tours en 5* ?

Rob Ehrens fait partie des personnes dont la parole est en or. Ancien cavalier international qui compte une trentaine de victoires en Grand Prix, il est l’inamovible sélectionneur national des Pays-Bas depuis 15 ans, une longévité qui au passage devrait interpeller notre fédération. Avec une telle expérience, l’homme est un témoin privilégié de l’évolution d’un sport bousculé par les enjeux financiers ces dernières années. Alors quand Rob Ehrens livre son avis, il est de bon ton de l’écouter même si du côté des instances de la FEI, une certaine surdité semble prévaloir.

« En raison d’une énorme quantité de CSI 5*, le sport est devenu une sorte d’industrie. Nous n’avons plus autant de chevaux disponibles pour le haut-niveau et les championnats. Bien-sûr, il est difficile de résister à la tentation des grosses dotations. C’est d’autant plus compréhensible que les cavaliers gagnent leur vie avec les gains. Mais en conséquence, les chevaux ne prennent plus le temps de se reposer, ils rentrent à peine chez eux et voyagent de concours en concours. On ne leur donne de repos que lorsqu’ils sont blessés et c’est déjà trop tard« .  La FEI laisse libre court à des événements lucratifs. Les priorités sont complètement faussées. La FEI doit être là pour protéger avant tout le bien-être des chevaux. Je travaille en collaboration avec d’autres chefs d’équipe pour cela. Nous défendons le sport et les chevaux, cette évolution ne nous fait pas plaisir« , explique le selectionneur national Batave. 

Le constat largement partagé, c’est celui dressé déjà par Hervé Godignon. A savoir que l’on assiste à un nivellement par le haut avec beaucoup de bons cavaliers mais pas assez de très bons chevaux. Cavaliers et entraîneurs sont donc confrontés à un double défi : le mercato avec la fuite des meilleurs montures d’une part et, de l’autre, une course aux gains incompatible avec le bien-être des chevaux, trop sollicités, qui se traduit par ricochet, par la difficulté à aligner les meilleurs couples dans les championnats ou épreuves collectives.

La solution passe-t-elle par un système de quotas avec un nombre maximum de tours par cheval et par an comme pour les jeunes chevaux ou par le fait d’imposer des délais obligatoires de repos après une série de Grand Prix ? La question est complexe mais il faudrait analyser le coût et la perte de gains liés aux blessures ainsi que la longévité sportive des cracks chevaux. La course à l’argent, inexorablement engagée, doit aller au bout de sa logique pour considérer que le bien-être du cheval n’est pas une lubie liée à un excès de sentimentalisme mais, un choix rationnel de préservation d’un capital.

Philippe Guerdat le sacrifié

LabauleD1A 495Ça fait malheureusement trop longtemps dans ces colonnes que nous ne cachons pas notre peu d’estime pour la Fédération Française d’Equitation et son fonctionnement indigne d’un grand sport. Et ce n’est pas aujourd’hui que les choses vont s’arranger. Le toujours très bien informé et sympathique Kamel Boudra a « officialisé » aujourd’hui sur sa page Facebook le limogeage de Philippe Guerdat et son remplacement par Thierry Pommel. Disons-le d’entrée, dans un parti pris assumé, il s’agit là d’une décision incompréhensible au plan sportif et indigne dans sa gestion, avec des bruits de couloirs qui circulent depuis un bon moment, plaçant l’intéressé dans une situation peu confortable. On mettra ça sur un manque de courage et de savoir-vivre. Quant à l’élégance, c’êut été beaucoup demander.

Car que reproche-t-on à Philippe Guerdat ? Sur le plan sportif, on ne peut pas dire que le Suisse n’a pas atteint ses objectifs.  La liste de ses succès est longue mais marquée par un titre majeur : une médaille olympique en or par équipe. Difficile de faire mieux même s’il est vrai que les JO de Tokyo ne se présentent pas sous les meilleurs auspices. A moins que sacrifier Philippe Guerdat ne permettent aux boutiquiers de la FFE de s’exonérer de leurs propres responsabilités. A commencer par avoir une stratégie pour le haut niveau qui ne soit pas réductible à la gestion du Parc Equestre fédéral de Lamotte-Beuvron. Parce que si Philippe Guerdat s’est imposé comme un sélectionneur ouvert, prêt à donner ses chances à de jeunes pousses ou des anciens sur le retour, quelle est aujourd’hui la politique fédérale pour conserver les meilleurs chevaux et équiper nos meilleurs jockeys ? A cette aune on commence à comprendre que l’éviction du Suisse permet surtout de trouver une tête de turc idéale pour s’exonérer d’une future déroute. Le lancement d’un audit sentait le coup de Jarnac à plusieurs kilomètres. Vieilles méthodes pour vieux renards.

Et si la colère ce soir gronde chez les cavaliers qui l’ont côtoyé tout autant que chez les passionnés de haut-niveau c’est que Philippe Guerdat est perçu comme une belle personne qui incarne de réelles valeurs : le travail, le professionnalisme, la probité et le parler vrai. Des qualités qui sous Napoléon en aurait fait assurément un Maréchal d’Empire, dans un temps où le courage et les qualités humaines et celles de meneur d’hommes l’emportaient sur les titres nobiliaires …ou les réseaux.

Autant que la colère, décidément à la mode, c’est un sentiment de honte sur ce que peut faire notre famille à l’égard d’un homme qui l’a si bien servi qui prévaut ce jour.

LabauleD1A 169Kevin Staut et bien d’autres derrière lui avaient pourtant tiré le signal d’alarme pour dire qu’une telle décision était une erreur. « J’espère que la Fédération ‘ira pas dans cette direction-là » avait-il confié à Grand Prix dernièrement, c’est à relire ici. Mais que vaut aujourd’hui l’opinion des principaux intéressés, à savoir nos cavaliers de haut-niveau et leurs propriétaires ?

Honte à vous M. Lecomte et à ceux qui vous entourent mais aussi à honte à nous licenciés FFE qui n’avons pas su nous organiser pour faire le ménage dans une maison bien trop vermoulue dont on aperçoit ici les chausse-trapes. Dans les jours ou les semaines qui viennent nous en saurons sans doute un peu plus sur la genèse et le cheminement de cette décision inique mais hélas, le mal est fait.

Nos pensées et notre gratitude doivent aller ce soir vers Philippe Guerdat à qui nous adressons simplement, mais sincèrement, nos remerciements et notre amitié.

Grand Prix magazine : une couverture qui ne passe pas

imagesLa dernière couverture du magazine Grand Prix a suscité de nombreuses et vives réactions, dont le lancement d’une pétition,  conduisant au retrait de la photo présentant un cheval « équipé toutes options » du site internet et de la page Facebook du média.

Émotion n’est pas raison et la recherche permanente de la polémique est plus que lassante. Il n’empêche, ce qui est vrai dans le domaine politique l’est de plus en plus pour l’ensemble de la société. Tout aujourd’hui est passé au scanner et soumis, à tort ou à raison, à la vindicte populaire. Au-delà des avis tranchés et du feu de paille des réseaux sociaux, reste sous l’écume des vagues une vraie interrogation. Quelles vont être à court terme les conséquences de la montée en puissance de la prise en compte du bien-être animal et où s’arrêtera-t-elle en matière d’équitation ?

Élevage, abattage, domesticité, véganisme, antispécisme, écologie, traditions, radicalisations… notre société s’interroge dans ce qui ressemble à un retour de balancier excessif par rapport à des pratiques relativement récentes, fruit de l’industrialisation et donc de la déshumanisation de l’agriculture. Vieille de deux millénaires et liée à la domestication et l’utilisation du cheval, l’équitation est aujourd’hui contrainte de passer sous les fourches caudines de nouveaux penseurs ou ayatollahs.

Dans le cas qui nous occupe, peu importe que la rédaction de Grand Prix n’ait pas prêté plus d’attention à la photo choisie pour illustrer sa couverture. Esthétiquement la photo est belle et joue son rôle, présenter une vérité crue, objective. Belle illustration s’il le fallait du slogan de Paris Match qui promet à ses lecteurs le poids des mots et le choc des photos même si en l’espèce, la photo contredit le texte censé présenter positivement le cavalier. Cette petite coquille ne doit pas susciter l’amalgame. L’attachement de la rédaction de Grand Prix au bien-être animal ne saurait être remis en cause, bien au contraire.

Mais le monde du haut niveau n’est pas celui des Bisounours. Sous les spotlights des 5* la vie n’est pas obligatoirement toute rose pour certaines montures placées sous la pression des enjeux sportifs et économiques. Reste à savoir où l’on place le niveau d’acceptabilité de cette « pression », la fin ne pouvant justifier l’utilisation de tous les moyens.

Vaste débat donc qu’il conviendrait de mener sans passion. Quand on voit cependant l’impossibilité de la FEI, non de le mener sereinement entre gens bien élevés, mais de déboucher sur des mesures concrètes qui ne soient remises en cause 6 mois plus tard, on peut être dubitatif. Il y a pourtant urgence à agir car, que l’on soit favorable ou opposé à l’évolution de notre société, une chose est sûre. C’est que si la grande famille du cheval n’arrive pas à laver son linge sale en famille et à arriver à un minimum de consensus, elle s’expose à des attaques de groupes radicaux, incontrôlables, qui saliront durablement son image.

Ben Maher, le grand absent de la sélection Britannique

Lap of honour for Ben Maher, winner of the LGCT Grand Prix of Rome

Ben Maher. Crédit Stefano Grasso / LGCT

Cherchez l’erreur. Ben Maher a remporté ce samedi à Rome son troisième Grand Prix sur le Global Champions Tour. Avec cette victoire il fait coup double puisqu’il engrange suffisamment de points  pour remporter l’édition 2018 de ce circuit privé très richement doté, avant même la finale qui se déroulera à Doha. Pour autant, malgré un retour fracassant cette saison sur le devant de la scène, le champion olympique par équipe de Londres en 2012 ne figure pas parmi les cavaliers Britanniques qui défendront les couleurs de l’Union Jack à Tryon à l’occasion des Jeux Équestres Mondiaux. Incompréhensible.

La marche victorieuse sur Rome de Ben Maher a été signée une nouvelle fois avec Explosion W, un KWPN de neuf ans, fils de Chacco Blue. « « Ce fut une saison incroyable, j’ai du mal à y croire ! C’est bon d’être de retour parmi les meilleurs. Explosion est un cheval d’une incroyable rapidité, je n’avais jamais monté un cheval aussi rapide. Il est phénoménal pour son âge » confiait le pilote britannique ce week-end à Rome.

Reste donc la question qui fâche. Quelles sont les raisons pour lesquelles Ben Maher qui dispose d’un cheval performant et surtout très régulier ne figure pas sur la liste du sélectionneur national Britannique pour les Jeux de Tryon ? La réponse est loin d’être claire. Un silence gêné fait office de réponse. Pas de déclarations de Di Lampard dans un sens ou dans un autre. La Chef d’équipe de sa gracieuse majesté aurait sans doute bien voulu s’appuyer sur un cavalier expérimenté mais le site World of Showjumping, généralement bien informé, laisse entendre que les propriétaires de Explosion W, la famille Moffitt (Poden Farms), auraient pu préférer les importants gains potentiels du LGCT à une participation pour le drapeau à Tryon.

Si tel était le cas, force serait de constater qu’une rupture se confirmerait à haut niveau entre les cavaliers qui courent les Coupes des Nations et rêvent de participer aux échéances majeures de la FEI et les autres, mercenaires des temps modernes, qui privilégient (sous réserve d’être compétitifs) des rentrées financières importantes et immédiates. Logique économique d’un côté, aspect patriotique de l’autre si l’on caricature un peu les choses. Le site World of Showjumping s’interroge ainsi sur le nombre important de ces compétiteurs de premier plan qui cette année font l’impasse sur les Jeux Mondiaux au profit du Global Champions Tour ou encore de CSI 5* de Calgary là aussi très richement doté grâce à la maison Rolex.

La question est complexe et il ne s’agit de clouer personne au pilori. On regrettera seulement que ce débat n’existe pas sur la place publique et que personne n’assume ses choix. La faute aussi aux fédérations nationales qui pourraient très bien décider que les cavaliers ou propriétaires qui refusent les sélections nationales renoncent de fait à toute sélection pour les Jeux Olympiques. C’est la vieille histoire finalement du beurre et de l’argent du beurre.

 

Jeux Olympiques : la FFE veut son Lamotte-Beuvron 2024

logo_paris2024_footer_0Malheureusement l’information ne relève pas du Gorafi même s’il faut se pincer deux fois avant de se résoudre à son caractère bien réel. Alors que le CIO a retenu la candidature de Paris pour l’organisation des Jeux Olympiques de 2024 sur la base d’un dossier positionnant une majorité d’épreuves dans des lieux emblématiques, dont l’équitation à Versailles, la Fédération Française d’Equitation, pourtant associée au dossier de candidature, fait aujourd’hui marche arrière. Elle demande désormais officiellement que les épreuves équestres se déroulent dans son parc fédéral à Lamotte-Beuvron. Un revirement à 180 degrés justifié à postériori par des raisons de perennité et de ruralité (!). Plus prosaïquement, les dirigeants de la FFE aimeraient bien profiter de la manne financière des jeux olympiques pour améliorer des installations de second ordre dont l’histoire est sujette à polémique. Parti pris.

La FFE et les jeux olympiques, c’est un peu l’image des mouettes suivant le chalutier. Peu importe sa direction, ce qui compte, c’est de récupérer les sardines qui seront rejetées à la mer. Cette position attentiste ne sert pas en tous cas l’image de la FFE et à travers elle de l’équitation hexagonale. Comment peut-on en effet s’engager derrière un dossier aussi lourd et sérieux que celui d’une candidature à l’organisation de Jeux Olympiques, premier événement sportif planétaire très loin devant tous les autres, pour renier, une fois l’attribution faite sa signature et donc son engagement ? Car il y a bien un avant, le temps de la candidature, et un après celui de la mise en œuvre du dossier initial.

L’avant, un peu vite oublié, c’est la concurrence féroce entre villes-monde pour décrocher l’accueil des JO. Rappelons à cet égard que ce n’est pas la France, et encore moins Lamotte-Beuvron, qui se sont vues décerner la difficile mission d’organiser les Jeux de 2024. C’est Paris. Alors certes, Versailles ce n’est pas Paris mais si le choix du CIO s’est porté sur la capitale Française c’est parce que le dossier repose sur l’organisation d’un maximum d’épreuves dans des lieux mythiques connus ou fantasmés dans le monde entier.

Dans ce contexte, les déclarations de Serge Lecomte, président de la FFE, à l’AFP le 3 mai dernier sont justes surréalistes pour ne pas dire irresponsables. A moins qu’il ne s’agisse de donner du sens à la construction en 2017 du plus grand manège équestre de France au sein du parc fédéral. Du côté du Comité d’organisation (COJO) on s’est déclaré « un peu surpris » avant de rappeler que, « c’est la FFE qui a proposé Versailles il y a deux ans. Et la Fédération équestre internationale (FEI) considère que c’est un site exceptionnel pour faire la promotion de l’équitation au niveau mondial ».

Et ce n’est pas l’entretien accordé le 11 mai par Pascal Deboudt à France Bleu qui va dissiper le malaise. Le président du comité régional d’équitation en Centre-Val-de-Loire ne semble pas avoir saisi la dimension et la portée des Jeux Olympiques lorsqu’il évoque la ruralité ou les 16 000 cavaliers accueillis annuellement dans le parc fédéral. Pour rappel, le Château de Versailles, c’est six millions de visiteurs chaque année…

Le débat qui agite aujourd’hui le petit monde de l’équitation hexagonale a-t-il un sens ? Sur le fond sans doute. Sur la forme et le moment où il se déroule, sûrement pas. Il laisse un goût amer en bouche. Celui d’une fédération repliée dans ses installations solognotes et coupée du sport de haut niveau avec ses enjeux financiers, à l’image de sa totale absence des structures sportives internationales.

Alors que les Jeux sont l’occasion d’offrir une superbe vitrine de la filière équestre française comme ce fût le cas lors des Jeux Mondiaux à Caen en 2014, la FFE joue petits-bras et petits arrangements en se positionnant de façon surannée comme le défenseur des poneys club et des amateurs sur lesquels elle a construit un modèle financier particulièrement rentable. Son rôle pourtant serait de veiller à la bonne articulation entre sport de masse et haut niveau. Mais après tout, que le milieu équestre français assume ses responsabilités. Serge Lecomte est un président de fédération démocratiquement ré-élu par ses pairs même s’il y aurait beaucoup à dire du système électoral en place. Mais ça, c’est un autre vaste sujet.

 

Guêtres postérieures : Luciana Diniz relance le débat

Diniz2

Luciana Diniz

Décidément, « l’affaire Admara » n’en finit pas de faire couler beaucoup d’encre et de susciter de multiples réactions. La très posée Luciana Diniz, que l’on classera plutôt dans le camp des cavaliers adeptes de la méthode douce et de la recherche de connexion avec leur monture, vient de remettre une pièce dans le juke-box. Et c’est une nouvelle fois par les réseaux sociaux que ça se passe. La Brésilienne naturalisée Portugaise a choisi Instagram pour poster lundi la vidéo d’une victoire à Eschweiler (Allemagne) avec Camargo 2, le fils de sa championne Fit For Fun, assortie du commentaire qui va bien. « Même sans « les fameuses guêtres postérieures », il est possible de gagner ! Maintenant plus que jamais, la FEI devrait réagir et pas seulement après les Jeux Olympiques » souligne l’amazone préférée d’Edouard de Rothschild. Avec déjà plus de 25 000 vues, le message n’est pas passé inaperçu.

Alors que les arrière-boutiques de cavaliers, mais aussi et c’est plus surprenant de journalistes hippiques, bruissent de courses à la signature pour faire pression sur la FEI, tout ce petit monde ne serait-il pas en train de se défausser sans le savoir d’une partie de ses responsabilités personnelles ?

Et si, comme on pouvait le lire sur le fil des commentaires de la page Facebook des « Indignés de la politique fédérale de la FFE » chers à Hervé Godignon, les cavaliers pour une fois prenaient les devants et s’engageaient à travers une charte ratifiée nominativement à ne pas utiliser ces fameuses guêtres ? Ceux qui continueraient seraient vite placés sous le regard réprobateur des spectateurs et autres compétiteurs et l’on assisterait (peut-être) à une forme d’autorégulation.

Voilà en tout cas un sujet qui pourrait être mis à l’ordre du jour des discussions de l’association internationale des cavaliers de saut d’obstacles (IJRC) présidée depuis le 10 décembre 2017 par Kevin Staut.