Grand National de Vichy : l’insolente domination de Benoît Cernin

Benoît Cernin et Uitlanders du Ter.

Thierry Pomel ne regrette sans doute pas son déplacement à Vichy (03). Le sélectionneur national était venu tâter le pouls des troupes à l’aube d’une aléatoire reprise des compétitions entre Covid-19 et rhinopneumonie. En fin connaisseur, il aura pu apprécier la prestation de Benoît Cernin, insolente de facilité dans le Grand Prix dominical. Aux rênes de son fidèle Uitlanders du Ter, le Bourguignon a surclassé ses concurrents et lancé de belle manière une saison qui se fait attendre.

Peu importe le vent sibérien qui a soufflé sur Vichy tout au long du concours. Peu importe cette édition à huis clos qui a donné un côté surnaturel et désincarné aux installations du Sichon, dans une ville rendue fantôme par les mesures sanitaires. L’important était d’y être et surtout d’en être. Autant dire qu’en dépit de ce contexte morose, les cavaliers étaient motivés pour en découdre.

Une hirondelle ne fait pas le printemps pas plus qu’une première étape du Grand National ne donne la tonalité restante du circuit. Ce premier rendez-vous a néanmoins permis de mesurer l’état des forces en présence. A cette aune là, Benoît Cernin est sans doute le cavalier le plus affûté avec une maestria non émoussée par la pause contrainte dans les compétitions.

Max Thirouin et Utopie Villelongue

Les cavaliers les plus capés tirent également leur épingle du jeu avec notamment Nicolas Delmotte (7ème avec Ilex VP) et Marc Dilasser (8ème sur Chaman Has), auteurs d’une très belle équitation. Vieux renard, Max Thirouin aura su allier les deux en décrochant une belle 3ème place avec Utopie Villelongue. Et puis il y a les habitués du classement, Sébastien Duplant (2ème/Alpha de Preuilly), Émeric George (4ème/Effect de l’esprit Z) sans oublier l’incontournable et facétieux Julien Gonin (5ème/Caprice de Guinfard). Bref, vivement la suite !

Le classement intégral, ici.

Amélie Quéguiner accusée de diffamation par S. Lecomte et la FFE

Bousculé lors du premier tour des élections fédérales, Serge Lecomte a peut-être sans le vouloir fragilisé encore plus sa situation par une action judiciaire dont il pourrait se mordre électoralement les doigts. A l’origine de ce tohu-bohu une femme courageuse, Amélie Quéguiner, qui a lancé un sacré pavé dans la mare en février 2020 en dévoilant notamment dans un premier temps sur Facebook, puis à travers différents articles de presse (dont l’un retentissant de Médiapart), les abus sexuels sur mineurs et une culture du viol dans le milieu de l’équitation, une dérive dont elle-même a été victime dans sa jeunesse. L’onde de choc avait été ressentie à la fédération française d’équitation qui avait pour le coup bien réagi (cf photo ci-contre) en prenant un certain nombre de mesures. Mais une interview accordée par Amélie Quéguiner à l’Obs le 6 février dernier a suscité l’ire de la FFE et de Serge Lecomte, son président, qui ont porté plainte pour diffamation.

L’agacement du président de la FFE est sans doute lié à  une évocation du cas de Loïc Caudal ex-président du comité départemental d’équitation des Hauts-de-Seine, condamné à deux reprises par la justice, renvoyé du centre équestre de Suresnes (dirigé par Serge Lecomte), puis employé à la Fédération française d’équitation de 2014 à 2019 présidée par ce même Serge Lecomte. « Errare humanum est, perseverare diabolicum » nous prévient la locution latine (L’erreur est humaine, persévérer est diabolique). Et pourtant, il semblerait que la plainte de la FFE relève d’une décision collégiale du comité directeur sortant de la FFE, rangé comme un seul homme derrière son grand chef à plumes…

Question plumes, l’article de l’Obs à l’origine de la plainte n’a pourtant pas été écrit par un perdreau de l’année mais par une journaliste expérimentée, Emmanuelle Anizon, également auteur d’un livre co-écrit avec Sarah Abitbol (Un si long silence) sur le viol de la championne de patinage par son entraîneur. Difficile à croire que la chef du service société au Nouvel Obs n’ait pas pris les précautions rédactionnelles qui s’imposent pour éviter des désagréments judiciaires à celle à qui elle consacre un article. 

A la lecture de celui-ci (accès payant à 1€) le passage sur Serge Lecomte et la FFE apparaît comme bref et modéré. Il n’est pas le cœur de l’article qui porte plus globalement sur les violences sexuelles, la loi d’airain du silence et toutes les vies brisées qui en sont la conséquence. Un article somme toute sur un sujet de société qui nous concernent tous.

Il appartiendra à la justice de dire si diffamation il y a. Amélie Quéguiner est invitée à se présenter devant le tribunal de Périgueux le 28 avril prochain. La justice, ça fait toujours peur. En raison de décisions parfois difficiles à comprendre mais aussi en raison des frais qui vont avec, et qui en l’espèce pourraient-être conséquents. Suffisamment pour être dissuasifs à l’avenir pour ceux qui seraient imprudemment bavards.

Alors qu’Amélie Quéguiner voulait libérer la parole, Serge Lecomte et la FFE par leur action donnent ainsi, à tort ou à raison, le sentiment de vouloir la refermer. Il est vrai que dans la Grèce antique déjà, on tuait les messagers porteurs de mauvaises nouvelles. Et pourtant le monde change. La tonalité de l’article consacré à ce nouveau rebondissement par L’Éperon, magazine équestre de référence,  témoigne qu’une révolution des mœurs est en marche et que rien ne pourra l’arrêter.

Peur justifiée autour de l’épizootie de rhinopneumonie

La France équestre a peur. La virulente épidémie de Myeloencéphalite-EHV1 (rhinopneumonie de forme nerveuse) en cours, partie de Valence en Espagne suscite l’effroi jusqu’aux professionnels les plus aguerris. Et ce ne sont pas les témoignages de Guilaume Batillat sur le site GrandPrix Info ou la vidéo postée sur son compte Facebook par Philippe Rozier qui évoque le cas de Rahoptep de Toscane qui vont nous rassurer. Après un temps de circonspection qui n’est pas sans rappeler celui qui avait entouré les débuts de la Covid-19, la prise de conscience du risque semble aujourd’hui partagée. Bien des questions restent en suspens tant sur la contagiosité que la létalité de cette souche de rhino qui ne ressemble pas à celle qui se déclare annuellement de façon épisodique sur le territoire hexagonal.

La préoccupation du moment est donc de circonscrire coûte que coûte les éventuels foyers dans l’hexagone. Et de ce côté la FFE et la SHF semblent avoir pris les choses en mains de façon efficace. En suspendant les concours et rassemblements au moins jusqu’au 28 mars d’une part, en accompagnant au plus près les athlètes tricolores présents au concours de Valence d’autre part. La FEI, il faut le souligner, s’est très rapidement alignée sur la position française en décrétant à son tour l’annulation de tous les événements FEI sur le sol européen (sauf Espagne et Italie) jusqu’au 28 mars également. Du côté de Lausanne, pas de langue de bois. On parle de « situation est grave mais sous contrôle ».

Généralement, Les chevaux infectés par la rhinopneumonie  développent de la fièvre et des problèmes respiratoires mais dans les cas graves observés à Valence, la maladie frappe le système nerveux et entraîne, entre autres, des perturbations de la coordination des mouvements et des paralysies qui sont à l’origine des images particulièrement choquantes qui circulent sur les réseaux sociaux.

Les informations relayées à ce titre par Philippe Rozier sont troublantes que ce soit, sur la fiabilité des tests (période d’incubation de 6 à 10 jours) ou encore, sur le mode de transmission par l’homme. Autant d’éléments clés qui doivent être rapidement confirmés. 

La FFE semble bien tenir la barre. Dans un communiqué diffusé ce mercredi en fin d’après-midi, elle se veut rassurante sinon sur l’épidémie, au moins sur son implication. A la manœuvre on retrouve Frédéric Bouix, Délégué général et Sophie Dubourg, DTN. Au-delà du cas, bien géré par la FFE, des chevaux français présents à Valence en Espagne, Frédéric Bouix indique que « la fédération est pleinement mobilisée depuis les tous premiers signalements fin février, aux côtés du RESPE et des instances vétérinaires, pour mettre en place les tests et les soins nécessaires, ainsi qu’un protocole sanitaire strict pour juguler cette épidémie dans les plus brefs délais ». 

Si l’équipe fédérale se déclare très inquiète sur la situation des chevaux et cavaliers français encore bloqués à Valence, allant jusqu’à demander par la voix de Sophie Dubourg leur rapatriement sanitaire, la situation dans l’hexagone n’est pas abordée. Or légitimement, l’inquiétude a fait tache d’huile chez les professionnels et les propriétaires de chevaux en général.  

A défaut du ministère de l’Agriculture aux abonnés absents, c’est par le Réseau d’épidémio-surveillance en pathologie équine (RESPE) que des informations sur l’épizootie en France sont tombées toujours par voie de communiqué ce mercredi après-midi. Des nouvelles à la fois rassurantes et inquiétantes. 

« Plusieurs foyers ont été confirmés dans des écuries de chevaux rentrant de Valence, dans les départements du Calvados, Haute Savoie, Hérault et Seine et Marne, d’autres sont en cours d’investigation dans d’autres départements. Les équidés présentent majoritairement des symptômes respiratoires, ou uniquement de l’hyperthermie. Quelques animaux ont développé des signes neurologiques, mais aucun mort n’a été signalé pour l’heure sur le territoire » peut-on ainsi lire. Ça, c’était pour le chaud.

Pour le froid, le RESPE mentionne dans son communiqué que si exception faite des chevaux en lien épidémiologique avec le foyer de Valence, le nombre de cas d’herpèsvirose de type 1 reste, pour l’instant, dans les valeurs habituellement observées à cette époque de l’année, de nombreux équidés sont encore présents à Valence et sur d’autres sites en Espagne, et vont en revenir. Ce sont donc les conditions de retour de ces chevaux qui s’avère délicates mais aussi, le transit des chevaux étrangers lorsqu’ils vont faire une halte en France.

Le RESPE confirme la nécessité de suspendre les compétitions sportives et d’élevage en France et souligne « l’extrême vigilance » à avoir sur les warm-up, très nombreuses depuis le confinement. Le RESPE confirme également les propos de Philippe Rozier sur les tests de dépistage « qui doivent avoir fait l’objet d’une validation rigoureuse » avec une difficulté supplémentaire liée au fait que « pour les chevaux vaccinés, la quantité de virus retrouvés au « bout du nez » est moindre, en particulier en début et en fin de symptômes. Ce constat est d’autant plus vrai pour la forme neurologique pour laquelle les charges virales détectées sont fréquemment très faibles ».

Avec une certaine solennité, le RESPE en appelle à la mobilisation et la responsabilisation de l’ensemble des acteurs de la filière. Que ce soit, à travers le respect des mesures sanitaires de prévention mais aussi, via la nécessité impérieuse de déclarer toutes les suspicions. C’est à ce prix que la situation restera sous contrôle en France.

Les licenciés, grands oubliés des élections à la FFE

Anne de Sainte Marie sera-t-elle après Jacqueline Reverdy la deuxième femme présidente de la FFE ?

Avec plus de 600 000 licenciés, la Fédération Française d’Équitation (FFE) est l’une des principales fédérations sportives du sport français. Son modèle construit autour des clubs est pourtant, sur un plan démocratique, à bout de souffle. Dans ce système, le licencié est relégué au rang de simple « client ». Le vote pour les élections du 18 mars prochain sera réservé aux quelques 5 000 clubs, pour l’essentiel des structures lucratives privées. Le premier débat organisé entre les trois prétendants à la présidence a confirmé leur vision mercantile commune et une ligne de partage des eaux entre les professionnels qui sont là pour offrir des services et gagner de l’argent et, des clients qui ne sont là que pour en lâcher mais qui ne sauraient être associés à la conduite de la fédération.

La FFE est-elle une fédération sportive comme les autres ? Pas vraiment. Les années 80 ont permis une vraie démocratisation des sports équestres mais très vite le modèle associatif a laissé la place à des établissements équestres privés, sur le modèle d’ailleurs développé par le Poney Club de France de Serge Lecomte. Le basculement effectif a lieu en 2004. En 1998, Jacqueline Reverdy succède au charismatique Pierre Durand à la tête de la FFE. Très vite elle se heurte à Serge Lecomte. Contrairement à lui, elle considère « qu’une fédération olympique se doit d’être avant tout associative et sportive, bien que la filière cheval soit économiquement importante ». En octobre 2004, Jacqueline Reverdy est mise en minorité au Comité directeur de la FFE par Serge Lecomte qui devient, grâce à ce coup de force peut du goût du ministère des sports,  président de la FFE.

Au fil des ans la FFE devient alors une sorte de franchise à laquelle les structures équestres sont contraintes d’adhérer pour vendre de l’équitation aux clients. Des clients contraints de prendre une licence qui leur ouvre autant de droits qu’une carte de membre d’un club de fitness, c’est à dire de payer et de se taire.    

Commentaire posté dans le fil du premier débat diffusé également sur Facebook

Le système est poussé au bout de sa logique et il fonctionne mais, avec ses limites. Comme celles d’une activité commerciale classique qui ne devrait recevoir aucun subside public. Mais sur le fond, est-ce vraiment ce que l’on veut ? Est-ce que faire du cheval c’est juste consommer des heures de monte comme on loue un jet ski ? Est-ce que faire du poney c’est juste acheter des tours manège  comme des jetons de de fête foraine ? Quid de l’éveil au cheval, à ses valeurs, aux relations sociales et sportives ?

Focalisés sur le scrutin du 18 mars, les prétendants à la présidence de la FFE font, en toute logique, un concours de clins d’œil et d’amabilités à leur collège électoral en omettant soigneusement de s’interroger sur l’orientation globale de la FFE et de sa compatibilité future avec la grande loi d’organisation du sport en gestation au ministère des sports.

La force d’internet et des réseaux sociaux c’est de mettre à nu des fonctionnements jusqu’alors méconnus. Bravo au service communication de la FFE d’avoir fait le choix de  diffuser sur internet (Facebook et You Tube) les trois grands débats organisés pour les élections.  Cet exercice de transparence paradoxalement laisse un goût amer aux simples licenciés, ramenés à leur statut de « sans vote ». Cette avancée conforme à l’air du temps démontre d’elle même que le système actuel n’est démocratiquement plus viable et qu’il doit être repensé. 

 

Un podcast avec Pascal Boutreau pour revivre les grandes heures des sports équestres

Les sports équestres vous manquent ? Vous n’en pouvez plus de ronger votre frein dans l’attente de la reprise (incertaine) des compétitions ?? Pas de panique. GrandPrix a pensé à vous et mis au point un antidote qui devrait être des plus efficaces même si le risque d’addiction est réel. En l’espèce un podcast mensuel intitulé « Légendes équestres » d’une 30 de minutes qui vous fera replonger dans les grandes heures des vestes bleues en saut d’obstacles mais pas seulement. A la manœuvre un duo de choc. Sébastien Roullier le jeune et dynamique rédacteur en chef de GrandPrix et de l’autre, le chevronné Pascal Boutreau ancien grand reporter à l’Équipe et ex rédacteur en chef-adjoint de la regrettée Équidia. Cerise sur le gâteau c’est libre et gratuit à défaut d’être remboursé par la sécurité sociale.

Il fallait un esprit imaginatif pour penser à un tel projet. Ce sera celui de Sébastien Roullier qui n’aura pas eu beaucoup de mal à convaincre Vincent Goehrs, le directeur de GrandPrix. Restait à trouver une voix et un amoureux de l’histoire du sport. Très vite le choix se porte sur Pascal Boutreau, « la personnalité idéale, avec cette voix qui nous est familière à tous » précise Sébastien Roullier. 

Entre deux entraînements à vélo (c’est un fou de la petite reine), Pascal Boutreau a eu la gentillesse de bien vouloir répondre à quelques questions sur « Légendes cavalières ». 

Pascal Boutreau vous êtes l’un des visages de feu Équidia, la chaîne qui pendant des années a permis au grand public de suivre et de se passionner pour les sports équestres. Vous reprenez aujourd’hui du service pour le groupe GrandPrix avec une série de podcasts audio intitulée « Légendes cavalières ». Pouvez-vous nous expliquer le concept ?

PB : L’idée est se replonger dans les plus belles heures des sports équestres, celles qui sont ancrées quelque part dans nos souvenirs, celles qui nous ramènent de jolies émotions à leur simple évocation. Pendant une vingtaine de minutes, je nous replonge dans le contexte et raconte l’histoire. Quelques extraits sonores d’époque (commentaires TV, déclarations des cavaliers etc.) permettent de s’immerger dans l’ambiance de l’événement. Ensuite, pendant un petit quart d’heure, je reviens avec l’acteur principal sur l’événement. Ils sont toujours très ouverts et très heureux de se replonger dans un grand moment de leur carrière. Nicolas Touzaint était par exemple ravi de parler de Galan de Sauvagère. Même joie pour Jean-Maurice Bonneau ou bientôt Kevin Staut. 

L’époque est plutôt dominée par la vidéo, pourquoi ce choix d’un format audio ?

PB : Le podcast est un format en pleine explosion depuis deux ans. C’est un format pratique utilisé par de nombreuses personnes par exemple quand elles vont faire du sport ou se déplacent en métro ou encore en voiture. On trouve des podcasts dans tous les domaines. Dans le sport bien sûr mais aussi dans la cuisine, l’histoire, la géographie, les voyages, le management etc. GrandPrix tenait à être présent avec ce média. Les podcasts sont souvent constitués d’un entretien ou d’une discussion autour d’un thème. Nous avons voulu aller un peu au-delà et proposer autre chose avec ce retour sur l’histoire ou plutôt les belles histoires des sports équestres. 

Quel public ciblez-vous ? Pensez-vous que les jeunes qui n’ont pas connu les années évoquées et qui parfois ne connaissent pas le nom de certains cavaliers ou chevaux pourront accrocher ?

PB : Les passionnés. Quand on est passionné, quel que soit l’âge, on regarde, on lit (hélas de moins en moins) ou on écoute tout ce qui concerne notre passion. Bien sûr, évoquer le titre par équipes de CSO de 2002 par exemple avec Jean-Maurice Bonneau n’évoque pas forcément grand-chose pour les plus jeunes. Mais le public de l’équitation est assez large pour toucher pas mal de monde avec ces souvenirs. L’entretien avec l’acteur de ce souvenir permet aussi de faire le lien entre le passé et le présent. Les plus jeunes connaissent Kevin Staut et l’entendre raconter son titre européen de 2009 peut je l’espère les intéresser. Nous sommes loin avec ce podcast des formats Tik Tok très en vogue chez les plus jeunes ou des contenus proposés par les Influenceurs ou Influenceuses. Sans aucun jugement de ma part, je précise. Ce n’est ni mieux ni moins bien, c’est simplement différent. Mais dans tous les cas, nous sommes sur une approche émotionnelle et les émotions n’ont pas d’âge.  

Parlez-nous un peu de la fabrication de ces podcasts. Combien de temps faut-il pour en produire un ? L’ancien grand reporter de l’Équipe que vous êtes retrouve-t-il avec plaisir un travail d’écriture ?

PB : Le temps demandé est bien plus grand que je ne l’avais imaginé. Il y a d’abord un travail de recherche d’archives pour trouver les éléments historiques qui vont me permettre d’écrire le texte. Évidemment, plus l’événement est ancien, plus c’est compliqué. J’ai eu la bonne idée de conserver toutes les archives de L’Équipe depuis les années 90 et la plupart des événements que j’évoque ont été traités de façon complète à une époque où les sports équestres avaient une place plus importante qu’aujourd’hui dans le quotidien. Il faut ensuite écrire le texte. Pour 20′ de récit, on est sur environ 18000 signes. Il y a ensuite la recherche d’archives sonores qui viennent rendre les podcasts plus vivants sur la phase récit. Enfin, il y a le travail d’enregistrement, d’interview, de montage et de mixage. Au final, on ne doit pas être loin de 4 ou 5 jours de travail pour un podcast. Mais j’adore faire ça. J’ai toujours été passionné d’histoire et en particulier d’histoire du sport (j’ai écrit plusieurs ouvrages notamment sur l’histoire du Stade de Reims ou encore du football féminin (à une époque où ça n’intéressait personne). Comme je l’ai toujours dit (même à mon époque Équidia), mon métier est d’écrire. Je me régale donc à écrire ces podcasts. 

Vos épisodes sont aujourd’hui tournés vers des événements passés. Lorsque les compétitions reprendront normalement vos podcasts pourraient-ils traiter de l’actualité ?

PB : Nous sommes partis sur l’idée de produire un podcast « Légendes cavalières » par mois. L’accueil de ce nouveau format est vraiment super mais pour l’instant, nous nous limitons à ces événements passés. En tout cas, à titre personnel. J’ai pas mal d’activités et ça demande quand même du temps. Mais quand la vie « normale » reprendra, pourquoi pas envisager un autre format pour l’actualité. Difficile pour le moment de se projeter.  

L’initiative de Légendes équestres vous appartient-elle ou avez-vous répondu à une demande de Grand Prix ? 

PB : Vincent Goehrs, directeur de Grand Prix et Sébastien Roullier, rédacteur en chef, m’ont contacté pour ces podcasts. Cette idée leur appartient. Mais je n’ai pas hésité une seconde. 

Ce retour à l’équitation vous enchante-t-il ? 

PB : Je n’ai jamais vraiment quitté l’équitation ou en tout cas les chevaux. Après l’arrêt d’Équidia Life, je suis resté deux ans à Équidia où je réalisais des documentaires sur le monde des courses dans le cadre de l’émission « Off Courses » dont j’étais rédacteur en chef. J’ai quitté Équidia il y a seulement deux ans pour devenir journaliste indépendant. Ensuite j’ai commenté sur Eurosport les concours diffusés (Global, résumés des épreuves Coupe du monde, grandes épreuves hippiques etc.). J’ai aussi commenté pour Grand Prix TV plusieurs épreuves notamment cet été le CSI 3* de Deauville et deux des Grands Prix 5* de Grimaud. Je rédige aussi « anonymement » pas mal de contenus (communiqués de presse, dossiers de presse etc.) pour plusieurs événements équestres. En arrivant à Équidia en 2011, je ne connaissais pas vraiment cet univers. J’ai appris à le connaître et à l’apprécier. Je suis donc très heureux de continuer à le fréquenter et surtout à en raconter les belles histoires. 

Serge Lecomte, président inamovible ?

Serge Lecomte. Crédit photo : DR

A 70 ans et presque toutes ses dents, Serge Lecomte est un homme déterminé et en campagne. Déterminé à conserver son poste de président de la Fédération Française d’Équitation au moins jusqu’aux Jeux Olympiques de Paris en 2024. Après on verra. Déterminé à passer sans encombres les élections fédérales du 18 mars prochain et surtout à ne pas devoir laisser la place à ses deux adversaires Anne de Sainte Marie et Jacob Legros qui, il est vrai, jouissent d’une faible notoriété. Son principal adversaire, il le sait, ce sont ses 17 années déjà passées à la présidence auxquelles il conviendrait d’ajouter celles qui ont précédé à la tête du Poney Club de France. 32 ans au total. Un record. 

Alors certes, l’usure du pouvoir est réelle mais, elle est compensée par le large réseau d’obligés qu’il s’est patiemment constitué. Le taux faible de participation aux élections et le fait que seuls les clubs votent (1 voix par tranche de 10 licences) sont également les meilleurs alliés du président sortant élu en 2016 avec seulement 28 % des voix contre 18% à son adversaire d’alors (Hervé Godignon) et surtout, 53% d’abstention. Arithmétiquement, Serge Lecomte est donc un colosse aux pieds d’argile mais un colosse hermétique à l’ouverture de la gouvernance a ses opposants. Au contraire, à l’issue de 2016, le système a été verrouillé un peu plus. Un beau gâchis au regard des compétences d’Hervé Godignon et de ses amis.

Reste à savoir ce que peut proposer de nouveau Serge Lecomte dans son programme. Il présente les JO de Paris 2024 comme une apothéose pour sa carrière personnelle, une sorte de bouquet final. Humainement on peut le comprendre mais aussi s’en étonner pour un dirigeant qui n’a jamais fait preuve de passion ni même d’intérêt pour le haut-niveau et qui accessoirement s’est frotté au Comité Organisateurs des Jeux en tentant d’imposer Lamotte-Beuvron comme site pour les épreuves équestres à la place de Versailles. Si on y ajoute ses mauvaises relations avec la Ministre des Sports, l’amour de Serge Lecomte pour Paris et ses JO semble à sens unique. On n’enlèvera pas toutefois à l’homme fort de Lamotte-Beuvron d’avoir le nez creux et compris qu’un tel événement planétaire est une occasion unique pour développer les affaires et vendre le savoir-faire français tant en matière d’enseignement que de production d’équidés au moment où le marché asiatique notamment est en pleine ascension.

Ce sens des affaires qui est le fil rouge de sa vie, on le retrouve dans les deux objectifs  nouveaux de son projet : viser le million de licenciés et développer la compétition amateur. Si l’on reformule au risque de caricaturer, Serge Lecomte est finalement fidèle à sa ligne qui n’est pas celle de l’héritage culturel de l’équitation, ou d’une vision philosophique autour de l’animal. Ce qui intéresse Serge Lecomte depuis le début, c’est la massification. Officiellement pour démocratiser l’équitation mais surtout concrètement pour faire tourner la machine à cash fût-ce parfois au prix d’un abaissement du niveau global. A l’opposé, Anne de Sainte Marie semble proposer une vison de l’équitation plus raisonnable, plus familiale. Plus apaisée diront certains en relevant les trois principes qui fondent son programme : démocratie, transparence, proximité. On pourrait y rajouter rajeunissement et forte féminisation en regardant sur son site internet l’équipe qu’elle propose.  Une révolution de velours somme toute.

Et puis, comme dans toute élection, se pose la question du bilan. Il y a bien entendu « l’héritage » que constituent les infrastructures fédérales de Lamotte-Beuvron, mêmes sujettes à de nombreuses critiques tant sur leur nature que sur leur gestion. Il y aussi cette promesse aux allures de serpent de mer, ce taux réduit de TVA qui tels les mirages s’éloignent chaque fois qu’on s’en rapproche. Il y a enfin la question délicate des violences sexuelles dans un sport aussi féminisé que l’équitation. La fédération semblait avoir voulu prendre le taureau par les cornes en rebond à des faits divers sordides mais, l’élan semble aujourd’hui stoppé.  Il y a surtout cette ambiguïté dans l’affaire Caudal ou après avoir été contraint comme directeur-salarié du club de Suresnes de licencier le mis en cause, c’est le Serge Lecomte président qui l’avait recruté à la FFE. La Ministre des sports n’avait pas apprécié ce jeu de bonneteau où la main droite feint d’ignorer ce que fait la main gauche et convoqué Serge Lecomte pour en discuter dans un entretien pas des plus cordiaux qui a laissé des traces.  

On n’enlèvera pas pour autant à Serge Lecomte une certaine franchise. Pas de grandes promesses lyriques de réformes mais, une continuité revendiquée, assumée, brandie en étendard.  Pas de fioritures ni de délicatesse non plus pour ceux qui viennent le défier sur le terrain électoral. “Après tout le boulot que nous avons fait, je ne vais pas laisser la Fédération à deux apprentis sorciers, ou en tout cas à des gens incompétents ” a-t-il glissé avec une méchanceté non feinte le 11 janvier dernier devant ses soutiens et la presse. Les intéressés apprécieront. Les électeurs eux, trancheront.

Fin de la carrière sportive de Quickly de Kreisker

Toupet rebel, muscles bandés, Quickly et son cavalier à la veste verte ont égayé les terrains de concours internationaux.

C’est l’histoire de la rencontre improbable entre un cheval breton à la caboche bien dure mais au coup de saut exceptionnel et un sympathique cavalier marocain dont la vaillance a, à ses débuts, pallié une technique parfois un peu dépassée. Peu importe. Ces deux-là, Quickly de Kreisker et Abdelkebbir Ouaddar, partagent une générosité et un cœur peu commun qui forgent les couples mythiques. Le public ne s’y est jamais trompé regardant toujours avec les yeux de Chimène cet inclassable duo.

Après 4 années d’absence de la scène sportive internationale Quickly tire sa révérence pour la meilleure des causes. Une retraite qu’on lui souhaite longue et heureuse. Son cavalier et son propriétaire, le roi du Maroc n’ont pas à rougir. Ils ont réussi l’inattendu. Quickly et  « Kebbir » sont devenus en 2016 à Rio, le premier couple marocain à représenter le royaume aux Jeux Olympiques.

La FFE dans le rôle du mauvais exemple mais plus pour très longtemps

Avec l’âge on a tendance à rabâcher. Mais avec la FFE, c’est assez naturel car si le temps passe, il glisse sur elle comme l’eau sur les plumes d’un canard. Mêmes causes, mêmes effets. Mêmes hommes, mêmes méfaits. Dans un article publié dans Le Monde du 16 décembre Roxana Maracineanu a indiqué vouloir un « renouveau démocratique et éthique » dans les fédérations sportives et pris en illustration du mauvais exemple … la FFE.  

Il est reproché en l’espèce aux dirigeants de Lamotte-Beuvron d’avoir fini leur mandat réglementaire de 4 ans sans avoir fixé de nouvelle date d’élection. Un oubli fâcheux qui donne le sentiment d’appropriation de la fédération par un clan peu désireux de rendre les clés si jamais des élections devaient désigner une autre équipe. 

Au sommet de l’État on a bien cerné en tout cas les faiblesses des fédérations sportives et leur inadaptation aux exigences modernes. Démocratie déficiente, gestion opaque, conflits d’intérêts, ces structures au statut d’associations type loi 1901 présentent de grandes faiblesses alors qu’elles brassent des sommes d’argent toujours plus importantes. 

Ce constat est désormais partagé aussi bien à l’Elysée qu’au parlement. Emmanuel Macron lors de sa campagne de 2017 s’était d’ailleurs engagé à une élection systématique des présidents par les clubs afin d’en finir avec les systèmes de grands électeurs. La difficulté à voir émerger de nouveaux candidats n’a également pas échapper aux observateurs de tout poil qui s’inquiètent légitimement de voir des présidents rester en place des décennies, être quasiment inamovibles. Là encore, la FFE fait figure de mauvais exemple. 

Les parlementaires sont conscients que le sport français ne peut demeurer dans un jus à mille lieux de ce qu’attendent licenciés et citoyens. A savoir transparence, parité, encadrement des conflits d’intérêts, lutte contre les violences sexuelles et renforcement de la démocratie interne. On ne manquera pas de lire à cet égard le passionnant rapport « Mutualiser, renouveler et légitimer pour affûter l’esprit d’équipe des fédérations sportives » rédigé en 2020 par une mission d’information sénatoriale. Ce document esquisse le grand mouvement de refonte de l’organisation du sport en France qui doit être réalisé dans la perspective des JO de Paris en 2024.

La tonalité détestable de la campagne qui s’est tenue à la Fédération Française de Rugby et la réélection du sulfureux Bernard Laporte à sa présidence en octobre de cette année ont démontré l’incapacité de ces structures à s’autoréguler par le biais des élections une fois que le vers est à l’intérieur du fruit.

Il appartient donc à l’État qui délègue aux fédérations des missions de service public avec en contrepartie des prérogatives conséquentes, de veiller au grain et remettre de l’ordre dans le paysage institutionnel sportif. Cela passe par une réforme en profondeur et la mise en place de mécanismes apportant des garanties au plan éthique et démocratique.

Cette révolution copernicienne qui se profile devra faire enfin entrer le sport français dans le XXIème siècle et son cortège de transparence en lien avec des réseaux sociaux qui bousculent l’information quand ils ne la déforment pas. Elle ne sera toutefois une réussite que si chaque licencié trouve dans la relation avec sa fédération plus qu’un lien commercial, une adhésion à une vision sportive commune, la volonté d’appartenir à une communauté qu’il aura librement choisi.

Paris 2024 : rendez-vous à Versailles pour les 3 disciplines équestres

Le Comité International Olympique (CIO) a validé le programme complet des Jeux Olympiques (JO) de Paris 2024. Sans surprise pour l’équitation, les trois disciplines historiques (saut d’obstacles, dressage et concours complet) ont été approuvées avec leurs quotas de participants. 75 couples pour le saut d’obstacles, 65 pour le complet et 60 pour le dressage, 200 athlètes au total. C’est une petite victoire pour la FEI dans un contexte global  de réduction du nombre de participants. Il seront 10 500 à Paris soit 600 compétiteurs de moins qu’à Tokyo. 

Ces Jeux de Paris sont très attendus. Ils devraient être ceux du renouveau après le rendez-vous de Tokyo totalement bousculé par la pandémie mondiale de Covid-19. Ils se dérouleront dans la ville-lumière 100 ans près ceux de 1924 illustrés au cinéma par le film Les chariots de feu.  

La carte des différents sites parisiens proposée par le Comité d’Organisation de JO 2024 (COJO 2024) sera validée par le CIO le 17 décembre prochain. Comme il s’y était engagé, le COJO s’est attelé à la recherche d’économies. La redéfinition de la carte des épreuves a permis de réduire les dépenses de 130 millions d’euros. L’équitation reste bien à Versailles, site inscrit au patrimoine mondial de l’Unesco, considéré par la presse étrangère comme l’un des lieux les plus emblématiques de la capitale française. Cette séquence devrait clore le débat engagé par la FFE pour que les épreuves d’équitation soient déportées sur le site fédéral de Lamotte-Beuvron.

Affaire Kevin Thornton : une condamnation qui fait du bien

La LFPC figure parmi les associations qui se sont constituées partie civile dans ce procès.

Poursuivi pour « sévices graves où actes de cruauté envers un animal domestique », le cavalier Irlandais Kevin Thornton a été condamné le 26 novembre dernier à 12 mois de prison avec sursis, l’interdiction définitive de détenir un animal et d’exercer pendant cinq ans la profession de cavalier. L’intéressé, absent au procès, continue néanmoins son activité sur le circuit international, en évitant désormais la France. Le 15 novembre dernier il concourait encore en Belgique au CSI 2* de Opglabbeek.

Persona non grata. Autrement dit,  Kevin Thornton (32 ans) n’est plus le bienvenu en France, au moins en sa qualité de cavalier. Pas de quoi faire boiter ce résident Suisse qui craignait plus la sanction sportive de la Fédération Équestre Internationale. Celle-ci était tombée quelques mois après les faits survenus sur la piste de galop de l’hippodrome de Cagnes-sur-Mer à l’occasion du GPA Jump festival, le 10 octobre 2016. Le prix du déshonneur avait été fixé à 10 000 francs suisses et 4 mois de suspension par le tribunal de la FEI.

Loin de faire profil bas, l’irlandais s’était ému de la lourdeur de la sanction tout en contestant les faits. « Aucune preuve matérielle n’a été trouvée lors de l’autopsie pour prouver qu’un abus avait eu lieu. Aucune marque de cravache, aucune marque d’éperons et aucun signe de sueur sur le cheval » devait souligner Thornton. Droit dans ses bottes, le cavalier n’avait pas hésité à jurer grands dieux de son innocence dans la presse irlandaise.  « Je ne suis pas ce genre de personne. Jamais je ne cravacherais un cheval à mort » devait-il déclarer dans The Irish Field.

Faute d’une autopsie confirmant la cause de la crise cardiaque qui avait emporté Flogas Sunset Cruise, le Tribunal de la FEI avait néanmoins retenu « la conduite inacceptable du cavalier qui a cravaché à répétition, de façon substantielle et excessive, et clairement plus que trois fois sa monture », morte d’épuisement à l’issue d’une séance d’entraînement que l’on qualifiera pudiquement de « virile ».

Saisie par de nombreuses associations de défense des animaux et la société des courses Côte d’Azur, la justice française a, de son côté été certes moins rapide mais, est passée. Le tribunal judiciaire de Grasse, sur la base de nombreux témoignages concordants, a donc estimé que la mort de Flogas Sunset Cruise, était liée aux mauvais traitements infligés par son cavalier.

En allant au-delà des réquisitions du ministère public, qui avait requis trois mois de prison avec sursis, le tribunal répond au trouble profond qu’avait provoqué cette affaire et constitue, on l’espère,  la confirmation d’une jurisprudence qui marque la fin d’une certaine impunité dans la maltraitance des animaux.

« D’un cheval à l’autre », l’hommage de Bartabas aux équidés qui l’ont accompagné

Vous ne savez pas quoi offrir pour Noel ? Ne cherchez plus. Si c’est un homme de cheval, le livre de Bartabas « D’un cheval à l’autre », est fait pour lui. Publié chez Gallimard, cet ouvrage revient sur les compagnons à crinière d’un écuyer hors normes qui offre au lecteur des clés de compréhension de la fascinante relation entre l’homme et le cheval.

Rien ne prédestinait le petit Clément Marty à faire sa vie dans et autour des chevaux. Ce petit-fils d’un chirurgien célèbre est le fruit d’un mariage entre un père architecte et une mère médecin. Il se rêvait jockey, puis entraîneur dans les courses, la vie en a décidé autrement. Il sera saltimbanque, avec roulotte et cheval.

Aux antipodes de l’homme d’Hollywood qui murmurait à l’oreille des chevaux version Robert Redford, Bartabas surprend dans son registre par un physique brut de décoffrage et un visage où transparait un caractère bien trempé. Casquette de titi parisien vissée sur une tête rasée, rouflaquettes au vent, Bartabas à des allures de Chéri-Bibi, ce forçat de roman, ancien garçon-boucher, injustement condamné. Des allures seulement. Le « Bartabas la fureur » des jeunes années, comme ils se décrit lui-même, s’est dilué au fil des années.

L’armure s’est fendue peu à peu pour révéler, entre deux coups de gueule, une sensibilité et un artiste éclectique. Une intelligence aiguë qui a tout compris des équidés, de leurs peurs, de leurs fragilités et de leur générosité. Avec Bartabas, le rapport au cheval va au-delà de l’équitation sportive ou de loisir. Il s’inscrit dans la magie d’une compréhension fusionnelle qui, de deux fait un, transforme le couple cavalier-cheval en Centaure. Loin de la guimauve actuelle, l’école de Bartabas est celle de la rigueur et de l’exigence, à l’ancienne, où le soin du cheval et son respect passent avant le confort des humains.

Bartabas dans ce premier livre sait trouver les mots et les métaphores pour se faire comprendre. Comme lorsqu’il compare le dressage d’un cheval à la construction d’une cathédrale parce qu’il s’inscrit, avec lui, dans un temps particulièrement long. Ou, lorsqu’il rappelle, non ce qu’il a enseigné aux chevaux, mais, exemples à l’appui, ce que ces derniers lui ont appris. Cinquante-deux chapitres, un par cheval, avec leur histoire personnelle passionnante et émouvante de singularité. Autant de portraits d’êtres vivants doués de sensibilité, d’hommage à des compagnons devenus sa famille, qui dressent en creux celui de l’auteur du livre.

Le cheval est le miroir de l’homme. Bartabas le démontre page après page dans un ovni littéraire qui ne laisse personne indifférent. Il suffit juste d’aimer un peu les chevaux ou de vouloir comprendre, au-delà des relations avec les chevaux, la relation que l’on est capable de construire avec autrui.

« D’un cheval l’autre » (Gallimard, 320 pages, 20 euros)

Le péché d’orgueil d’Equita Lyon

Les affiches 4X3, sont déjà en place depuis plusieurs semaines dans la région Auvergne-Rhône-Alpes. Elles annoncent comme tous les ans, début novembre, la tenue d’Equita Lyon, l’incontournable rendez-vous des amoureux du cheval. Un salon du cheval de 140 000 m² aux portes de Lyon doublé d’un CSI 5* et au total ses 150 000 visiteurs. Beaucoup d’habitués avaient mis une croix sur cette 26ème édition mais Sylvie Robert, l’organisatrice historique, relance le suspense en annonçant dans les colonnes de GrandPrix.info tout faire pour que cette manifestation ait bien lieu. Equita plus fort que la Covid ? On peut légitimement en douter au moment où le virus revient en force notamment dans les grandes métropoles, contraignant les pouvoirs publics à interdire comme à Marseille et à Bordeaux les regroupements de plus de 1000 personnes.

Equita Lyon est assurément une grande, une très grande réussite qui a débouché sur la création il y a quelques années de GL Events Equestrian Sport, le département équestre du Groupe GL Events, entreprise numéro 1 du marché événementiel dans le monde. Le professionnalisme de cette structure n’est plus a prouver, Sylvie Robert par sa personnalité ayant su maintenir un supplément d’âme et une coloration propre, reconnue par tous. Mais c’est justement en raison de ce professionnalisme que l’on peut être légitimement surpris par ce qui ressemble à un entêtement, pire à un déni de réalité.

Certes le milieu du cheval a tendance à vivre dans sa bulle, coupé du reste du monde et de ses agitations. Mais la Covid a fait éclater d’autres bulles à l’image de celle du monde agricole privé cette année du Sommet de l’élevage organisé traditionnellement début octobre à Cournon près de Clermont-Ferrand. Une manifestation internationale de trois jours, déterminante pour une filière en crise avec une jauge d’un peu moins de 100 000 visiteurs. Une manifestation qui n’aura pas lieu, interdite par le Préfet du Puy-de-Dôme, en toute logique sanitaire. A l’impossible, nul n’est tenu dit le proverbe. On ne voit pas comment, malgré un volontarisme chevillé au corps, GL Events pourrait maintenir Equita début novembre dans une période froide et humide propice au COVID-19 et aux premiers cas de grippe.

Au-delà du possible il y a aussi ce qui relève du souhaitable. Notre époque se singularise par un délitement de ce qui fait société, de la prévalence de l’intérêt commun sur l’individualisme, et d’un recul inquiétant du civisme. L’équitation est une formidable école de la vie, un creuset qui offre un cadre à beaucoup de jeunes et de moins jeunes, sans boussole ni repères. Laissez croire qu’Equita Lyon pourra se dérouler normalement en 2020 est à ce titre une erreur. Ce serait faire le pari d’une édition fantôme et d’un déni de réalité, la COVID-19 n’est pas une maladie anodine. Dans ce malheur collectif qui touche l’humanité toute entière, la filière équestre doit malheureusement prendre sa part et laisser éteintes les lumières de son barnum. Il y va de sa crédibilité et de sa responsabilité.

Covid-19 : une saison en enfer pour le haut niveau

Cherche événement sportif de haut niveau désespérément. Tel est le message que vous ne lirez pas  mais qui aurait toute sa place sur les réseaux sociaux ou, pour les plus pieux, à côté d’un cierge dans une église. Avec la Covid-19, le grand barnum des compétitions, notamment des CSI 5*, a été contraint de poser ses valises en rase campagne. Simple panne d’essence ou moteur cassé, on ne sait pas encore mais on a remisé pour un temps inconnu décors et habits de lumière. Sans alcool la fête est plus folle mais sans chevaux l’été semble moins beau. Certes de Grimaud à Deauville quelques CSI se déroulent malgré tout mais font d’autant plus ressortir en creux toutes ces dates déjà annulées et celles de cet hiver qui vont venir s’ajouter.

Du compétiteur à l’organisateur en passant par le spectateur, beaucoup donneraient cher pour retrouver le monde d’avant. Celui des bruits et des odeurs, des paddocks, des foules bruyantes et serrées, des médias empressés et de ce milieu si particulier qu’on aime tant  dans lequel chacun a un rôle bien attribué et finalement sa place. Las, la diète sportive qui s’est si soudainement abattue joue les prolongations et met à mal la résilience d’une filière, d’un système qui n’en finit plus d’attendre. Car la traversée du désert est longue. Interminable, sans même officiellement le mirage d’une oasis à l’horizon.

Des conséquences il y en aura, inexorablement, même si personne aujourd’hui ne peut les prédire et si le pire n’est jamais certain. Le salut, en dehors des avancées médicales, pourrait venir de la flamme sacrée des Jeux Olympiques.

Tokyo tout d’abord l’année prochaine sera une échéance majeure qui devrait réinstaller sur le devant de la scène médiatique la compétition avec son lot de drames, de suspense, de joies et de peines dans un calendrier rendu très serré par les enjeux  de qualification.

Paris ensuite en 2024, autrement dit après-demain, constituera un rendez-vous essentiel pour lequel la France devra impérativement être prête. Tant du côté des infrastructures (en laissant de côté la farce de Lamotte-Beuvron) que des athlètes à deux et quatre pattes sur qui reposera une pression énorme : l’obligation de réussir.

Entre Covid-19 et bien-être animal dérivant parfois à un sentimentalisme excessif, les menaces qui pèsent sur le milieu de la compétition équestre sont bien réelles. Il y a des raisons légitimes d’être inquiets mais aussi d’espérer. Il ne s’agit pas d’avoir l’ambition de retenir les fils d’un monde qui se délite mais d’opposer, comme le dit Gramsci, au pessimisme de l’intelligence, l’optimisme de la volonté.

 

JO de Paris : Lamotte-Beuvron veut encore croire en ses chances

logo-paris-2024-jo-2024_fbc037a0fca449141e193071a4a11cbfLe malheur des uns fait le bonheur des autres. Bousculée par la crise mondiale du COVID-19 la machine olympique pourtant si parfaitement huilée est aujourd’hui à la peine. Si les Jeux de Tokyo se dérouleront finalement avec une année de retard dans des conditions incertaines, les Jeux de Paris, qui devraient redonner à cette fête mondiale tout son lustre, auront bien lieu, à la date prévue en 2024. Reste la question des infrastructures pour lesquelles des économies, éternel serpent de mer, sont à trouver. Une occasion en or pour les dirigeants de la FFE de relancer l’idée d’accueillir les épreuves équestres sur le site fédéral de Lamotte-Beuvron et de capter au passage une confortable manne financière pour faire monter en gamme des installations loin du standard olympique.   

Il y a assurément chez le président de la Fédération Française d’Équitation et ses amis, un côté maquignon. De l’obstination, de l’agilité à présenter et ficeler les choses et surtout, indéniablement, un flair de chien de chasse pour déceler et saisir les opportunités.

C’est pas Versailles ici.  On connaît la publicité en faveur des économies d’énergie. Elle est d’une certaine façon reprise en chœur par le président de la région Centre François Bonneau, le maire de Lamotte-Beuvron (Loir-et-Cher) Pascal Bioulac, et son ami Serge Lecomte (FFE).  Le sujet a bien été tranché mais, l’occasion faisant le larron, nos édiles de Sologne ont une âme de braconnier et aimeraient bien ramener dans leur besace un beau gibier. Certains rêvent de mettre Paris en bouteille, d’autres en Sologne. Le temps est au populisme alors, autant aller dans le sens du vent pour dénoncer la gabegie des JO et les dorures de Versailles. « La terre ne ment pas » affirmait déjà un certain général Pétain. Avec la COVID-19, la ruralité a relevé le nez et n’hésite pas à pointer ces urbains venus se mettre au vert, leur goût du luxe ostentatoire et du bling bling.

Pour 10 ou 15 petits millions d’euros (les chiffres varient) les défenseurs de Lamotte 2024 nous promettent le grand soir ou plutôt des infrastructures dignes du gratin des sports équestres. Une mutation, transition serait le mot plus à la mode, vers le haut niveau soit l’exact contraire du « modèle Lamotte » plus proche dans sa conception du Mondial la Marseillaise (pétanque) que d’un CSI 5*.

Des économies auront bien lieu, que le contribuable se rassure. Le Comité d’Organisation des Jeux Olympiques (COJO) présidé par Tony Estanguet sait qu’il est attendu sur la maîtrise des coûts et la durabilité des installations, développement durable oblige. La bataille des chiffres a commencé.

Pascal Bioulac mué pour la circonstance en VRP de Lamotte-FFE avance que l’organisation au cœur de la France coûterait deux fois moins cher qu’à Versailles. Personne n’a vérifié de telles affirmations qui in fine ne sont pas comparables. Un restaurant de terroir n’est pas un 3*. Le cadre, la localisation, la capacité d’hébergement, la proximité de Paris destination touristique des plus prisées au monde… Autant comparer des serviettes et des torchons.

Cela n’empêche pas Pascal Bioulac, très impliqué dans le milieu professionnel équestre, de tenir des propos à la limite du sulfureux comme ceux que l’on peut lire dans l’Équipe (édition du 6 août) où il explique que, « le choix de Versailles va à l’encontre de tout le travail de modification de l’image de l’équitation en donnant à penser que le cadre qui convient est celui des châteaux ».

Au final, la décision sera très politique. Mais, force est de constater une incompréhension totale sur le haut niveau, son rôle, et son écrin. Ce rejet du meilleur pour le meilleur est une ligne de fracture qui dépasse (hélas) largement le sport. La tentation du nivellement par le bas, de l’avènement d’une médiocratie va à l’encontre du système méritocratique qui a fondé notre République mais aussi le sport de compétition qui repose sur la notion d’excellence. Bienvenu dans le XXIème siècle.

Disparition brutale de Flora de Mariposa

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Flora de Mariposa / Pénélope Leprevost

Le temps est assassin. Pour les chevaux aussi, même quand ils sont exceptionnels. Le panthéon des cracks accueillie ainsi en cette fin juillet, avec Flora de Mariposa une nouvelle pensionnaire.

La nouvelle, totalement inattendue, est tombée jeudi soir en fin d’après-midi sur les réseaux sociaux. Le Haras de Clarbec et ses propriétaires, la famille Mégret, tenaient à partager leur tristesse. Des chevaux de cette qualité récompensés par l’or olympique ne se rencontrent pas tous les jours au coin d’une carrière. Ils marquent une vie. Celle des propriétaires et des soignants mais surtout celle du cavalier avec laquelle ils se construisent un palmarès.  Avec sa partenaire Pénélope Leprevost, Flora de Mariposa aura constitué un couple mythique, adulé du grand public, entré dans l’histoire du sport par une victoire par équipe aux Jeux Olympiques de Rio en 2016 à l’issue d’un séjour brésilien mouvementé, plein de rebondissements.

Retirée de la compétition à la suite de blessures en 2018, Flora avait entamé sa deuxième carrière très attendue, celle de reproductrice. Sa production se limitera hélas à Iléna et Magriet de Mariposa.

Contamination alimentaire : l’IJRC réclame une sécurisation juridique

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Véritable épée de Damoclès au-dessus de la tête de tous les compétiteurs, le dopage par contamination, souvent alimentaire et donc involontaire, hante l’esprit de beaucoup de cavaliers dont notamment les membres de l’IJRC. Plusieurs membres de ce club international des cavaliers de jumping, et non des moindres (Steve Guerdat par exemple) ont eu à subir l’opprobre d’une accusation de dopage avant d’être finalement blanchis à l’issue d’un parcours du combattant long, rude et onéreux. Un système inique où l’accusé doit faire la preuve de son innocence et où comble de l’ironie, on ne sort jamais totalement lavé. L’IJRC pousse donc pour un changement des règles. Il a entièrement raison.

L’équitation est assurément l’un des sports qui se veut le plus vertueux avec un niveau de lutte anti-dopage des plus élevés puisqu’il repose sur un principe de seuil de tolérance zéro lié au départ à la volonté d’éviter toute triche dans les courses. Sauf qu’en raison de l’évolution des technologies de dépistage, la précision renvoie de plus en plus loin, désormais jusqu’à plus de 20 chiffres derrière la virgule ! Autrement dit, la moindre molécule extérieure est immédiatement repérée. Corollaire de ce niveau de précision c’est qu’il ne fait pas la distinction entre un dopage volontaire et un dopage accidentel, non voulu, par contamination. La présence de substances interdites ou prohibées peut avoir des causes improbables. Des aliments industriels contaminés dans une chaîne de production qui sert également à la fabrication d’aliments pour d’autres animaux, des fourrages intégrant des plantes indésirables contenant des substances interdites, une contamination par des humains ou animaux sous traitement médicamenteux… La révélation de contaminations par l’utilisation de simples shampoings ou d’humains ayant uriné au mauvais endroit souligne la difficulté de la tâche.

La charge de prouver l’innocence du cavalier ou de son entourage relève d’une véritable enquête policière qui nécessite le recours à des laboratoires spécialisés et une coopération totale des différents fournisseurs et entourages pour remonter la chaîne. Autrement dit une possibilité réservée aux plus grands noms mais totalement exclue pour les autres qui préfèrent généralement subir la peine pour revenir le plus rapidement possible dans le circuit. C’est la première injustice. La deuxième c’est que même innocenté l’accusé doit rendre ses lots. La troisième c’est que dans la pratique courante pour éviter tout risque de contamination et donc de condamnation, les chevaux au plus haut niveau doivent être placés dans une bulle à la maison et en compétition avec un contrôle total de leur environnement et une conservation ubuesque d’échantillons, de références d’emballages… Cette gestion aussi lourde que ridicule n’est pas accessible au cavalier lambda ce qui créé de facto une justice à deux vitesses. Non pas entre puissants et misérables mais, entre ceux qui ont les moyens et les autres.

Dernière victime en date, Christian Ahlmann contrôlé positif en janvier dernier avec Mandato van de Neerheide, se défend en avançant une contamination accidentelle.

Quand la loi n’est pas bonne, il convient de la changer. La balle est donc dans le camp de la FEI, appelée par l’IJRC à faire évoluer ses règles. Il ne s’agit pas en l’espèce de renoncer au principe de tolérance zéro mais d’adapter la réglementation à l’évolution de la science en matière de dépistage et de prendre en compte une contamination chimique involontaire qui hélas, n’est pas réservée aux seuls chevaux. Autrement dit, mettre un peu d’intelligence dans un règlement vieillissant en total décalage avec ce que certains pourraient désigner comme, « la vraie vie ».

Serge Lecomte : l’affaire de trop ?

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Serge Lecomte. Photo : DR

L’histoire, nous enseigne que le terrible Al Capone n’est pas tombé en raison de ses principaux crimes et délits mais pour une simple affaire fiscale. Serge Lecomte n’est pas Scarface mais partage avec le légendaire gangster  de Chicago le fait de régner sans partage sur un empire qu’il s’est bâti au fil des ans et qu’il a su verrouiller avec une poigne de fer. Si les multiples procédures judiciaires ont glissé sur lui comme l’eau sur les plumes d’un canard, la statue du commandeur pourrait vaciller et choir en raison d’une « simple » affaire de mœurs. La légèreté du dirigeant est aujourd’hui clairement pointée par Médiapart qui l’accuse d’avoir fermé les yeux sur une affaire de pédocriminalité dont le mis en cause, ça ne s’invente pas, se nomme Caudal (« queue » en latin). Le souci pour le président de la FFE c’est que face à un organe de presse totalement indépendant comme Médiapart, les habituelles protections politiques ne fonctionnent plus. Avis de tempête en perspective.

Serge Lecomte a-t-il fait le mandat de trop ? Comme beaucoup de vieux alligators il ne s’est pas rendu compte que la température du marigot était montée d’un cran et surtout que le monde qui l’entoure  a changé. La puissance d’internet et des réseaux sociaux en a balayé plus d’un qui se croyait intouchable. La quête de vérité et surtout la fin de l’impunité autour des abus sexuels longtemps tus dans le domaine du sport signent la fin d’une époque, d’un système, et de certains dinosaures.

Rien à ce stade ne permet d’affirmer que la responsabilité judiciaire de Serge Lecomte sera engagée. Mais peu importe a-t-on envie de dire. Il a déjà perdu sur le plan médiatique et de l’opinion publique en adoptant une ligne de défense pathétique selon laquelle il n’aurait pas été au courant des antécédents judiciaires de Loïc Caudal.

On pourrait avoir une certaine clémence à l’égard d’un dirigeant qui se serait fourvoyé de bonne foi, avancerait le changement d’époque et de mentalité et son souci de ne pas briser la vie d’un ex-employé. Rien de tout ça. Aucun regret, aucune sincérité ni pensée pour les victimes, simplement un nouveau pied de nez avec en message subliminal un « venez me chercher si vous pouvez ». Au final le sentiment d’un système qui protège les siens, coûte que coûte, sûr que les choses finiront par s’étouffer. Circulez, il n’y a rien à voir.

Mauvais calcul. Le ministère des sports n’est plus celui de papa où l’on pouvait faire renvoyer une Directrice des Sports trop curieuse et à cheval sur la légalité par un simple coup de téléphone à ses amis politiques. La manœuvre serait aujourd’hui contreproductive et les retours d’ascenseurs ont aussi une date de péremption. Reste donc un président de fédération sportive seul et élimé qui n’a pas compris que dans un secteur aussi féminisé que celui de l’équitation l’impunité de prédateurs sexuels et le silence qui les entoure ne sont plus tolérables.

Deuxième caillou dans la chaussure du dirigeant c’est le nouveau type de ministre auquel il doit faire face. Pour la deuxième fois après Laura Flessel, la ministre actuelle des sports, Roxana Mărăcineanu, est une femme et une ancienne athlète (médaillée olympique) qui connaît bien la part d’ombre du sport. Avec elle, la traditionnelle culture de l’arrangement, du recours à certains réseaux n’a plus cours. On l’espère du moins.

Serge Lecomte est un vieux renard. Peut-être arrivera-t-il à semer la meute de ses poursuivants et à regagner sans une égratignure son terrier. Mais il est devenu contre son gré un symbole, un totem bien gênant. Ses fidèles et dévoués amis de la FFE sauront sans nul doute lui susurrer à l’oreille les mots du Guépard de Visconti. « Il faut que tout change pour que rien ne change ». A commencer peut-être par le président de la FFE.

 

 

Dopage : une sanction exemplaire qui doit faire jurisprudence

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Endurance, une belle discipline souillée par des pratiques inqualifiables. Copyright © FEI/Martin Dokoupil

Il y a pire que le dopage « simple ». C’est celui qui donne lieu à d’atroces souffrances à un animal et, qui au bout du chemin, se termine par son euthanasie. Signe que les temps changent et que les impunités s’érodent, la sanction prise par la FEI à l’encontre du Sheik Abdul Aziz Bin Faisal Al Qasimi (EAU) dans le cadre de l’affaire Castlebar Contraband, nom de son cheval qui s’était fracturé un canon lors du CE1* de Fontainebleau (FRA) le 15 octobre 2016, fera date et on l’espère jurisprudence.

Il y a bien sûr la sanction financière. 17 500 francs suisses d’amende et 15 000 francs suisses pour les frais de procédure soit au total l’équivalent de 30 074 €. La somme paraît rondelette pour le commun des mortels mais ce montant constitue un confetti dans la fortune de membres de monarchies pétrolières. Il est donc loin d’être à lui seul dissuasif. Restait donc la seule vraie menace, celle de la suspension. Cette fois la main des juges n’a pas tremblé. Les considérations politiques sont restées au vestiaire et la condamnation, sans équivoque, est tombée : 20 ans. Deux décennies de suspension soit chez un athlète, une éternité,  la fin de sa carrière sportive.

Dans le machiavélisme et la cruauté, l’homme n’a pas son pareil. La ficelle est bien connue : administrer un produit, en l’espèce de la Xylazine, un sédatif, analgésique et relaxant musculaire, qui permet abaisser le rythme cardiaque peut être très utile en endurance en permettant de passer les contrôles vétérinaires.

Les effets secondaires sont terribles comme l’a rappelé à la barre le directeur vétérinaire de la FEI. Le Dr Göran Åkerström, a expliqué que le blocage des nerfs supprime la « fonction protectrice très fondamentale de la sensibilité » et augmente le risque de blessure catastrophique. Concrètement, faute de signal de douleur (et donc de boiterie), le cheval s’expose à une fracture de fatigue. C’est ce qui s’est passé comme pour d’autres avant lui pour Castlebar Contraband dont le canon avant droit s’est brisé dans une fracture ouverte lors de l’épreuve à Fontainebleau.

L’autopsie a révélé l’apparition de lésions multiples avec un emplacement très ciblé, ce qui démontre que le cheval a été bloqué nerveusement (désensibilisé) à l’entraînement, et à la fois avant et pendant la compétition. Cette désensibilisation, associée à l’arthrose de l’articulation du boulet avant droit, a entraîné des fractures de stress qui ont finalement causé la blessure catastrophique qui ne relève pas du hasard mais d’une pratique répétée.

Différence culturelle peut-être ou simple arrogance de liée à sa fortune et à son rang, l’idée même que les chevaux pourraient être des mobylettes que l’on change après les avoir cassés est inadmissible. Tout à l’inverse, le droit après la science a établi que ce sont des êtres  vivants doués de sensibilité.

Le tribunal de la FEI en a tiré toutes les conclusions en condamnant le Sheik Abdul Aziz Bin Faisal Al Qasimi  aux  sanctions les plus sévères de l’histoire de la FEI. Les 20 ans de suspension se décomposent en effet en 18 ans pour la maltraitance des chevaux et deux ans pour la violation des règles sur le dopage.

« C’est un très bon résultat pour le bien-être des chevaux et la lutte contre le dopage dans les sports équestres« , s’est réjoui le directeur juridique de la FEI, Mikael Rentsch. « Nous sommes très heureux de voir une sanction aussi forte prononcée par le Tribunal de la FEI qui constitue un avertissement sévère pour tous les compétiteurs. Le Tribunal ne tolérera pas les cas d’abus sur les chevaux« .

Avec communiqué.

 

 

 

 

Lauren Hough renversée par une voiture

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La cavalière américaine Lauren Hough qui s’était faite connaître du grand public ces dernières années par ses performances au plus haut-niveau avec sa jument Ohlala a été victime d’un accident… à vélo le 18 mai dernier.

Lauren Hough a été renversée par une voiture alors qu’elle faisait son petit tour quotidien en vélo depuis ses écuries, accompagnée de sa chienne Rosie. Sortie de l’hôpital après un court séjour, elle souffre d’une épaule déboîtée, de bleus importants et de lacérations.

Philippe Rozier appelle le haut-niveau à venir au secours des structures équestres

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Philippe Rozier

Philippe Rozier l’avoue. La trêve imposée par le confinement liè au COVID-19 a, dans son cas personnel, bien des avantages. A commencer par offrir une pause salutaire dans un agenda surchargé. Mais on peut être champion olympique par équipes et avoir une vie dorée sans pour autant vivre dans sa bulle. Le cavalier du Haras des Grands Champs a pleinement conscience des difficultés actuelles des structures équestres privées de cours et donc de recettes mais grevées par les coûts d’entretien de la cavalerie sans parler des autres frais fixes. Le risque direct majeur c’est, qu’à cours de trésorerie, un certain nombre de structures ne soient plus en capacité de payer la nourriture des poneys et chevaux de club.

Certains attendent que la solution vienne d’ailleurs, de plus haut. De la Fédération, de l’État.  En compétiteur averti, Philippe Rozier a plutôt en tête l’adage bien connu « aide-toi le ciel t’aidera ». Avec intelligence, le fils aîné de Marcel bien conscience du lien indissociable qui unit le haut-niveau à la pratique en club et d’une nécessaire solidarité à trouver. « J’aimerai qu’on se mobilise ensemble pour essayer de trouver des solutions pour les poneys-clubs et les centres équestres » explique-t-il au micro de Béatrice Fletcher pour L’Éperon. Et de rappeler « je crois que le haut-niveau, nos médailles d’or aux Jeux Olympiques doivent au moins servir à ça, trouver des solutions pour aider ces gens qui sont vraiment dans la difficulté ».

Philippe Rozier qui avait été un formidable catalyseur de l’équipe de France à Rio en appelle donc à ses camarades de haut-niveau, notamment olympiques, pour une sorte de concours Lépine de bonnes idées. Une déjà se détache, l’organisation de stages dont les recettes seraient intégralement reversées aux structures équestres, petites ou grandes, et de tous niveaux (cf vidéo 2).

Roger-Yves Bost a immédiatement répondu présent mais également d’autres cavaliers de haut-niveau tel que Marc Dilasser(cf vidéo 3). L’initiative devrait être soutenue par la FFE.

Maelle Martin prend son envol

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Maelle Martin. Cliquer pour agrandir.

Le temps de l’indépendance pour Maelle Martin. Elle n’a que 29 ans et est un peu perdue dans le classement mondial (573ème). Il n’empêche, Maelle Martin, par la qualité de son équitation, est l’une des cavalières françaises les plus prometteuses. Après un passage très profitable au sein de l’écurie Chev’el de Sophie et Olivier Sadran, la jeune femme a choisi de voler de ses propres ailes. Maelle Martin devrait dévoiler prochainement son projet personnel. On ne peut que lui souhaiter bon vent.

Göteborg : la vie commence à 60 ans pour Geir Gulliksen

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Geir Gulliksen et Vdl Groep Quatro © FEI /Satu Pirinen

Il n’est jamais trop tard. A 60 ans, Geir Gulliksen (VDL Groep Quatro) a remporté sa première étape Coupe du monde. C’était ce week-end, chez lui, à Göteborg. Le Norvégien a devancé le Suisse Bryan Balsinger (Twentytwo des Biches)  alors que Kevin Staut (For Joy van’t Zorgvliet*HDC) s’est offert une belle 3ème place.

2020 année Gulliksen ? Allez savoir. Cet habitué des CSI 5* avait déjà créé la surprise en se qualifiant pour le barrage lors de l’étape Coupe du monde de Bordeaux il y a peu. Une surprise en effet. Car si ce jeune sexagénaire écume le circuit depuis 40 ans, il n’est pas un habitué des places d’honneur. La protection dorsale qu’il arbore, aux allures de carapaces de tortue, l’ont sans doute rendu plus célèbre que ses classements. Clin d’œil de l’histoire, alors qu’il ne l’avait pas endossée à la remise des prix, sa monture une peu effrayée lui a fait mordre la poussière en raison d’un écart. Après un silence de mort, lié à l’absence de réaction au sol de Gulliksen, celui-ci s’est soudainement relevé au plus grand soulagement foule de la Scandinavium Arena… et des organisateurs.

« En vieillissant, je pensais que ça n’arriverait jamais » a déclaré Gulliksen en conférence de presse à propos de sa victoire inattendue avant d’ajouter avec franchise, « c‘est sans aucun doute le point culminant de ma carrière ». Connaître ses limites est important mais Geir Gulliksen a surtout démontrer sa capacité à les repousser et rappelé une évidence : « l’âge c’est avant tout dans la tête ».

Le classement complet, ici.

Abus sexuels : en équitation aussi il faut balayer les écuries d’Augias

imagesAprès le cinéma et le mouvement #Metoo, le sport est entré dans une phase d’introspection. La parole se libère et de biens sordides histoires remontent à la surface. Toujours les mêmes, des violences sexuelles, des abus de personnes en situation d’autorité ou en position de confiance et des vies brisées.  Pour les personnes concernées, l’enjeu désormais est souvent de passer du statut de victime honteuse à celui d’exemple pour aider les autres. En équitation, le témoignage livré par Amélie Quéguiner, propriétaire d’un centre équestre en Dordogne, a travers une lettre ouverte à Serge Lecomte est poignant. Aucune haine ou volonté de régler ses comptes mais simplement de créer un électrochoc pour une prise de conscience collective. La FFE par la voie de son Président a réagi vite et bien. Le milieu équestre moins, gêné, confus. Cet empressement à vouloir tourner la page, cette force des silences est une erreur. Le temps de l’examen de conscience est venu et celui des changements de comportement avec lui.

Il y a bien quelque chose de pourri dans le milieu du cheval. Ce sont de bien mauvaises traditions et une loi du silence érigée en loi d’airain. Un drôle de milieu, pendant longtemps zone de non droit soumis à l’emprise du coach ou de l’employeur. Sous couvert du prix de la passion trop de choses ont été admises. Culturellement admises, sur fond de hiérarchie sociale. Des grooms sur lesquels on a le droit de cuissage, ces palefrenières précaires ou ces élèves sur lesquelles on met une pression pour aboutir à ses fins. Aujourd’hui, à l’initiative de personnes courageuses, les langues se délient, les choses bougent dans le sport. Beaucoup moins dans les écuries où le silence reste la mise. Parfois même c’est l’agacement qui prédomine même chez des femmes en responsabilité. On ne va pas dégrader l’image de notre sport (de notre business) avec « ça » nous fait-on comprendre.

Tout faux.

Notre société évolue, en bien et en mal et, certaines pratiques ne sont plus admises. C’est vrai pour le bien-être animal. Ce doit l’être aussi pour la moitié de l’humanité. Ces femmes, jeunes ou moins jeunes, pratiquantes majoritaires de l’équitation, doivent trouver dans nos structures des lieux sûrs. Cette sécurité pourtant ne peut être acquise que si chacun d’entre nous met un terme à ces petites lâchetés, à ces regards qu’on détourne, à ces « on le savait bien » qui peuvent conduire au pire. Il nous appartient d’être vigilants les uns par rapport aux autres, de prendre soin des autres et de mettre un coup de balai dans les écuries d’Augias.

En commençant par rappeler que dans tous les cas, une relation sexuelle requiert un consentement libre et éclairé de la femme. Concernant les mineurs les choses sont plus simples. Lorsqu’une personne se trouve en situation d’autorité ou de confiance face à un adolescent mineur, le consentement de cet adolescent à toute activité sexuelle n’est jamais reconnu par la loi, que l’adolescent y ait consenti ou non.

Si on peut se féliciter qu’Olivier Guillon, représentant de la FFE au sein de la commission des athlètes de haut niveau ait signé avec 53 autres sportifs une tribune libre « Il est temps de donner de la voix », on est frappé par le manque d’engagement apparent de figures féminines de l’équitation. A commencer par celles qui occupent des postes en vue : DTN, cavalières de haut niveau, propriétaires, journalistes, chefs d’entreprise …

Ce silence assourdissant n’est pas à la hauteur des enjeux.  Pourtant, il ne s’agit pas de s’inscrire dans une mode, une curée médiatique mais, de savoir saisir le train qui passe pour mettre un terme à des dérives inacceptables. Il n’est pas question d’ouvrir une chasse aux sorcières ou de livrer des noms en pâture en faisant abstraction de la présomption d’innocence. Il convient plus simplement et profondément de s’engager personnellement, avec soi-même finalement, de ne plus tolérer ou cautionner par son silence des actes inadmissibles.

La FFE a vite réagi en lançant une campagne de sensibilisation et en mettant en place une cellule d’écoute

Grand Prix de consolation pour Julien Epaillard

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Julien Epaillard et Queeletta.

Faute de grives, on mange des merles. Julien Epaillard a fait sien le proverbe ce week-end à Bordeaux. Déçu de sa prestation du samedi soir dans la manche Coupe du monde avec Toupie de la Roque (8 points), le Normand s’est rattrapé le le demain dans le Grand Prix dominical aux commande de Queeletta.

Une victoire qui s’ajoute à celle du vendredi avec la même monture qui lui permettent de terminer meilleur cavalier du concours. Déception toute relative pour Félicie Bertrand, 2ème, qui rate de peu le doublé avec Sultane des Ibis. «Notre victoire l’an passé nous a fait du bien, nous avons gagné en confiance et nous avons eu de bons résultats après. C’était bien de refaire une performance ici, ça montre que ce n’était pas un coup de chance » a précisé avec le sourire la protégée du Haras de Clarbec en référence au GP Land Rover 2019. Consolation toujours relative pour Maikel van der Vleuten. Le Néerlandais qui a du se résoudre dernièrement à mettre à la retraite son crack Verdi prend une 3ème place convaincante avec Dana Blue.

On retiendra également la prestation de Michael Jung (Sportsmann S). L’extra-équestre allemand, roi du concours complet, se voit privé de barrage pour un malheureux point de temps dépassé mais décroche une 5ème place bien méritée.

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Queeletta en action sous la selle de Julien Epaillard

Dans l’immédiat, Julien Epaillard qui connaît de son propre aveu « un début d’année assez incroyable » se focalise sur la finale Coupe du monde de Göteborg où il espère bien briller. Doté d’un solide piquet (Queeletta, Toupie de la Roque et Virtuose Champeix), le cavalier de la Bosquetterie peut envisager avec sérénité les prochains mois et rêver d’une sélection pour Tokyo. Julien Epaillard est finalement comme les bons vins. Avec la maturité, il révèle toute sa qualité.

Le classement complet, ici.

Bordeaux : le Guerdat nouveau est arrivé

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Bousculé en fin d’année dernière, détrôné par son compatriote Martin Fuchs, Steve Guerdat a réagi comme on l’attendait. Piqué au vif, stimulé par la concurrence, il a placé la barre plus haut. Beaucoup plus haut. Vainqueur à Bâle, il récidive ce week-end à Bordeaux. Pour la première fois de sa carrière, il remporte l’étape Aquitaine avec qui plus est une nouvelle monture aussi délicate que qualiteuse, Victorio des Frotards, un hongre de onze ans né près d’Angoulême. Nouvelle année, nouvelle dynamique, nouveau cheval. 2020 commence de la plus belle des façons pour Steve Guerdat qui a les Jeux Olympiques de Tokyo dans le viseur. Comme un certain Bosty, 5ème de l’épreuve associé à une Sangria du Coty en grande forme, qui a poussé ses pions en vue de la sélection tricolore.

Bordeaux sera toujours Bordeaux avec ce petit goût si particulier de sel marin et de terres de grands crus. Dans la capitale de la nouvelle Aquitaine, on aime les produits locaux. Pas de chef de piste étranger. C’est Jean-François Morand qui est au crayon. Bon choix. L’homme de l’art a été inspiré signant un parcours « à la française » en finesse et délicatesse. La recette a bien fonctionné. Seuls neuf barragistes ont réussi à sortir sans pénalité d’un tracé qui a certes suscité des fautes mais sans jamais piéger ou mettre dans le rouge les chevaux. Neuf barragistes dont quelques fines cravaches habitués à galoper plus vite que l’éclair.

Logiquement c’est à un train d’enfer que les choses se sont jouées. Bosty lui-même le reconnaissait en conférence de presse en évoquant sa jument : « Il y avait beaucoup de virages, je ne pouvais pas aller beaucoup plus vite avec elle et finalement, je suis à ma place ce soir». Le Francilien a tout donné, a fait au plus rapide mais doit se contenter de la 5ème place. Avec intelligence et de sa voix douce et feutrée il a fait passer son message : « Il y a quatre ans, elle a failli se rendre à Rio. Depuis elle a pris de l’expérience et elle est en forme en ce moment, je n’ai plus qu’à la protéger et à choisir le bon programme. » Comme on dit, à bon entendeur …

Devant, les trois premiers ont pris tous les risques. La victoire est revenue à celle qui en avait le plus envie et à ce jeu-là Steve Guerdat avait un appétit d’ogre. Daniel Deusser associé  à Jasmien v. Bisschop doit se contenter de la seconde place et Niels Bruynseels sur Ilusionata van’t Meulenhof de la troisième. Trois chevaux avec beaucoup de tempérament. A ce niveau, le pilotage est devenu des plus délicats. Loin des anciennes montures pleine de force et un peu lentes les gagnants de cette nouvelle décennie sont dominés par le sang. Pour le plus grand bonheur des spectateurs, sans doute un peu moins des grooms et des soigneurs.

Restent l’émotion et la sincérité de Steve Guerdat, heureux naturellement de sa victoire, mais surtout d’avoir trouvé les clés de Victorio. « À un moment, j’ai commencé à douter, j’étais vraiment déçu de ne pas arriver à le comprendre, puis nous avons eu un déclic en remportant notre premier Grand Prix à Bâle ». Depuis la connexion semble établie. Le courant passe, la complicité est installée. Cheval peut-être encore plus hors-normes que Bianca, Victorio a tout désormais pour rentrer au panthéon des grands compétiteurs. Cette histoire qui débute s’annonce passionnante.

Le classement intégral, ici.

Martin Fuchs, un nouveau numéro 1 pour une nouvelle décennie

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Que de chemin parcouru pour Martin Fuchs depuis cette victoire aux Gucci Masters de Paris en 2014

C’est fait. Martin Fuchs est devenu numéro 1 mondial. Un nouveau leader pour une nouvelle décennie qu’il devrait marquer normalement de son empreinte. Une page se tourne mais tout reste à écrire. Ce serait une erreur d’enterrer trop vite Steve Guerdat qui au sommet de son art bénéficie d’une organisation lui assurant sauf accident une longévité au plus haut niveau. Le mode de calcul est ainsi fait qu’il donne une prime aux challenger et c’est très bien. Il ne suffit pas d’accéder au rang suprême, il faut arriver à en conserver la couronne. Les mois qui s’annoncent n’en seront que plus palpitants avec ce qui devrait ressembler à une bataille de Titans. Un duel quasi-fratricide qui pourrait profiter à tous ceux en embuscade. A commencer par le discret Daniel Deusser, actuel 3ème au classement permanent.

Reste à savoir quel n°1 sera Martin Fuchs. Le titre est honorifique mais les responsabilités sont réelles car l’exposition médiatique qui lui est liée offre l’occasion de passer bien des messages. Ce magistère de la parole est d’autant plus important que les sports équestres évoluent vite, très vite sous la pression de plus en plus importante de l’argent. Steve Guerdat a eu à cet égard un comportement exemplaire en se positionnant dans un pas de deux avec Kevin Staut, président de l’IJRC, comme un véritable gardien du temple, soucieux d’éthique et de la préservation de l’âme du sport. Le bilan est mitigé tant la puissance de l’argent ronge le fonctionnement de la FEI mais le Jurassien, avec panache, a tenu la dragée haute aux adeptes d’un mercantilisme à tous crins. Martin Fuchs ne semble pas avoir ses états d’âme. Il serait pourtant important qu’à 27 ans, avec un palmarès tel que le sien, le Zurichois prenne de la voix et n’apparaissent plus comme le seul jouisseur d’un système qui l’a fait roi.

Le classement permanent Longines du mois de janvier, ici.

 

 

Bataille helvétique pour les sommets

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Martin Fuchs et Clooney 51

C’est ce qui s’appelle finir l’année en apothéose. Martin Fuchs (Clooney 51) a ajouté une ligne supplémentaire à son palmarès en remportant dimanche 15 décembre pour la première fois une étape du Grand Chelem Rolex de saut d’obstacles. Et pas n’importe laquelle, le prestigieux Grand Prix de Genève. Une victoire sur le fil, pour 5 petits centièmes, devant Scott Brash (Hello Senator) décidément incontournable en cette fin d’année. Le Belge Jérôme Guery (Quel Homme de Hus) complète le podium alors que Steve Guerdat (Bianca) se classe 5ème. La bataille pour la place de numéro 1 mondial est engagée.

L’appétit vient en mangeant dit le proverbe. Et de l’appétit, Martin Fuchs en a beaucoup. Astreint à une hygiène de vie d’athlète de haut-niveau (pas d’alcool, beaucoup de sommeil…) le Zurichois sait ce qu’il veut. Gagner. 27 ans seulement dont 20 de compétition, ça vous forme un homme, même jeune. Martin Fuchs est de ce bois-là. Son visage juvénile ne doit pas faire oublier qu’’il est un redoutable compétiteur. Un requin aux dents aiguisés habité par le goût de la victoire. Son admiration et sa complicité avec Steve Guerdat sont condamnées à tourner à la rivalité, même amicale. L’histoire du sport est remplie de ces duels fratricides. Ils en font aussi l’intérêt et la beauté.

En remportant Genève, le cavalier de Clooney a symboliquement franchi le Rubicon. Genève était jusqu’à présent la chasse gardée du Jurassien trois fois consacré dans l’enceinte de Palexpo. Un acte belliqueux symbolique donc, doublé d’une déclaration qui ne l’est pas moins. «Devenir numéro 1 est un objectif», a précisé sans détours Martin Fuchs. Le décor est planté. La tragédie grecque peut commencer. Lequel des deux sera le meilleur Suisse à Tokyo et prendra le leadership sur l’équipe nationale ? En tout état de cause, il ne pourra y en avoir qu’un.

Le classement complet du Grand Prix,ici.

Transition en douceur à la tête de l’équipe Suisse

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Andy Kistler

Il n’est pas encore parti mais on le regrette déjà. Andy Kistler était devenu depuis six ans un visage familier des grands rendez-vous hippiques. Discret, courtois et toujours souriant, ça fait beaucoup de qualités pour un seul homme. Mais en Suisse on fait les choses bien et on aime les transitions en douceur. Le 59ème CHI de Genève a été l’occasion de préparer les esprits bien en avance. A l’issue des JO de Tokyo, Andy Kistler (65 ans) quittera ses fonctions de chef d’équipe des cavaliers de saut de l’élite pour être remplacé par Michel Sorg.

 «L’équipe a maintenant droit à un plus jeune «chef». Avec les cavaliers, j’ai vécu des moments inoubliables dans le monde entier et j’en suis très reconnaissant. Je me réjouis désormais de voyager un peu moins et d’avoir plus de temps pour ma famille et en particulier pour mes petits-enfants. Pour moi, la nomination de Michel Sorg comme nouveau chef d’équipe correspond exactement à ce que je souhaitais pour l’équipe et cela rend mon départ plus facile » a déclaré avec émotion Andy Kistler.

C’est effectivement un changement de génération qui va s’opérer. Michel Sorg est avant tout un communicant. Ex journaliste et speaker dans les concours, il s’est imposé depuis 4 ans comme directeur adjoint du CHI de Genève et directeur sportif du jumping auprès de la fédération suisse des sports équestres (FSSE). Il offrira une nouvelle approche de la fonction de chef d’équipe mais continuera à s’appuyer sur Thomas Fuchs qui reste entraîneur de l’équipe. En effet, en Suisse, la fonction de chef d’équipe est avant tout celle d’un manager, en rien celle d’un technicien.

Paris : Hermès Ryan, le bijou retrouvé

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Hermès Ryan et Simon Delestre. ©Aléa pour EEM

Hermès Ryan, l’éblouissant petit alezan de Simon Delestre a retrouvé tout son lustre et sa superbe après une interminable parenthèse que l’on espérait fermée en mars dernier par sa victoire dans le Saut Hermès. Il fallait toutefois s’en assurer et se rassurer. C’est chose faite. L’ex couple phare de l’équitation hexagonale a livré une prestation exceptionnelle pour le Grand Prix des Masters Longines qui se disputait dans le cadre du salon du cheval de Villepinte. Et comme un bonheur arrive rarement seul, le public parisien a eu droit à un rarissime podium 100% français avec Kevin Staut (For Joy) et Roger-Yves Bost (Sangria du Coty) respectivement second et troisième. Une belle note tricolore dans un océan d’anglophonie.

Cette édition 2019 des Longines Masters avait un avant goût de noël. Sans être cocardier le public parisien à les yeux de Chimène pour les enfants du pays. Mais il lui aura fallu être patient pour qu’ un Français remonte sur la première marche du podium. Le deuxième motif de satisfaction réside dans le fait que le sacre de Simon Delestre est un peu l’arbre qui cache la forêt, en l’espèce une incroyable série de bonnes prestations de ses compatriotes engagés dans l’épreuve. Avec une mention spéciale pour Kevin Staut dont la maestria sur For Joy est tout bonnement hallucinante en précision, efficacité, légèreté, fluidité. On admire souvent, à juste titre, la qualité de l’équitation de Marcus Ehning mais celle du Normand n’a rien à lui envier.

Reste le cas d’Hermès Ryan des Hayettes et ses perspectives d’avenir. Echaudé par l’épisode de Rio, Simon Delestre a indiqué qu’il ne vise pas une sélection pour les Jeux de Tokyo. Le motif avancé est celui de l’âge. Ryan aura 15 ans mais cela doit être apprécié au cas par cas en fonction de l’état physique du cheval, à âge égal, certains étant plus usés ou fragiles que d’autres. Le fils d’Hugo Gesmeray s’inscrit dans cette dernière catégorie : une superbe mécanique mais particulièrement délicate. Le choix se comprend même si se renoncement se paye au prix fort : ne jamais entrer dans la légende olympique. Il faut néanmoins savoir goûter les instants de bonheur quand ils se présentent. Simon Delestre, tout à sa joie, n’a pas manquer de saluer un Ryan « exceptionnel », particulièrement rapide au sol.  « Il est vraiment bien depuis son début de saison indoor et conclut la deuxième meilleure saison de sa carrière » a déclaré le Lorrain.

Le classement complet, ici.

Le français oublié des Masters de Paris

Christophe Ameeuw a un don certain. Celui des affaires et de transformer le plomb en or. Cet autodidacte belge a un parcours impressionnant avec de belles réussites à la clef : les Ecuries d’Ecaussines qu’il a totalement transformé et internationalisé sans oublier, EEM la société qu’il a créée en 2009, devenu depuis un acteur incontournable du saut d’obstacles de haut niveau. Après avoir relancé le jumping de Paris rebaptisé un temps Gucci Masters il a créé son propre circuit des Longines Masters (Los Angeles, Hong Kong, New York, Lausanne et Paris). Un vraie réussite financière et sportive. Dommage que la grande lessiveuse de la mondialisation et des affaires ait gommé au passage les identités culturelles des pays d’accueil. Paris en est une belle illustration. La ville-lumière sans la langue française est-elle encore Paris ? Parti pris.

L’internationalisation des sports équestres et une belle chose en soi mais la France n’est pas un pays ordinaire. En raison de son passé, de sa culture et des valeurs universelles qu’elle porte depuis la révolution de 1789. Or, la langue, on le sait bien n’est jamais quelque chose d’anodin. Elle reflète un rapport de force entre différentes façons d’appréhender le monde. Dans le mouvement de mondialisation actuelle, de standardisation des cultures, pour ne pas dire de pasteurisation au sens d’aseptiser, la France résiste ou tente de résister face au rouleau compresseur anglo-saxon.

Dans ce combat, la défense de la langue est essentielle. Comme l’écrivait dernièrement l’académicien Jean-Marie Rouart, «  Avec cette langue dont nous perdons la maîtrise, ce sont aussi les idées qu’elle véhiculait qui vont se dissiper et perdre de leur influence. C’est tout l’apport de ce qu’il faut bien appeler, certes un peu gravement, l’âme française, ce message si original d’esthétique et d’éthique façonné par les siècles qui est appelé à disparaître ».

Pour vendre l’âme internationale de Paris aux étrangers, il en faudra un peu plus que la simple reproduction de la tour Eiffel sur un rectangle de bac à sable dans un hall d’exposition aussi impersonnel que celui de Villepinte. Alors quand on y rajoute des anglicismes à gogo et un mauvais globish, on ne fait que servir une soupe tiède et sans goût. Comme un air de contrefaçon qui n’est pas sans rappeler ces souvenirs vendus à la sauvette sur les lieux touristique parisiens et fabriqués par des petites mains exploitées en Asie du Sud-Est.

A l’inverse, l’équitation doit être l’occasion de mettre en avant des filières d’excellence et une culture, française en l’occurence, célébrée dans le monde entier. Le Saut Hermès à cet égard constitue un exemple à suivre parce qu’il s’inscrit dans une histoire, un patrimoine, une tradition.

Question circuit, Jan Tops et le Global Champions Tour paradoxalement semblent également l’avoir compris en choisissant des lieux d’exception pour l’accueil des compétitions, en essayant de vendre un peu de l’esprit du pays hôte.

De grâce ne vendons pas du jumping de haut niveau comme on vend des hamburgers dans le monde entier à travers des franchises et des produits standardisés. Essayons plutôt de mettre en avant des cultures différentes, pluri-centenaires, entre les hommes et sa plus fidèle conquête, le cheval.   

 

Vivaldi-Jumping nouveau partenaire de Kévin Staut.

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Kevin Staut et Viking d’la Rousserie

Kevin Staut n’est pas un cavalier qui a seulement des jambes. Il a aussi une tête et, bien faite. Le Normand le prouve une nouvelle fois en construisant avec Didier Krainc un nouveau concept, une écurie de groupe dédiée aux sports équestres.  Depuis son éloignement du Haras des Coudrettes, le champion olympique se devait de réagir, et vite. Trouver de nouveaux partenaires capables de lui assurer des montures compétitives pour ne pas disparaître lentement mais inexorablement du devant de la scène équestre internationale. Didier Krainc était sans doute la bonne personne à convaincre. Il semblerait que le courant soit immédiatement passé entre les deux hommes. 

Le concept est original et intelligent puisqu’il vise à mutualiser les moyens d’un club fermé de 20 investisseurs qui socialisent de ce fait les risques et les déceptions fréquentes des propriétaires de chevaux de sport. En contrepartie ils bénéficieront d’un accès privilégié aux grandes compétitions et d’une proximité inédite avec l’un des meilleurs cavaliers mondiaux.

« Je cherchais depuis quelques années un moyen d’associer certains investisseurs à une aventure commune autour d’un ou plusieurs chevaux de sport, a précisé Kevin Staut ; aussi lorsque j’ai entendu parler du succès des Écuries Vivaldi dans le monde des courses, cela m’a mis la puce à l’oreille et j’ai voulu rencontrer Didier Krainc. Nous nous sommes immédiatement bien entendus et le concept « Vivaldi-Jumping » est né en quelques semaines. Ce projet sera très complémentaire à mon activité principale. »

A partir de 2020, Vivaldi-Jumping devrait prendre des participations chaque année dans la propriété́ de deux à quatre jeunes chevaux de 4 ans, puis accompagner leur carrière sous l’égide de Kevin Satut pendant cinq à six ans, période pendant laquelle certains pourront être vendus.

Didier Krainc est un homme d’affaire brillant issu de la presse spécialisée ne informatique dont il s’est éloigné pour créer Nexus Consulting une entreprise de conseil en management et en stratégie spécialisée dans la transformation numérique et la conduite du changement. En octobre 2017, il a créé Vivaldi avec un groupe d’amis passionnés de chevaux souhaitant partager leur passion et disposant d’une certaine surface financière. En 2018, l’Ecurie Vivaldi avait engendré sa première filiale avec l’Ecurie Bartok toujours dans les courses. La principale différence entre les deux écuries Bartok et Vivaldi réside dans le ticket d’entrée : 10 000 €  pour Bartok, 30 000 € pour Vivaldi. Le concept s’étend désormais au jumping. Il devrait être observé avec beaucoup de curiosité par le petit monde des propriétaires ou investisseurs passionnés.

Maltraitance : la nécessité de construire une jurisprudence Estermann

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Paul Estermann

Faute d’aveux, l’émergence de la vérité n’est pas chose aisée. En 2017, Paul Estermann pilier de l’équipe nationale suisse était accusé, photos à l’appui, de maltraitance sur ses chevaux, Castelfied Eclipse et Lord Pepsi. Le Luçernois de 56 ans s’était alors défendu en évoquant une vengeance de son ancien groom dont il venait de se séparer dans de mauvais termes. La justice suisse a tranché dernièrement en condamnant le cavalier pour maltraitances répétées en première et deuxième instance. Celui-ci devrait faire de nouveau appel mais a parallèlement annoncé se retirer du cadre Elite c’est à dire, qu’il se prive juste de la possibilité de participer à des Coupe des nations et des championnats mais pas de concourir dans les épreuves nationales et internationales. Dans l’immédiat Paul Estermann indique toutefois qu’il ne participera pas au CHI de Genève en décembre ni au CSI de Bâle en janvier. En application de la présomption d’innocence, la Fédération Suisse des Sports Equestres (FSSE) a indiqué renoncer pour l’instant à prendre des sanctions.

La prudence n’est plus l’apanage des Sioux. Elle est désormais largement suisse. On comprend les précautions juridiques prises par la FFSE d’autant que la FEI se sera bien gardée de toute prise de position dans ce dossier. On peut même se féliciter que dans une époque où la délation médiatique devient une pratique courante, des hommes tiennent la barre et respectent un principe essentiel du droit, la présomption d’innocence.

On regrettera pourtant en l’espèce que la FFSE n’ait pas pris de mesures conservatoires interdisant, par un retrait provisoire de sa licence, toute participation à une compétition de Paul Estermann, jusqu’à l’épuisement des voies de recours, processus parfois très long. La solution était peut être alambiquée et fragile comme de la porcelaine devant des as du barreau. A défaut d’être solide, elle aurait envoyé un message simple et aisément compréhensible à tous ceux qui pensent qu’on peut passer ses nerfs et brutaliser un cheval en toute impunité, parce que l’on ne reconnaît pas les faits et que l’on est un cavalier important.

« L’affaire Estermann » ne peut en rester là. Elle doit dépasser le cas personnel pour coïncider avec une prise de conscience des instances dirigeantes des sports équestres de la nécessité d’élaborer une mécanique juridico-administratives permettant d’instituer des garde-fous dans des cas graves de brutalité supposée. C’est ce que l’on pourrait appeler la jurisprudence Estermann.

Pieter Devos, cavalier « Apart »

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copyright FEI / Lukasz Kowalski

Comme un air de déjà vu. Pieter Devos a remporté dimanche 17 novembre la prestigieuse étape Coupe du monde de Stuttgart. Un bis repetita pour le Belge qui avait remporte l’édition 2018 avec le même cheval, son hongre de 14 ans, Apart.

A 33 ans, le Brabançon n’est pas dans le club très fermé des chouchous du public. Il n’en est pas moins un compétiteur redoutable et redouté pour sa rapidité et son efficacité dans le barrages. Il s’offre pour l’occasion le luxe de coiffer sur le poteau d’arrivée les deux plus fortes gâchettes du moment : Steve Guerdat (Venard de Cerisy) contraint de se contenter de la deuxième place et Scott Brash (Hello Senator) de retour depuis quelques semaines sur le devant de la scène hippique.

Les deux larrons qui pensaient l’affaire faite se font distancer par un semi-professionnel. Car c’est bien la particularité de ce cavalier de haut niveau, c’est d’avoir un autre métier à plein temps dans la très prospère affaire familiale. « Piet » comme on l’appelle communément est un directeur commercial qui réussit également très bien puisqu’en une dizaine d’années l’entreprise d’import-export de fruits qu’il co-dirige est devenue l’une des plus importantes de Belgique.

Deux métiers à plein temps donc et une volonté de participer à toutes les compétitions puisque l’on retrouve Pieter Devos sur différents circuits : Coupe du monde, Global Champions Tour ou Coupe des nations. Pour courir tous ces lièvres à la fois, le vainqueur de Stuttgart peut s’appuyer sur piquet solide (Claire Z, Espoir, Jade vd Bisschop). En avril de cette année, lors de la finale Coupe du monde qui se déroulait à Göteborg il avait signé une contre-performance en étant éliminé avec Apart le deuxième jour de compétition. 2020 sera-t-elle l’année de la revanche ? C’est fort possible. Cet enfant du plat pays ne partage pas la devise de Pierre de Coubertin. Comme beaucoup de ses congénères participer compte peu. Le goût de la victoire ne s’oublie pas et demeure insatiable.

Le classement complet, ici.

Coupe du Monde de Vérone : revoilà Scott Brash

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Scott Brash sur sa jument Hello M’Lady revenue au sommet de sa forme. © FEI / Massimo Argenziano

Cela faisait déjà plusieurs mois que Scott Brash donnait des signes manifestes de retour au premier plan. L’Ecossais avait affiché une forme éblouissante en octobre lors du Hubside Tour sur la Côte d’Azur. On l’attendait à la remise des prix à Lyon, finalement l’ex numéro 1 mondial nous aura fait patienter une semaine pour s’imposer magistralement dans le Grand Prix Coupe du monde de Vérone associé à Hello M’Lady. Présent parmi les 16 barragistes, Simon Delestre sur un Hermès Ryan ragaillardi se classe 11ème.

Les derniers seront les premiers. Casquette verte Rolex vissée sur la tête, doudoune foncée sans manche pour se protéger du froid, Scott Brash, dernier partant à s’élancer dans le Grand Prix aura pris tout son temps pour observer soigneusement le parcours et les prestations de ses concurrents. Visage impassible, on ne sait pas à ce moment-là, quelle idée peut bien traverser sa tête. En digne fils de la fière Ecosse, sa réputation d’aimer les sous n‘est pas surfaite. Mais avant tout il demeure un compétiteur redoutable que la soif de victoire fait courir encore plus vite que sa soif de l’or. Des victoires qui comptent cela fait justement un peu trop longtemps qu’il n’en a pas fait tomber une dans son escarcelle. Ça tombe bien, il est affûté et dispose avec M’Lady d’un cheval d’expérience et rapide. Il convient juste de se qualifier pour le barrage.

A seulement 33 ans, Brash est déjà un vieux renard qui connaît toutes les ficelles et sa jument par coeur. Il a eu tout le temps nécessaire pour décrypter le parcours du chef de piste italien, Uliano Vezzani qui n’a pas eu la main lourde. 15 couples se sont déjà qualifiés pour le barrage. Sans forcer, il devient le 16ème. Les choses sérieuses peuvent commencer.

La concurrence est rude. On pense l’affaire pliée après le passage de Darragh Kenny (Roméo) et de Steve Guerdat (Alamo). L’Irlandais a été plus rapide (36″06) que le Suisse (36″19) qui a préféré aller vite sans toutefois mettre sa monture dans le rouge. Mais Brash est en mode démonstration, tourne encore plus court et galope fort sur le dernier obstacle. La foulée sort, impeccable. Le chronomètre tombe à (35″55). Mission accomplie pour le Britannique. Enjoué celui-ci déclarait après l’épreuve qu’il espère courir les Jeux de Tokyo avec sa jument de 13 ans.

Deux Français avaient fait le déplacement en Vénétie. Pénélope Leprevost (Vancouver de Lanlore) se voit privée de barrage pour une petite faute. Plus chanceux, Simon Delestre se qualifie mais une barre d’Hermès Ryan le relègue à la 11ème place.

Le classement complet, ici.

Julien Epaillard, champion précoce, numéro 1 tardif

Julien Epaillard et Virtuose Champeix

A 42 ans, Julien Epaillard est devenu numéro 1 Français au classement mondial permanent reléguant l’inoxydable Kevin Staut, une fois n‘est pas coutume, au rang de numéro 2. Ce « coup d’état » surprise est essentiellement le fruit des résultats du Grand Prix Coupe du monde de Lyon qui a souri à Julien Epaillard (5ème), beaucoup moins à Kévin Staut (16ème). De l’aveu même du nouveau chef de file tricolore, les choses devraient rentrer rapidement dans l’ordre : « au mois de novembre, j’aurais beaucoup de points à perdre. En principe, Kévin devrait vite me repasser devant. Et si tout se passe comme je le pense, je devrais terminer l’année aux alentours de la vingtième place mondiale ». Même si le règne de ce cavalier de la Manche qui n’a rien de manchot devait être bref, il a le mérite de lui offrir une reconnaissance symbolique forte. Comme si trop doué, trop jeune, il avait fallu attendre la maturité pour que la chance revienne de son côté.

Julien Epaillard, c’est au départ une histoire classique. Un fils de propriétaire de centre équestre, baigné dans le milieu, qui a du savoir monter avant de marcher. Ça aide mais, ça ne fait pas tout. Ce gamin-là se révèle doué. Particulièrement doué. Avec un premier titre de champion de France Cadets. Il n’a alors que 12 ans. La suite sera du même acabit : champion d’Europe Junior par équipe, Champion d’Europe Jeune Cavalier en individuels, médaille de bronze par équipe au Championnat d’Europe Jeunes Cavaliers.

Dans le grand bain, sa main ne tremble pas. En 2005, il endosse pour la première fois la veste bleue et termine la saison en remportant Grand Prix 5*de La Corogne (ESP). Par la suite les victoires majeures se font attendre. Lui, l’extra-terrestre dont tout le monde parle n’arrive plus à traduire dans les résultats son talent. Le voilà catalogué cavalier des plus rapides du monde mais pas de ceux susceptibles de remporter un GP 5*.

En 2017 pourtant, par deux fois il déjoue les pronostics en s’imposant à Bordeaux où il gagne sa première épreuve Coupe du monde avec Quatrin de la Roque et à Paris dans le très convoité Longines Paris Eiffel associé à Usual suspect d’Auge qui disputait alors son premier 5 étoiles… En 2019, nouveau doublé. Une victoire en début d’année toujours avec Usual suspect d’Auge au LGCT de Doha et, il y a quelques jours en Coupe du monde à Lyon avec Queeletta. Les choses seraient-elles en train de tourner ? L’avenir le dira. Car les victoires permettent d’engranger de la confiance et de laisser mûrir les projets.

Le cavalier du pays d’Auge ne s’emballe pas. Il commence à y penser les matins en se rasant. Tokyo, les JO, 2020. Pourquoi pas ? Pas question pour autant de prendre la grosse tête. « Les chevaux, c’est l’école de l’humilité » aime-t-il à rappeler. « Dès qu’on croît être arrivé, on prend une baffe ».

Lyon : la consécration pour Martin Fuchs, la confirmation pour Jessica Springsteen

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Intouchables. Clooney 51 et Martin Fuchs ont survolé l’épreuve.

La victoire avait ce week-end le visage de la jeunesse. Martin Fuchs, encore lui, accroche une nouvelle victoire de renom à son déjà long palmarès. Associé à son compagnon d’armes Clooney 51, il ajoute son patronyme à la prestigieuse liste des vainqueurs du Grand Prix Coupe du Monde de Lyon. Sacré dans la capitale des Gaules, le jeune Suisse de 26 ans se voit doté pour l’occasion d’une dauphine de charme. Le sourire de Jessica Springsteen (27 ans) est aussi celui d’une compétitrice tenace qui a trouvé avec RMF Cécilie une monture particulièrement performante qui lui ouvre le chemin des podiums. Sur la troisième marche de celui-ci, le Belge Pieter Devos se glisse très intelligemment avec sa jument Claire Z.

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Le duo plein de charme de Jessica Springsteen et de Martin Fuchs

Grégory Bodo peut dormir tranquille. Le chef de piste tricolore a plus que rempli son contrat. Il sera difficile de trouver un spectateur qui n’ait été emballé par cette troisième étape du circuit Coupe du monde. Le ratio des 13 barragistes pour 39 couples au départ aura été parfait tenant en haleine un public chauffé à blanc.

On aurait aimé voir les Français mieux placés au classement mais les dieux du sport en avait décidé autrement. Julien Epaillard toutefois a créé la surprise en s’adjugeant une 5ème place aux commandes de Queeletta, une nouvelle et prometteuse venue, dans son piquet. A retenir également la performance d’Olivier Perreau (10ème). Le cavalier ligérien, signe une prestation très convaincante (0/4) avec Veniza d’Aiguilly, sa jument de tête, désormais précédée du nom de son nouveau sponsor GL Events. Le Roannais parti le couteau entre les dents avait à coeur de démontrer sa gratitude à Sylvie Robert et à son groupe pour leur confiance. Ceux-ci peuvent être rassurés. Ils ont fait le bon choix, celui d’un cavalier d’avenir.

Le classement complet, ici.

Olivier Robert : « quand on monte Tempo, le sentiment est fantastique »

7I4A8912S’il est un couple à venir admirer ce week-end à Equita’Lyon, c’est incontestablement celui que forme Olivier Robert avec Tempo de Paban. Lors des étapes d’Oslo et d’Helsinki, le cheval a sauté magnifiquement. Tellement fort parfois qu’il a déculassé son cavalier. Il a surtout permis par sa 4ème place à Oslo et sa 8ème à Helsinki de faire tourner le compteur des points en vue d’une qualification pour la finale qui se déroulera en avril à Las Végas. Pour Lyon, Olivier Robert, en accord avec Thierry Pomel, a fait le pari de faire concourir Tempo pour un troisième week-end d’affilé. Avant ce grand moment, le cavalier aquitain a bien voulu se confier à Planète CSO.

Olivier Robert, quel bilan tirez-vous des deux premières étapes de cette nouvelle saison Coupe du monde ?

« J’attendais la nouvelle saison indoor avec beaucoup d’impatience. C’est le sport favori de Tempo je pense. On a très bien démarré en Scandinavie. Oslo s’est très bien déroulée avec une belle 4ème place même si la manière était un peu étonnante par moment mais le cheval bondissait. Il était vraiment fabuleux. Helsinki, je fais un petit 4 points qui nous éloigne du classement mais avec un point pour la Coupe du monde. J’étais déçu car mon cheval était bien, gentil et voulait faire sans faute. Je fais une faute sur la palanque de ma responsabilité alors que le cheval était très bien. Donc c’est mitigé pour le 4 points mais le contenu et la manière étaient bons. Le cheval est en super santé. Je suis vraiment fier de lui. »

Comment abordez-vous Lyon ?

– « Avec confiance. Van Gogh était prévu pour ce week-end mais les événements font qu’on va relancer Tempo parce qu’il va avoir une pause après. Il est vraiment en belle forme. Ça peut paraître un pari étonnant mais on va sauter Tempo un 3ème week-end d’affilé pour essayer de prendre des points car en tant que Français, nous n’avons que deux places cette année. J’aurai une autre Coupe du monde en décembre mais rien avant ».

Tempo est-il un cheval hors normes ?

– « Oui. Je ne me sens pas vraiment amateur mais, s’il avait rencontré un crack cavalier, il aurait été exceptionnel. Je ne suis pas très à l’aise avec lui sur les pistes extérieures. Mes résultats en extérieur sont en dents de scie alors qu’en indoor, il est complètement avec moi. Désormais, il arrive à maturité. Les belles performances nous attendent.

Est-ce lié au fait que c’est un anglo-arabe ?

– « J’en ai monté de très bons pour ne pas dire des cracks comme Quenelle du Py. Mais celui-là a quelque chose de tout à fait sensationnel, il fait quand même soulever la foule. C’est qu’il doit avoir quelque chose d’assez surprenant. Quand on le monte, le sentiment est fantastique. »

Mise à jour le 3 novembre : Finalement Olivier Robert a décidé de courir le GP Coupe du monde avec Vivaldi des Meneaux.

Coupe du monde : Robert Whitaker, dans les pas de son père à Helsinki

Helsinki International Horse Show 2019

Robert Whitaker et Catwalk IV à la remise des prix. © FEI / Satu Pirinen

S’il est un patronyme qui est étroitement associé à la Coupe du monde de saut d’obstacles, c’est bien celui de Whitaker. John et Milton ont écrit l’une des plus belles pages de cette compétition. Aujourd’hui, c’est son fils, Robert (36 ans) qui s’illustre en remportant son premier Grand Prix Coupe du monde à Helsinki (Finlande), associé à Catwalk IV.  L’Espagnol Sergio Alvarez Moya et son jeune et très prometteur Jet Run prennent la deuxième place, tandis que la Belge Céline Schoonbroodt de Azevedo (Cheppetta) monte sur la troisième marche du podium. Kevin Staut seul français au barrage, termine huitième avec For Joy van’t Zorgvliet HDC.

Dites 37. C’est en effet le nombre de couples au départ de ce Grand Prix, disputé…dans une patinoire. Histoire de réchauffer un peu l’ambiance, les organisateurs avaient fait appel au chef de piste brésilien Guilherme Jorge. Et celui-ci s’est fait plaisir en dessinant un parcours comportant, un juge de paix. A savoir un obstacle qui a donné bien du fil à retordre aux compétiteurs. En l’espèce le numéro 10, un mur original, ondulé, bleu mais surtout, judicieusement placé sur une ligne elle-même sinueuse, histoire de corser les difficultés.

Trop facile diront certains. Peut-être. Mais l’homme de l’art a rempli son contrat en signant un tracé qui a sélectionné seulement neuf couples pour le barrage. Ne boudant pas son plaisir, le sud-américain a remis l’obstacle dans un barrage qui se concluait par une haletante galopade sans fin. Le public en a eu pour son argent. Kevin Staut, à défaut d’y perdre son latin y a laissé l’équilibre avec une chute sans gravité sur le fameux mur plus très au goût de For Joy auteur d’un redoutable coup de frein dans la dernière. Le sujet devrait agrémenter les échanges du Français avec son compère Steve Guerdat victime d’un refus d’Alamo sur le même obstacle au premier tour. Le Belge François Mathy Jr pourra également prendre part à la conversation après une grosse incompréhension avec Uno de le Roque sur le même obstacle. Même punition pour Peder Fredricson qui a littéralement traversé le mur au barrage avec Christian K

Olivier Robert de son côté était engagé avec Tempo de Paban. L’Aquitain avait son visage des mauvais jours agacé d’attendre dans le froid que la piste soit prête après une pause pour son entretien. Malgré sa superbe technique, le couple commet une touchette fatale sur une palanque qui le prive de barrage mais pas de points. Ou plutôt juste d’un point glané grâce à sa seizième place.

La légende raconte que chez John Whitaker, dans cette Angleterre profonde du Yorkshire, un cadre est posé sur un commode. Il contient une photo de Robert à ses 3 ans. Le fils de John saute une croix sur un shetland. Le meuble pourra accueillir prochainement un autre cliché, plus récent. Le gamin a pris de l’âge même s’il n’a pas beaucoup grandi et désormais, dans les pas de son père il soulève le trophée du vainqueur d’une étape Coupe du monde.

Les résultats complets, ici.

 

Coupe du monde : Bryan Balsiger confirme son statut d’étoile montante à Oslo

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Bryan Balsiger – Clouzot de Lassus Crédit: FEI/Satu Pirinen

Décidément, la jeunesse suisse a le triomphe insolent. Après Martin Fuchs champion d’Europe de 27 ans habitué des podiums prestigieux, les montagnes de Guillaume Tell nous dévoilent un nouveau talent. Pour sa deuxième participation a une épreuve Coupe du monde, Bryan Balsiger (22 ans) a remporté le Grand Prix d’Oslo, première étape de la saison 2019-2020 devant Luciania Diniz ( Vertigo du Desert) et Geir Gulliksen (Quatro).

Qui est Bryan Balsiger ? Un jeune Neuchâtelois, placé sur une trajectoire ascendante : champion d’Europe des jeunes cavaliers en 2017, champion de Suisse en 2018, membre de l’équipe nationale dont il portait dernièrement les couleurs lors de la finale Coupe des nations de Barcelone.

A 22 ans, on ne se pose pas trop de questions. Il fallait juste être le meilleur des 39 couples engagés dans le Grand Prix et surtout le plus rapide des douze barragistes parmi lesquels quelques grosses gâchettes. A commencer par son compatriote et numéro 1 mondial incontesté, Steve Guerdat.

Conscient de la concurrence Bryan Balsiger a pris tous les risques, surpris lui-même que ça passe. Ce succès, il le partage avec Clouzot de Lassus, un hongre gris de onze ans, fils d’ Ugano Sitte auquel il a spontanément rendu hommage :  « Il se donne à 200% sur chaque concours. Ensemble nous avons gagné l’or aux championnat d’Europe et aux championnats de Suisse, mais cela représente la plus belle de notre carrière. Clouzot est vraiment brave, il y met tout son cœur à chaque fois !« 

Du côté des tricolores, seuls deux cavaliers avaient fait le déplacement : Olivier Robert (Tempo de Paban) et Kévin Staut (Viking d’la Rousserie). Bien leur en a pris. Les compères repartent de Scandinavie avec de précieux points dans leurs besaces. Olivier Robert tout d’abord, aux commande d’un Tempo de Paban éblouissant tellement bondissant qu’il aura sorti de la selle et mis son cavalier en position délicate son cavalier par deux fois. Les abducteurs de l’Aquitain devraient tirer un peu ce matin après avoir sauté sans étriers le dernier obstacle du barrage. Mais Olivier Robert est un artiste dont la perdition ne peut être que momentanée. Il signe une belle performance en se classant 4ème. Plus classique, Kevin Staut dispose avec Viking d’la Rousserie d’une monture performante mais à la facilité trompeuse. Pénalisés d’une barre au barrage, ils terminent 8èmes de la compétition.

Le classement complet, ici.

Molly raccroche, Bertam alone

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Molly Malone V sous la selle de Bertram Allen. Cmiquer pour agrandir.

Il y a Molly Malone, le personnage fictif issu d’une chanson populaire qui raconte l’histoire d’une belle poissonnière qui exerçait son métier dans les rues de Dublin, mais qui est morte de la fièvre alors qu’elle était encore jeune. Et puis il y a l’autre. Molly Malone V, la jument grise de Bertram Allen. Cette fille de Kannan d’aujourd’hui 15 ans, après avoir porté le jeune Bertram au sommet de l’équitation se retire sur la pointe des sabots pour entamer une nouvelle vie de poulinière.

L’année 2014 aura été la leur : une première victoire au CSIO 5* de Lummen, une prestation remarquée aux Jeux Equestre Mondiaux de Caen avec une 7ème place au classement individuel, et une troisième place lors de la finale Coupe du monde 2014-2015 de Las Vegas. Les années qui suivent ne sont pas du même acabit avec des parcours avec moins de brillant ou de chance.

Le dernier grand succès remonte à 2015 et l’exceptionnelle victoire signée dans le prestigieux Grand Prix de Dinard. Le kid (20 ans à l’époque) avait alors eu cette expression restée dans les annales pour décrire la prestation de sa jument : « Molly a sauté par-dessus la lune ». Une belle formule qui résumait si bien la sensation d’extra-terrestre dégagée par ce couple si léger et fluide aux allures de feu follet.

Les belles histoires se terminent toutes un jour. Après avoir tout donné, la belle Molly quitte la scène sportive droite sur ses pattes par la grande porte, pas la sortie de secours réservée aux accidentés et c’est tant mieux pour se consacrer à la reproduction. A seulement 24 ans, Bertram Allen à la vie devant lui et le temps d’attendre. Ça tombe bien. A 15 ans Molly a le temps de faire de jolis poulains qualiteux qui feront la joie de son ancien cavalier.

Faut-il interdire l’épreuve de cross en CCE ?

Thibault Fournier jeune cavalier professionnel de 24 ans a été victime d’un grave accident sur le cross de Pompadour dimanche 13 octobre à l’occasion d’une épreuve Pro 4 organisée par le Comité Régional d’Équitation de Nouvelle Aquitaine. Le jeune homme a été héliporté en état d’urgence absolue au CHU de Limoges. Ce drame survient un mois après la disparition tragique d’un autre espoir de l’équitation tricolore, Thaïs Meheust (22 ans) sur le cross du haras du Pin.

La dangerosité de ce type d’épreuve est aujourd’hui clairement pointée d’autant que dans les deux cas on est sur des cavaliers expérimentés malgré leur jeune âge dans des épreuves organisées par des structures dont le sérieux ne peut être remis en cause. Au moment où l’on parle avec raison du bien-être animal, il paraît difficile de ne pas s’interroger sur la simple préservation de l’intégrité physique des cavaliers.

On rétorquera qu’émotion n’est pas raison, ce qui est vrai mais aucune épreuve sportive n’a vocation à devenir un jeu de roulette russe. Compétiteurs et organisateurs ne méritent pas cela. Est-il possible d’améliorer grandement la sécurité sur les cross ? La question doit être posée clairement et si les gens du métier ne sont pas dans la capacité de répondre par l’affirmative, c’est la pérennité même des cross à la papa qui doit être remise en question.

Sans aller jusqu’à l’extrémité radicale, l’interdiction générale des cross, une étude sur l’accidentologie doit être conduite dans les meilleurs délais, susceptible de déboucher sur l’interdiction de certains types d’obstacles et une autre approche de la construction de parcours, peut-être plus faciles mais surtout moins dangereux. L’enjeu n’est pas nouveau:  limiter les risques sans perdre l’âme du complet. L’équation est délicate à résoudre mais il faut s’y atteler une fois pour toutes et ne pas abandonner le travail en cours de route une fois le battage médiatique retombé.

Il ne s’agit pas de vouloir tout aseptiser. Les disciplines équestres sont globalement « à risques » c’est un fait. Chutes et bleus font intrinsèquement partie de ce sport particulier réalisé avec un animal vivant et puissant. Mais aucun sport ne saurait justifier le décès ou des accidents graves d’athlètes professionnels ou amateurs, jeunes ou moins jeunes.

Il y a urgence à réagir.

Pour aller plus loin :

  • cet excellent article d’Ouest France (2016), Le concours complet, le sport le plus dangereux au monde
  • les statistiques des assurances pour l’équitation dans l’UE : 6 000 accidents par an dont 770 morts par an, 45% des accidents hors compétition, classée 5ème activité sportive la plus dangereuse.

Barcelone : les Irlandais en vert et contre tous

Longines FEI Jumping Nations Cup Final - Day 4

Le trophée pour l’Irlande et la qualification qui va avec. Crédit : FEI / Linnea Rheborg/Getty Images

Il y a finale de la Coupe des nations et finale. L’édition barcelonaise 2019 restera comme un grand cru. L’enjeu olympique (décrocher une qualification) aura sans doute été le piment qui a relevé le plat. En l’occurrence, l’objectif qui a permis à certaines nations de se transcender. C’est notamment vrai pour ces démons d’irlandais. Sous la houlette de Rodrigo Pessoa, les fils de la verte Erin ont damé le pion aux diables rouges du plat pays, contraints de se contenter de la deuxième place. Le bronze revient à la Suède à l’avantage du chronomètre devant l’Italie et la France a égalité de points.

 Les tricolores n’ont pas à rougir. Ils se sont bien battus mais ont été dans l’incapacité de signer un tour sans pénalités, cumulant les 4 points. Très attendu pour son retour en équipe de France, Simon Delestre et Hermès Ryan n’ont pas joué le rôle de potentiel joker qu’on attendait d’eux. La délicate mécanique du petit alezan s’est déréglée à l’issue de la première faute. Il en rajoute deux par la suite. Partie remise. Il convient d’espérer que le couple posera quelques temps ses valises chez les Bleus, au moins jusqu’à Tokyo.

La relative contre-performance de Ryan doit être replacée dans le contexte de l’épreuve où les scores lourds se sont enchaînés donnant parfois le sentiment d’une séquence de déforestation.

Le travail du chef de piste n’est pourtant pas à remettre en cause. L’espagnol Santiago Varela n’a pas eu la main lourde mais a su construire un parcours piègeux qui a contribué à un suspense délicieusement haletant pour les spectateurs, psychologiquement éprouvant pour les cavaliers et leurs entourages.

Les Irlandais, honneur leur soit rendu ne se sont pas posé de questions. Ils ont accumulé les bonnes performances. Deux sans faute pour les O’ (O’Connor et O’Shea). 1 point pour Darragh Kenny et une petite barre pour Peter Moloney.

Longines FEI Jumping Nations Cup Final - Day 4

Le sourie de Cian O’Connor. © FEI / Gonzalo Arroyo Moreno/Getty Images

Chez les rouges O. Philippaerts et J. Guéry on fait le job (score vierge) mais la barre de Niels Bruynseels coûte d’autant plus cher que Gregory Wathelet, loin de récupérer l’affaire est sorti de piste avec 11 points sur MJT Nevados S.

Au terme de cette journée riche en émotions, l’Irlande ajoute donc son nom à la liste des pays qui participeront par équipe aux Jeux de Tokyo l’an prochain.

Le classement complet ici.

Cavaliers- FEI, retour sur un inquiétant désamour

4530.jpgLes championnats d’Europe qui se sont déroulés à Rotterdam fin août auraient du être l’occasion de célébrer une osmose entre l’élite sportive de l’équitation et les instances fédérales internationales censées les représenter. Au lieu de cela, le nom de la ville néerlandaise restera associé à un moment de forte crispation entre athlètes et dirigeants de la FEI lors de l’assemblée générale de l’IJRC, le club international des cavaliers de saut d’obstacles, qui s’est tenue le 22 août dernier. Simple scène de ménage ou premier pas vers une rupture consommée, l’avenir nous le dira.

Transparence. Notre époque est à la transparence, largement aidée par les moyens techniques modernes. L’IJRC l’a compris tout comme la nécessité de gagner la bataille de l’opinion. Loin de laver le linge sale en famille, les choses ont été dites devant la presse. Pour la France, Grand Prix a largement repris le contenu des échanges dans un excellent article à lire, ici.

Les reproches se ramassent à la pelle. Format des Jeux olympiques, Coupes des nations, lutte anti-dopage… les cavaliers ont longuement exprimé leurs inquiétudes sur le fond de ces différents sujets mais surtout, leur mécontentement sur la forme. Car si à la FEI, on entend les athlètes, il semblerait qu’on ne les écoute pas.

Le ton et les propos particulièrement fermes employés par Cian O’Connor, désigné par ses pairs pour les représenter au sein des instances de la FEI, témoigne d’une prise de conscience abrupte des rapports de force et du peu de considération de la structure à l’égard des athlètes.

L’irlandais au caractère marqué dont les propos tranchés sont à retrouver dans l’article de Grand Prix n’avait pas l’intention, en prenant ses fonctions, de faire de la figuration et de servir de faire-valoir mais, de défendre une approche sportive plébiscitée par ses homologues à l’inverse de la vision financière retenue par la FEI.

Le clash était prévisible. Il a eu lieu mais, plus vite que prévu. Cian O’Connor a littéralement jeté à la face d’Ingmar de Vos tout ce qu’il avait sur le coeur sans que cela ne déstabilise une seule seconde le président de la FEI, pur produit d’une instance administrative qui concentre désormais tous les pouvoirs. Le panache d’un Cian O’Connor ne mâchant pas ses mots cachait en fait un chant du cygne. Élu en novembre 2018, l’irlandais a rendu sont tablier quelques jours après sa sortie remarquée soit, seulement 9 mois à la FEI.

La vérité toute crue, c’est que les cavaliers sont désormais la cinquième roue de la charrette, dépossédés de leur univers par les hommes en costume sombre qui font les règlements, les budgets et signent les contrats. Comme si les sports équestres étaient un sujet trop sérieux pour être laissés aux cavaliers. Ce qui lorsqu’on n’a pour objectif que de faire du business n’est pas totalement faux. Le fantasme de certains était bien connu : faire évoluer le jumping vers le modèle de la F1 soit un système fermé, verrouillé, médiatisé qui brasse beaucoup d’argent. Un peu moins glamour, les courses incarnent une autre approche possible, avec une vraie rentabilité mais, où les jockeys ne pèsent rien ni sur les balances ni sur l’organisation.

Des athlètes à la croisée des chemins. Sur quoi débouchera le coup de sang de Cian O’Connor et les frustrations maintes fois exprimées de personnalités telles que Steve Guerdat et Kevin Staut ? Un rééquilibrage des pouvoirs est-il possible au sein de la FEI ?? Les cavaliers vont-ils relever le gant jeté par leur ex-représentant ou revenir dans leurs bulles personnelles ???

L’histoire du sport nous apprend que des évolutions sensibles sont possibles. A l’image de la première grève des joueurs de NBA en 1964 qui ne dura au final que … deux heures. Le vrai pouvoir, c’est ceux qui font le spectacle qui en disposent. Encore faut-il qu’ils en aient conscience.

Le sympathique club des cavaliers doit sans doute s’interroger sur son évolution et réfléchir au passage d’une assemblée de gentlemen à un syndicat professionnel, bordé juridiquement. Ce serait une vraie révolution culturelle dans un milieu habitué aux échanges feutrés.

Le monde a changé, la FEI a changé. Les cavaliers professionnels de haut-niveau seront-ils capables d’en faire autant ?

Bosty repasse sous les projecteurs à Valence

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Rogers-Yves Bost et Sangria du Coty se sont adjugés le GP du CSI 4* de Valence. Crédit photo : Sportfot

Co-équipier exemplaire, Roger-Yves Bost, réserviste aux championnats d’Europe de Rotterdam, a du se contenter d’assister du bord de piste aux prestations de ses camarades. De quoi donner des fourmis dans les jambes à ce compétiteur né. Le CSI 4* de Valence était l’occasion de se dérouiller les pattes et de remettre les pendules à l’heure. Mission accomplie. Bosty s’empare du Grand Prix sur une Sangria du Coty impériale. Les sud-américains complètent le podium.

Au Haras des Grillons, dans la Drôme on a l’habitude de faire les choses bien. Bousculée par le rendez-vous de Rotterdam, l’édition de 2019 n’était pas, loin de là, une édition au rabais comme pourrait le laisser croire le passage de 5 à 4 *. Une modification plus symbolique qu’autre chose comme l’a très justement rappelé Sadri Fegaier le cavalier et homme d’affaire milliardaire, organisateur de l’événement, en pointant le fait que le plateau en lice et la dotation étaient similaires à ceux d’un 5*.

Du miel donc (50 000 €) et cinquante petites abeilles bien décidées à tenter leur chance. C’était sans compter sur le chef de piste Grégory Bodo qui a donné bien du fil à retordre aux cavaliers avec pas moins de 10 abandons dont quelques pointures comme Alexandra Paillot (Polias de Blondel) ou Julien Epaillard (Usual suspect d’Auge). C’était sans compter également sur la volonté de Bosty d’accrocher enfin le Grand Prix de Valence à son très long palmarès.

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Dayrio Arroyave et Jimcy du Lys ont créé la surprise en terminant à la deuxième place. Crédit Sportfot.

Restent les surprises et celles-ci sont sud-américaines. Il faut dire que le Haras des Grillons dont le pilote en chef est Carlos Lopez est devenu un peu la base européenne des Colombiens. En vue de la finale de la Coupe des nations qui se disputera à Barcelone début octobre, Dayrio Arroyave s’est vu confier Jimcy du Lys, propriété du Haras des Grillons, habituellement monté par Carlos Lopez. Le courant est très très vite passé avec ce 10 ans fils de Quaprice Bois Margot puisqu’après l’avoir monté seulement trois fois, son nouveau pilote a pris la deuxième place du Grand Prix ! Sur la troisième marche du podium, on retrouve le Brésilien Yuri Mansur (Casantos), reconnaissable entre tous avec sa veste jaune.

Le classement complet, ici.

Euro : Martin Fuchs étanche sa soif de l’or

FEI European Championships In Rotterdam - Day Seven

La prime à la jeunesse. De gauche à droite : Ben Maher, Martin Fuchs et Jos Verlooy. Photo : Dean Mouhtaropoulos/Getty Images for FEI

Plus vraiment un gamin malgré son visage juvénile, pas encore un vieux renard endurci à voir son émotion sur le podium, Martin Fuchs à seulement 27 ans est devenu le nouveau champion d’Europe des cavaliers de saut d’obstacles.

Les spectateurs ont eu du nez. Peu présents pour les épreuves par équipe dont l’essentiel du suspense était lié à la complexe artithmétique des qualifications pour Tokyo, ils étaient en revanche en masse pour la dernière journée et le sacre du nouveau champion d’Europe. Une épreuve palpitante qui s’est conclue par un podium (cf photo) dominé par la jeunesse et le talent.

Au centre, Martin Fuchs a pu enfin savourer le goût si particulier d’un titre continental. Une apothéose pour ce jeune Suisse aux mains en or qui forme avec Clooney 51 le miraculé un couple redoutable. A sa droite, Ben Maher (37 ans), le revenant. En équitation, c’est un peu comme en politique, on n’est jamais mort. L’ex numéro 1 mondial après une longue période d’effacement revient sur le devant de la scène internationale grâce à un cheval exceptionnel, le bien nommé Explosion W. A la gauche du nouveau champion d’Europe, la Belgique, décidément incontournable à Rotterdam, est à l’honneur avec l’un de ses fils que l’on n’attendait pas vraiment. Jos Verlooy (23 ans) et sa monte un peu brouillonne associé à Igor, un cheval peu expérimenté ont fait des étincelles.

Martin qui rit, Steve qui pleure. Heureux camp Suisse, terre de champions et de contrastes. Du côté des mauvaises nouvelles on retiendra surtout la mauvaise prestation de Lord Pepsi qui a conduit Paul Estermann à jeter l’éponge dans l’épreuve par équipe mais aussi la guigne qui a accompagné Steve Guerdat. Privé de toute chance de médaille, le numéro 1 mondial pénalisé de 8 points en première manche,  a préféré renoncer à repartir afin de préserver sa délicate Bianca.

Le temps des remerciements. Martin Fuchs n ‘a pas manqué de saluer son mécène, Luigi Baleri qui s’était vu décerner quelques jours plus tôt (le 23 août), comme un signe prémonitoire, le titre de « propriétaire de l’année 2018 » par le Jumping Owners Club, l’association internationale des propriétaires de chevaux de saut d’obstacles (JOC) présidée par le français Dominique Mégret. « C’est toujours un grand soutien et c’est comme un deuxième père » a déclaré le jeune Zurichois à propos de Luigi Baleri, également propriétaire de Chaplin, qui le soutien fidèlement depuis l’âge de ses 13 ans.

Martin Fuchs et Luigi Baleri devant le trophée du propriétaire de l’année. Une longue collaboration marquée par une affection mutuelle. Crédit : Claire Simler/JOC.

Pas de propriétaire, pas de chevaux. Luigi Baleri à l’occasion de sa remise de récompense par le JOC était revenu sur les circonstances de l’acquisition de Clooney en 20017 quand celui-ci allait être vendu aux Etats-Unis. Cet homme d’affaires discret (propriétaire de garage automobile), cavalier lui-même, avait fait le nécessaire pour que son protégé conserve son meilleur cheval. Un investissement permis par la force et la solidité des relations qu’il entretient avec la famille Fuchs. Une décision source de bonheur à l’écouter :« Dès que je suis devenu propriétaire de Clooney, le sentiment était tout simplement merveilleux (..) Tous mes chevaux sont spéciaux et formidables! Mais oui évidemment Clooney est celui qui réussit le plus à ce jour en saut d’obstacles. Il a un mental très fort. C’est une grande chance pour nous, sans quoi il n’aurait pas performé aussi bien et avec certitude, il ne se serait pas remis aussi vite de sa maladie. Son rétablissement était vraiment spécial à observer. Avec la médaille d’argent à Tryon, il a montré au monde entier combien il était mentalement fort »

La prestation remarquable de Clooney à Rotterdam confirme la pertinence du jugement de son propriétaire .

Et maintenant, place à la fête. Le nouveau champion d’Europe était impatiemment attendu dimanche soir par ses supporters à l’aéroport de Zurich pour son arrivée prévue à 21h30.

Le classement individuel, ici.

Euro : la France qualifié, Staut dépité

 

KS

Kevin Staut

Mission accomplie. La France a décroché son ticket pour Tokyo. Tout le monde peut souffler même si la 4èmeplace laisse un goût amer, celui d’avoir raté de peu une médaille. Au-delà de l’impression générale, restent les ressentis particuliers. Or de ce côté, Kévin Staut fait bande à part. Lui, le pilier habituel de l’équipe n’a pas été en capacité d’apporter le coup de patte qui fait basculer un destin collectif.  Le problème ne vient pas du pilote dont le talent n’est plus à prouver. Mais l’équitation c’est une histoire de couple et la monture actuelle du Normand n’est pas à cette heure une valeur sûre. A ce niveau, 4 points c’est déjà lourd. Que dire avec 8. Pour être dans le coup il faut pouvoir s’appuyer sur une machine à sans faute. Autrement formulée, la question qui se pose c’est de savoir si le couple Staut-Calevo est le plus à même d’offrir des chances de médailles à Tokyo. Poser la question c’est déjà y répondre. Sauf à considérer que le supplément d’âme qu’apporte le Normand, son rôle précieux de coéquipier modèle, en feraient un réserviste idéal, comme le fût Philippe Rozier à Rio. A moins que le mercato ne nous réserve des surprises et que Kevin Staut dans les prochains mois récupère sous sa selle une monture expérimentée et exceptionnelle. C’est tout le mal qu’on peut lui souhaiter.

Rotterdam J2 : « Ne rien lâcher »

FEI European Championships In Rotterdam - Day Four

Si les Belges ont marqué les esprits par leur belle remontée, les Britanniques ont gagné une place grace aux tours sans pénalité de Holly Smith (Hearts Destiny) et de Ben Maher, exceptionnel avec Explosion W. (Photo Dean Mouhtaropoulos/Getty Images for FEI)

Une nouvelle fois Thierry Pomel a trouvé les mots justes pour résumer la situation à l’issue de la deuxième journée des championnats d’Europe de Rotterdam. Les directives du sélectionneur national sont claires : « Ne rien lâcher ». L’entre-deux des résultats, un sans faute pour Alexis Deroubaix (Timon d’Aure), un petit 4 points pour Nicolas Delmotte et son bondissant Urvoso du Roch mais surtout les doubles fautes de Kevin Staut (Calevo 2) et de Pénélope Leprevost (Vancouver de Lanlore), relègue la France en 4ème position. Rien n’est perdu tout reste à faire. Mais la condition physique des chevaux sera déterminante. Une épée de Damoclès inquiétante alors que les montures de Kevin Staut et de Pénélope semble déjà accuser une baisse de forme.

Reste le facteur humain. La déception était visible et affichée par Kevin Staut, peu satisfait d’être à la remorque de l’équipe. « Il va falloir que je me manifeste » reconnaissait avec sa franchise habituelle le leader Tricolore. Il peut le faire. Beaucoup ont encore en mémoire son parcours aux Jeux mondiaux de Caen où le Français avait littéralement porté un Rêveur de Hurtebise au bout du rouleau. Même chose pour Pénélope Leprevost. L’amazone ne manque pas de caractère. Il lui en faudra pour extraire le meilleur de Vancouver auteur de deux fautes de postérieur jeudi.

La formidable équipe de France nous a habitué à se transcender dans les situations difficiles. Les exploits ne sont pas faciles à rééditer mais il serait regrettable que la nation championne olympique en titre ne puisse décrocher sa qualification aux JO de Tokyo. Tout va se jouer sur le fil dans la glorieuse incertitude du sport. Réponse vendredi après-midi.

Le classement, ici.

J1 : bonne entame de la France à Rotterdam

FEI European Championships In Rotterdam - Day Three

Si les choses démarrent bien pour le camp français, c’est encore mieux pour l’équipe allemande, première au provisoire, à l’image de la superbe prestation de Simone Blum avec DSP Alice. Crédit Photo Mouhtaropoulos/Getty Images for FEI

Jusqu’ici, tout va bien. Arrivée aux championnats d’Europe de Rotterdam avec une pression énorme, décrocher sa qualification aux JO de Tokyo 2020, l’équipe de France composée de Nicolas Delmotte, Kevin Staut, Pénélope Leprevost, Alexis Deroubaix et Bosty en réserviste a fait un carton dans la chasse. Les tricolores qui ont aligné les sans faute, à l’exception de Kevin Staut parti en ouvreur (4 points), terminent cette première journée deuxièmes au classement proivisoire derrière l’Allemagne. « Bien commencer est important, mais ce qui m’importe surtout, c’est de bien finir » a parfaitement résumé Thierry Pomel, le sélectionneur national.

Un championnat, c’est long. Les cavaliers français le savent bien. Si la satisfaction est palpable, le triomphalisme est absent. Tout reste à faire et la pression sur les épaules des cavaliers est montée d’un cran d’autant que si les pilotes sont expérimentés, ce n’est pas le cas des montures qui vont devoir confirmer leur capacité à rester fraîches et réactives pour les deux journées déterminantes de jeudi et vendredi qui comptent pour la Coupe des nations.

Le classement par équipe, ici.

 

Margie Goldstein : une américaine sacrée à Deauville

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Crédit : Pixel events

Deauville. Sa plage, son casino, son festival mais aussi ses chevaux de course ou de CSO. Et pour la troisième année consécutive son CSI 3*, le Longines Deauville Classic. Un concours tiré à quatre épingles dans un décor de carte postale propice à faire venir les meilleurs cavaliers. A commencer par les Américains toujours sensibles au charme de la Normandie. Et bien leur en a pris puisque c’est un vétéran, la petite (1m55, 48 kgs) mais tonique Margie Goldstein-Engle (61 ans) qui s’impose dans le Grand Prix dominical associée à Dicas, un cheval massif et puissant.

Avec un beau plateau relevé de 60 engagés et un chef de piste de la trempe de Grégory Bodo, le spectacle promettait d’être beau. Promesse tenue. Au terme d’un barrage à 14 partants, l’américaine Margie Goldstein-Engle, vice-championne du monde par équipe 2006 et aux 17 participations en finales Coupe du monde, s’est imposée aux rênes du puissant Dicas, 10 ans, un fils de Diarado. A la deuxième place Jérôme Hurel (As de Mai) sauve l’honneur du camp tricolore alors que la Belge Celine Schoonbroodt-de-Azedevo (Cheppetta) monte sur la troisième marche du podium.

Le classement complet, ici.

Coupes des nations : l’IJRC exprime ses inquiétudes et formule des propositions

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Le cavalier français Kevin Staut, président IJRC, et Eleonora Ottaviani, directrice IJRC, en assemblée. © Photos IJRC.

Dans un communiqué diffusé jeudi 8 août, l’IJRC (International Jumping Riders Club) a tenu a manifester (une nouvelle fois) ses inquiétudes concernant le devenir des Coupes des nations. Ce club très fermé des cavaliers internationaux de saut d’obstacles officiellement reconnu par la FEI réaffirme avec force son attachement aux Coupes des nations qu’il considère comme l’épreuve reine de la discipline par les valeurs collectives, sportives et patriotiques qu’elles véhiculent.

L’IJRC, présidée par le Français Kevin Staut, souligne également l’intérêt des Coupes des nations pour acquérir de expérience et préparer des cavaliers et chevaux pour des échéances majeures (Jeux olympiques, Championnats continentaux ou mondiaux).

Pourtant depuis un certain temps déjà, le plus vieux circuit international est bousculé par de nouveaux concurrents qui disposent de moyens financiers toujours plus importants là où la FEI à la plus grande peine à trouver des partenaires pour boucler les dotations. Dans ce contexte concurrentiel inédit, les Coupes de nations ont de fait été victimes d’un réel déclassement lié à une spirale infernale : moins d’argent, moins d’attractivité, moins d’intérêt, moins de sponsors.

Pleinement conscients de cette problématique, les cavaliers de l’IJRC demandent pour la vieille dame un remède de cheval. Cela passe par une modification du règlement sur différents points concernant les CSIO, l’organisation des deux divisions ou encore la dotation des Grand Prix mais surtout, par une volonté déterminée de la FEI à remodeler le circuit et à lui redonner tout son lustre. C’est donc une décision avant tout hautement politique et symbolique qu’attendent les meilleurs pilotes : voir enfin déclarées les Coupes des nations comme le circuit d’excellence et de prestige du saut d’obstacles.

Le communiqué en anglais :  AUGUST NATIONS CUP STATEMENT