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La résistance s’organise face à l’impérialisme du Global Champions Tour

aJT

Jan Tops

C’est une menace qui n’a rien de fantôme. Jan Tops, le patron du Global Champions Tour (GCT), a décidé de passer la seconde dans sa conquête des sports équestres en donnant une nouvelle ampleur à son circuit avec 5 nouvelles étapes et un niveau de dotations inégalé (35M€ au total). Sa stratégie, c’est celle de l’édredon. A savoir, asphyxier en toute discrétion la FEI et la contraindre à déréguler les compétitions au profit de son circuit. Autrement dit, substituer à la loi du sport, celle de l’argent.  Mais là où croît le péril, croît aussi ce qui sauve. Des cavaliers talentueux, amoureux de leur discipline, ont fait le choix courageux de s’opposer frontalement aux ambitions de Jan Tops. Une poignée d’hommes et de femmes emmenés par Steve Guerdat et Kevin Staut qui n’entendent pas plier face aux ambitions d’un seul homme. Et qui sait, leur détermination pourrait bien, à la fin, être payante.

Il est fort, très très fort ce Jan Tops. Un sens hors du commun du commerce en particulier et des affaires en général. Marchand de chevaux hors pair aidé par un passé de compétiteur sacré par un titre de champion olympique par équipe (1992), Jan Tops aurait pu se contenter de d’un patrimoine plus que respectable constitué au fil des ans. Allez savoir pourquoi, l’appétit financier de ce fils de boulangers est insatiable. Un soif de l’or qui oscille entre mégalomanie et folie des grandeurs à l’image de son petit royaume de Valkenswaard, avec ses 500 boxes noyés dans une débauche de luxe. A décharge pour l’intéressé, celui-ci n’a jamais caché que son modèle était celui de la Formule 1 avec lui-même dans le rôle de Bernie Ecclestone, le grand argentier tout puissant.

Pour atteindre ce rêve, il fallait pouvoir disposer d’une manne financière quasi-inépuisable. C’est là où les Qataris entrent en jeu. Pourtant, l’importance des flux financiers brassés par le système suscite bien des interrogations. Tout autant que la réussite exponentielle du Hollandais et le manque de transparence qui l’entoure. Son poids est aujourd’hui tel que rares sont ceux qui sont prêts à le contrarier. A commencer par les dirigeants de la FEI qui après avoir perdu une première manche sur le terrain juridique ont totalement retourné leur veste en début d’année 2017 en signant un protocole d’accord  soit-disant « gagnant-gagnant » avec les propriétaires du GCT. En fait, un accord de dupes conclu sur le dos des compétiteurs.

On pensait la partie pliée et les mauvaises têtes, celles qui préfèrent les Coupes des Nations  aux étapes lucratives du Global, au piquet pour un moment. Mais le vent a peut être commencé à tourner. A Lyon notamment. Parce qu’Equita, concours ancré dans le paysage hexagonal et fort d’un public fidèle, a démontré qu’aucune star du 5* n’est irremplaçable et que le vivier de cavaliers talentueux et de chevaux hors-normes ne se limite pas à une poignée de grosses fortunes qui pensent avoir trouvé dans le jumping une distraction pour dépenser leur argent. La qualité du sport délivré est la clé et le public, souvent composé de connaisseurs, ne s’y trompe pas. Cela veut dire que l’accès au plus haut-niveau, les 5*, ne peut se faire pour l’essentiel sur des critères financiers avec une sélection par des droits d’accès payants mais bien, en fonction de résultats sportifs.

Ça tombe bien. L’association des cavaliers internationaux de saut d’obstacles (IJRC) qui est seule détentrice des droits techniques du classement mondial de saut d’obstacles rappelle qu’elle ne jouera pas les potiches. Steve Guerdat qui en est l’un des représentants les plus éminents a précisé clairement la position de l’IJRC : « Notre but est d’attribuer des points aux rankings uniquement lors de concours offrant du bon sport et pas à des manifestations ouvertes aux cavaliers ayant les moyens d’acheter leur participation. Nous devons trouver le meilleur système pour atteindre notre but et protéger le vrai sport ».

L’IJRC ne fait pourtant que demander le respect des règles votées lors de l’Assemblée générale de la FEI en 2016 selon lesquelles la clé de répartition de l’accès au CSI 5* devrait être la suivante : 60% des cavaliers inscrits au concours, selon le classement mondial, 20% pour la fédération nationale du pays hôte, 20% pour le comité d’organisation. Or le système commercial porté par Jan Tops s’affranchit de cette ventilation pour retenir la suivante : 30% de cavaliers issus du classement mondial, 10% de cavaliers du pays hôte et 60% de cavaliers inscrits dans une équipe pour lesquelles le droit d’entrée est de 2 M€ ! Tout le scandale actuel, c’est que dans ces conditions, les épreuves du GCT qui ne respectent pas les règles ne devraient pas attribuer de points pour le classement mondial or, c’est bien le cas. Ce qui favorise de fait les cavaliers les plus fortunés capables de s’engager dans le GCT.

La position de l’IJRC sera-t-elle déterminante ou n’est-elle qu’un coup d’épée dans l’eau face au rouleau compresseur du GCT ? Difficile à dire pour l’instant mais quelques grands propriétaires de chevaux entrent à leur tour dans la danse pour soutenir la position des cavaliers. Le combat à des allures de David contre Goliath mais on sait depuis 2007 et la crise des subprimes que dans le milieu de la finance, le too big to fail est un leurre. Il suffirait d’ailleurs que les fédérations nationales imposent la participation  en Coupe des Nations pour être sélectionnable dans les grands rendez-vous (Jeux Équestres Mondiaux, championnats d’Europe, Jeux Olympiques) pour enlever de l’attractivité au GCT. De là à dire que l’organisation de Jan Tops est un colosse aux pieds d’argile, il y a un pas qu’il serait imprudent de franchir.

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LGCT Mexico : Martin Fuchs s’impose à l’issue d’une formule peu convaincante

Champagne célébration

Martin Fuchs, célèbre sa victoire. Crédit Stefano Grasso/LGCT

Certes. Il y a bien eu du beau sport sur l’immense pelouse de Mexico mais, il faut bien reconnaître que la victoire de Martin Fuchs dans le Grand Prix laisse sur sa faim. Non que les acteurs n’aient pas été bons mais parce que le scénario (le nouveau format du lGCT) dans lequel ils ont déroulé leur prestation était tortueux et presque ennuyeux.

Jan Tops aurait-il abusé des stupéfiants dont son pays a légalisé l’usage ? A moins qu’il n’ait forcé sur le champagne lorsqu’il a fêté son pacte contre-nature signé à la FEI ?? Toujours est-il que le patron du LGCT se permet bien des libertés avec les règles traditionnelles du sport et que cela peut être parfois contre-productif.

Passons sur les tenues vestimentaires imposées, les couleurs criardes, les vestes recoupées et leur surprenants cols mao sans oublier les noms d’équipe digne des animations du camping de Palavas-les-flots. Mais les règles de la compétition… quand même. Quel étonnant contre-sens de la part d’un homme d’affaires d’ordinaire si avisé. Que le LGCT veuille faire de l’argent, c’est son droit (même si le système des pay cards est interdit par l’article 115 du règlement de la FEI) mais, les actionnaires de ce circuit pensent-ils vraiment qu’ils vont faire de l’audience avec un règlement incompréhensible mêlant un pâle ersatz de Coupe des Nations à des qualificatives pour le Grand Prix ? Hallucinante conception où le respect des chevaux est secondaire face au nombre de tours à boucler ? Et que dire d’un Grand Prix où entre deux manches on peut changer de cheval comme l’a fait Simon Delestre, passant d’Hermès Ryan à Cheesall Zimequest ?

Non décidément cette première à Mexico, pays de contrastes entre ultra-riches et méga-pauvres, avait des allures d’extrencités de millionnaires. Il est temps de revenir au sport, le vrai. Avec un peu moins de paillettes et beaucoup plus de simplicité et de sérieux.

Le classement du GP, ici.

FEI-GCT : la loi du fric plus forte que la loi du sport ?

Jan Tops, le fondateur du Global Champions Tour

Après de longs mois de bataille juridique les dirigeants de la FEI et du Global Champions Tour ont finalement trouvé un accord et enterré la hache de guerre. Comme dit le proverbe, les loups ne se mangent pas entre eux. Le coup de dent, en l’espèce, est pour les cavaliers, victimes collatérales d’un incroyable dénouement dans lequel, après quelques pudibonderies de jeune vierge, la FEI retourne sa veste pour embrasser une vision américano-hollandaise du sport où la norme supérieure est l’argent.

De quoi s’agit-il ? Le combat initial qui a opposé le GCT à la FEI n’est pas propre à l’équitation. La structuration du sport repose depuis environ un siècle sur un monopole légal, celui des fédérations nationales et internationales sur leurs licenciés et sur l’organisation des compétitions auxquels ceux-ci participent. Ca, comme dirait la pub, c’était avant. Avant notamment que la télévision et ses annonceurs fassent couler l’argent à flots et aiguisent bien des appétits.

Dans la situation actuelle nous avons tous une part de responsabilité même si celle-ci relève plus de la naïveté. Naïveté de penser que le système mis en place par Jan Tops était bon pour le sport. C’était en fait ouvrir, avec un grand sourire, la porte de la bergerie au loup. Le GCT n’a rien d’une œuvre caritative et ceux qui savaient, à commencer par les dirigeants de la FEI, se sont bien gardés de pointer un système basé dès le départ sur une sélection par l’argent. Souvent copié depuis quelques années par différents organisateurs mais jamais égalé dans son sens du détail, le système repose sur un droit d’entrée maquillé derrière la réservation de tables.

L’arrivée de Franck McCourt aurait dû faire redoubler notre vigilance. Après avoir ouvert la porte, nous avons proposé une chaise et offert le couvert au nouvel entrant. Financier sans scrupules (c’est un oxymore), l’américain en rachetant la moitié des parts du GCT est surtout venu faire un coup dans un secteur qui ne l’intéresse que par son potentiel de rentabilité.

Partant du constat que l’Europe est un marché saturé, l’Américain a en ligne de mire les marchés émergents Asie, Amérique du sud et Etats-Unis, leurs téléspectateurs (via des accords de retransmission d’épreuves) mais aussi ces ultra-riches en peine pour dépenser leurs fortunes. Rien de neuf finalement sous le soleil si ce n’est reproduire le système de la formule 1 où pour avoir un volant le portefeuille (ou les sponsors) compte autant sinon plus que le talent.

Il ne s’agit pas pourtant d’avoir une vision nostalgique ou manichéenne mais de rechercher une situation équilibrée entre règles et éthique sportives d’une part et enjeux financiers de l’autre. Le problème posé par le protocole d’accord signé dernièrement entre la FEI et le GCT, c’est le désagréable sentiment qu’il donne. Cette sensation qu’Ingmar de Vos « s’est couché » devant Jan Tops et Franck McCourt. Une bien étrange défaite en vérité. Loin d’être un faux pas isolé, cette décision doit être replacée dans un contexte plus large où, dans un court laps de temps, des petits cailloux blancs ont été régulièrement semés pour dessiner au final une trajectoire plus favorable au business qu’au sport (modifications successives des formats des Jeux Equestres Mondiaux, des Coupes des Nations, manque de combativité face au CIO pour défendre la place de l’équitation aux Jeux Olympiques…)

« La guerre est une chose trop grave pour être confiée à des militaires » disait Clémenceau. Actualisée, la formule pourrait être « le sport de haut niveau est une activité trop importante pour être laissée aux seules griffes des financiers ». Le communiqué diffusé par les propriétaires du GCT à l’issue de la signature du protocole d’accord avec la FEI doit être replacé dans ce contexte. « Nous remercions toutes les personnes impliquées pour leurs efforts. Nous sommes ravis de travailler avec la FEI à l’avenir afin de construire un futur fort et profitable à notre sport et à tous ses acteurs dans un environnement moderne » se félicitent ainsi le duo Tops-McCourt. Décrypté on ne peut que s’interroger sur la « modernité » revendiquée ainsi que sur les bénéficiaires de ce « futur fort et profitable » qu’ils entrevoient.

Beaucoup d’acteurs du haut niveau se déclarent aujourd’hui, de façon publique, inquiets sur l’avenir du saut d’obstacles mondial. Depuis l’avènement d’Ingmar de Vos à la tête de la FEI en 2014, le sentiment qui domine est celui d’un emballement de la mutation des sports équestres dans une direction où beaucoup ne se retrouvent pas. La volonté de la Fédération équestre internationale « d’harmoniser » les engagements (à la hausse en fixant le prix des engagements sont fixés en fonction de la dotation d’une épreuve ou de la compétition) entre l’Europe et les Etats-Unis en constitue le dernier avatar.

Interrogé par Elodie Mas de L’Eperon, très en pointe sur ce sujet brulant, Kevin Staut développe une vision particulièrement lucide de la situation « Jan Tops a proposé une bonne formule, il a un très bon produit et c’est normal qu’il avance de son côté, mais le problème c’est que la FEI ne joue pas son rôle d’arbitre. Le Global va devenir de plus en plus sectaire, il sera de plus en plus difficile de rentrer dedans. La sélection ne sera plus en fonction de la performance : aujourd’hui on passe déjà des 30 aux 15 meilleurs mondiaux, et à terme, ça risque d’être uniquement ceux qui font partie des équipes qui pourront y participer. Jan a fait avancer le sport, il a mis les choses en compétition, mais la FEI ne protège pas le sport !« 

Alors, si la FEI ne protège pas le sport, à quoi sert-elle et que font les fédérations européennes à commencer par la FFE ? La balle est assurément dans le camp des cavaliers de haut-niveau dont la passivité interpelle. Toujours dans cet incontournable entretien accordé à l’Eperon Kevin Staut tape une nouvelle fois juste : »Steve et moi, on fait partie des rares à se positionner. J’ai peur qu’on devienne les seuls à lutter. L’intérêt est d’essayer de s’unir, on doit rassembler des voix derrière nous. Le problème c’est que les gens ne sont pas assez au courant de ce qui se passe. Nous les premiers ! »

Il sera difficile désormais de dire qu’on ne savait pas.

NB : A lire également, toujours sur l’Eperon, l’éclairant article d’Emmanuelle de Monléon « Une conférence embarrassante… »

La FEI ne renonce pas à interdire la Global Champions League

Tops

Jan Tops, fondateur du Global Champions Tour en compagnie de son épouse, Edwina Tops-Alexander

En novembre dernier, le bureau de la FEI avait fait part de sa détermination à utiliser tous les moyens légaux dans le bras de fer qui l’oppose au Global Champions Tour de Jan Tops dans l’organisation d’épreuves par équipe. Les instances internationales sont passées à l’acte après le déroulement des deux premières épreuves de la Global Champions League qui se sont déroulée dernièrement à Miami et Mexico. Un chef de piste et un juge ont été suspendus pour six mois, conformément à la mise en garde qui avait été adressée à tous les officiels de la FEI.

Rob Jansen et Rogier van Lersel sont sanctionnés pour avoir officiés lors d’un événement non autorisé par la FEI après avoir demandé une dérogation qui leur a été refusée. Le litige ne devrait pas en rester là. Il viendra grossir l’épais dossier du contentieux FEI-LGCT qui devrait connaître des rebonds devant la Belgian Competition Authority (BCA).

La parade mise en œuvre par la FEI pour tenter de conserver son exclusivité sur le format des épreuves par équipe peut toutefois apparaître comme bancale sur deux points. Le premier est que seuls les officiels ont été sanctionnés alors que les cavaliers et leurs chevaux ont été autorisés. Le deuxième porte sur la motivation de la FEI à savoir, « assurer le bien-être des chevaux et des athlètes ».

Juridiquement, la FEI assoit sa décision sur le fait que si la Cour d’Appel de Bruxelles a effectivement confirmé, la suspension de la clause d’exclusivité de la FEI par autorités belges de la concurrence de Bruxelles (à la suite d’une plainte du LGCT), il n’y aurait pas eu en revanche d’examen au fond de l’affaire et que, la décision de ne serait pas applicable en dehors de la Belgique.

Il convient par ailleurs de rappeler que différentes fédérations sportives internationale ont demandé un arbitrage à la Commission européenne, gardienne du principe de concurrence libre et non faussée sur lequel s’appuient les organisateurs du LGCT. La question de fond étant de savoir l’étendue des atteintes possibles à ce principe en matière de sport.

La Global Champions League se déroule dans le cadre des 15 étapes du Longines Global Champions Tour, forte de 12 équipes dont les couleurs sont défendues à chaque fois par deux cavaliers. Ce nouveau format d’épreuve a été décliné pour la première fois le 10 avril, sur la plage de Miami. Pour rendre le dispositif attractif, le LGCT a cassé sa tirelire : 7,5 millions d’euros entre la dotation des épreuves et le classement général. A titre d’exemple l’épreuve de Miami était dotée à hauteur de 200 000 € dont 60 000 € au duo vainqueur (40 000 € aux deuxièmes, 26 000 € aux troisièmes …)

La mondialisation de l’équitation, façon Jan Tops

CSIO Barcelone

Jan Tops et son épouse, Edwina Tops-Alexander

Les requins chassent en meute. L’entrée au capital (50%) du Global Champions Tour du milliardaire américain Franck McCourt à l’été 2014 n’avait pas vraiment l’allure d’une action caritative sinon désintéressée. Ce duo de choc entre un redoutable homme d’affaires américain et un très futé marchand et organisateur Batave de concours sentait le souffre. Et c’est la FEI, la première qui vient de s’y bruler les doigts. Habilement amenée sur le terrain miné du respect de la libre concurrence, la fédération sportive, véritable fossile juridique dans le monde des affaires, a été déboutée sur ce qui constitue la pierre angulaire du mouvement sportif : la clause d’exclusivité sur les licenciés.

Les organisateurs du Global Champions Tour, circuit de CSO le plus doté au monde, ont annoncé dans un communiqué en date du 22 octobre que la Cour d’Appel de Bruxelles a confirmé la décision des autorités belges de la concurrence qui autorise le Global Champions Tour à lancer en 2016 une nouvelle formule par équipe, la Global Champions League, en dépit de la clause d’exclusivité revendiquée par la Fédération équestre internationale.

La Cour d’Appel de Bruxelles appuie sa décision sur le fait que la FEI n’aurait pas réussi à démontrer que la suspension de cette clause peut lui cause un préjudice grave et irréparable et donc que son respect est indispensable. L’affaire est-elle close juridiquement ? On attend impatiemment la réaction de la FEI.

A cet égard, le témoignage de Pierre Durand dans les colonnes de Grand Prix Replay apporte un éclairage intéressant au dossier. L’ancien président de la FFE et candidat l’an passé à la tête de la FEI (où il a été battu par le belge Ingmar de Vos) y fait part de son hostilité à l’offensive du GCT.  » Je suis tout à fait d’accord avec l’action menée contre le Global Champions Tour qui souhaite créer un circuit avec un système d’équipes privées. C’est un circuit qui prendrait beaucoup trop de place face aux concours mettant en valeur les sélections nationales qui sont, à mon avis, primordiales dans ce sport » indique l’ancien champion olympique. En effet, dans la formule à la sauce hollandaise proposée par le GCT, les cavaliers ne seraient plus regroupés par pays (comme pour les Coupes des Nations) mais par équipes de 4 cavaliers aux couleurs d’un partenaire.

Effacement des nations, affaiblissement des Fédérations, dérégulation, le monde de l’équitation semble rattrapé par la mondialisation. Ce phénomène si décrié et soit disant irréversible qui partage les individus en deux camps. Ceux qui y gagnent et, ceux qui y perdent.

Global Champions Tour vs FEI : logique marchande contre logique sportive

Jan Tops

Jan Tops, heureux fondateur du LGCT.

Jan Tops est beaucoup plus qu’un simple ex cavalier de haut niveau (médaille d’or par équipe aux JO de Barcelone en 1992) et un redoutable marchand de chevaux. C’est avant tout un homme d’affaires doté de la bosse du commerce comme savent si bien en produire les Pays-Bas depuis des siècles.

La création du Global Champions Tour en 2006 s’inscrit pleinement dans cette filiation : créer une machine à cash reposant sur un concept proche de la Formule 1 où la crème des meilleurs couples chevaux-cavaliers (ou à défaut très très fortunés) se retrouvent sur le circuit le mieux doté au monde (9 millions €) se déroulant dans des lieux prestigieux.

Le concept est efficace et séduisant. En juin 2014, le très avisé businessman américain Frank McCourt faisait l’acquisition (pour un montant resté confidentiel) de 50% des parts du LGCT. Un investissement qu’il justifiait alors par le fait que le jumping de haut niveau par son côté stars et bling-bling a une marge de progression très forte en termes d’audience tv aux USA mais surtout en Asie.

En septembre 2014, à l’occasion de l’étape de Vienne, les organisateurs du Longines Global Champions Tour indiquaient vouloir introduire pour la saison 2015 des épreuves par équipes (composées de quatre cavaliers issus du Top 30, sans lien avec une nationalité), sur un principe issu … du football avec des dotations pour ces épreuves de 7,5 millions d’euros par saison, ce qui porterait la dotation totale annuelle du LGCT à 20 millions de dollars.

Cette annonce unilatérale plaçait au pied du mur la FEI à quelques mois d’un renouvellement de son exécutif. Cette dernière pensait avoir trouvé la parade en s’appuyant sur une clause d’exclusivité interdisant aux cavaliers et officiels de prendre part à une compétition hors FEI sans respecter un délai de six mois entre ces concours et un évènement approuvé par la FEI.

Pas de quoi pourtant émoustiller Jan Tops qui décidait, face à des négociations infructueuses, de saisir de l’Autorité Belge de la Concurrence (ABC), comme pour un simple litige commercial, pour non respect du droit européen de la concurrence.

Tout naturellement, cette dernière vient de trancher en faveur du Global Champions Tour en imposant comme mesure provisoire la levée de cette clause, ce qui signifie qu’aucun cavalier ne sera pénalisé s’il participe à un évènement de la Global Champions League. Pour autant, l’affaire est juridiquement loin d’être close tant les intérêts qu’elle soulève sont importants et dépassent le seul cadre équestre.

Il s’agit en effet ni plus ni moins que d’une remise en cause des prérogatives des fédérations sportives sur leurs licenciés. La décision juridique définitive qui sera prise impactera largement l’avenir de la FEI dont le plus grand risque est de se voir ringardisée par des organisateurs privés. Aujourd’hui déjà les Coupes des Nations ont beaucoup perdu de leur éclat face à des épreuves du LGCT qui se déroulent souvent aux mêmes datent, plaçant de se fait les cavaliers dans des situations inconfortables, les obligeant au grand écart entre l’honneur de défendre les couleurs nationales et les contraintes financières de leurs propriétaires.