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LGCT Mexico : Martin Fuchs s’impose à l’issue d’une formule peu convaincante

Champagne célébration

Martin Fuchs, célèbre sa victoire. Crédit Stefano Grasso/LGCT

Certes. Il y a bien eu du beau sport sur l’immense pelouse de Mexico mais, il faut bien reconnaître que la victoire de Martin Fuchs dans le Grand Prix laisse sur sa faim. Non que les acteurs n’aient pas été bons mais parce que le scénario (le nouveau format du lGCT) dans lequel ils ont déroulé leur prestation était tortueux et presque ennuyeux.

Jan Tops aurait-il abusé des stupéfiants dont son pays a légalisé l’usage ? A moins qu’il n’ait forcé sur le champagne lorsqu’il a fêté son pacte contre-nature signé à la FEI ?? Toujours est-il que le patron du LGCT se permet bien des libertés avec les règles traditionnelles du sport et que cela peut être parfois contre-productif.

Passons sur les tenues vestimentaires imposées, les couleurs criardes, les vestes recoupées et leur surprenants cols mao sans oublier les noms d’équipe digne des animations du camping de Palavas-les-flots. Mais les règles de la compétition… quand même. Quel étonnant contre-sens de la part d’un homme d’affaires d’ordinaire si avisé. Que le LGCT veuille faire de l’argent, c’est son droit (même si le système des pay cards est interdit par l’article 115 du règlement de la FEI) mais, les actionnaires de ce circuit pensent-ils vraiment qu’ils vont faire de l’audience avec un règlement incompréhensible mêlant un pâle ersatz de Coupe des Nations à des qualificatives pour le Grand Prix ? Hallucinante conception où le respect des chevaux est secondaire face au nombre de tours à boucler ? Et que dire d’un Grand Prix où entre deux manches on peut changer de cheval comme l’a fait Simon Delestre, passant d’Hermès Ryan à Cheesall Zimequest ?

Non décidément cette première à Mexico, pays de contrastes entre ultra-riches et méga-pauvres, avait des allures d’extrencités de millionnaires. Il est temps de revenir au sport, le vrai. Avec un peu moins de paillettes et beaucoup plus de simplicité et de sérieux.

Le classement du GP, ici.

La FEI ne renonce pas à interdire la Global Champions League

Tops

Jan Tops, fondateur du Global Champions Tour en compagnie de son épouse, Edwina Tops-Alexander

En novembre dernier, le bureau de la FEI avait fait part de sa détermination à utiliser tous les moyens légaux dans le bras de fer qui l’oppose au Global Champions Tour de Jan Tops dans l’organisation d’épreuves par équipe. Les instances internationales sont passées à l’acte après le déroulement des deux premières épreuves de la Global Champions League qui se sont déroulée dernièrement à Miami et Mexico. Un chef de piste et un juge ont été suspendus pour six mois, conformément à la mise en garde qui avait été adressée à tous les officiels de la FEI.

Rob Jansen et Rogier van Lersel sont sanctionnés pour avoir officiés lors d’un événement non autorisé par la FEI après avoir demandé une dérogation qui leur a été refusée. Le litige ne devrait pas en rester là. Il viendra grossir l’épais dossier du contentieux FEI-LGCT qui devrait connaître des rebonds devant la Belgian Competition Authority (BCA).

La parade mise en œuvre par la FEI pour tenter de conserver son exclusivité sur le format des épreuves par équipe peut toutefois apparaître comme bancale sur deux points. Le premier est que seuls les officiels ont été sanctionnés alors que les cavaliers et leurs chevaux ont été autorisés. Le deuxième porte sur la motivation de la FEI à savoir, « assurer le bien-être des chevaux et des athlètes ».

Juridiquement, la FEI assoit sa décision sur le fait que si la Cour d’Appel de Bruxelles a effectivement confirmé, la suspension de la clause d’exclusivité de la FEI par autorités belges de la concurrence de Bruxelles (à la suite d’une plainte du LGCT), il n’y aurait pas eu en revanche d’examen au fond de l’affaire et que, la décision de ne serait pas applicable en dehors de la Belgique.

Il convient par ailleurs de rappeler que différentes fédérations sportives internationale ont demandé un arbitrage à la Commission européenne, gardienne du principe de concurrence libre et non faussée sur lequel s’appuient les organisateurs du LGCT. La question de fond étant de savoir l’étendue des atteintes possibles à ce principe en matière de sport.

La Global Champions League se déroule dans le cadre des 15 étapes du Longines Global Champions Tour, forte de 12 équipes dont les couleurs sont défendues à chaque fois par deux cavaliers. Ce nouveau format d’épreuve a été décliné pour la première fois le 10 avril, sur la plage de Miami. Pour rendre le dispositif attractif, le LGCT a cassé sa tirelire : 7,5 millions d’euros entre la dotation des épreuves et le classement général. A titre d’exemple l’épreuve de Miami était dotée à hauteur de 200 000 € dont 60 000 € au duo vainqueur (40 000 € aux deuxièmes, 26 000 € aux troisièmes …)

Global Champions Tour vs FEI : logique marchande contre logique sportive

Jan Tops

Jan Tops, heureux fondateur du LGCT.

Jan Tops est beaucoup plus qu’un simple ex cavalier de haut niveau (médaille d’or par équipe aux JO de Barcelone en 1992) et un redoutable marchand de chevaux. C’est avant tout un homme d’affaires doté de la bosse du commerce comme savent si bien en produire les Pays-Bas depuis des siècles.

La création du Global Champions Tour en 2006 s’inscrit pleinement dans cette filiation : créer une machine à cash reposant sur un concept proche de la Formule 1 où la crème des meilleurs couples chevaux-cavaliers (ou à défaut très très fortunés) se retrouvent sur le circuit le mieux doté au monde (9 millions €) se déroulant dans des lieux prestigieux.

Le concept est efficace et séduisant. En juin 2014, le très avisé businessman américain Frank McCourt faisait l’acquisition (pour un montant resté confidentiel) de 50% des parts du LGCT. Un investissement qu’il justifiait alors par le fait que le jumping de haut niveau par son côté stars et bling-bling a une marge de progression très forte en termes d’audience tv aux USA mais surtout en Asie.

En septembre 2014, à l’occasion de l’étape de Vienne, les organisateurs du Longines Global Champions Tour indiquaient vouloir introduire pour la saison 2015 des épreuves par équipes (composées de quatre cavaliers issus du Top 30, sans lien avec une nationalité), sur un principe issu … du football avec des dotations pour ces épreuves de 7,5 millions d’euros par saison, ce qui porterait la dotation totale annuelle du LGCT à 20 millions de dollars.

Cette annonce unilatérale plaçait au pied du mur la FEI à quelques mois d’un renouvellement de son exécutif. Cette dernière pensait avoir trouvé la parade en s’appuyant sur une clause d’exclusivité interdisant aux cavaliers et officiels de prendre part à une compétition hors FEI sans respecter un délai de six mois entre ces concours et un évènement approuvé par la FEI.

Pas de quoi pourtant émoustiller Jan Tops qui décidait, face à des négociations infructueuses, de saisir de l’Autorité Belge de la Concurrence (ABC), comme pour un simple litige commercial, pour non respect du droit européen de la concurrence.

Tout naturellement, cette dernière vient de trancher en faveur du Global Champions Tour en imposant comme mesure provisoire la levée de cette clause, ce qui signifie qu’aucun cavalier ne sera pénalisé s’il participe à un évènement de la Global Champions League. Pour autant, l’affaire est juridiquement loin d’être close tant les intérêts qu’elle soulève sont importants et dépassent le seul cadre équestre.

Il s’agit en effet ni plus ni moins que d’une remise en cause des prérogatives des fédérations sportives sur leurs licenciés. La décision juridique définitive qui sera prise impactera largement l’avenir de la FEI dont le plus grand risque est de se voir ringardisée par des organisateurs privés. Aujourd’hui déjà les Coupes des Nations ont beaucoup perdu de leur éclat face à des épreuves du LGCT qui se déroulent souvent aux mêmes datent, plaçant de se fait les cavaliers dans des situations inconfortables, les obligeant au grand écart entre l’honneur de défendre les couleurs nationales et les contraintes financières de leurs propriétaires.