Serge Lecomte, président inamovible ?

Serge Lecomte. Crédit photo : DR

A 70 ans et presque toutes ses dents, Serge Lecomte est un homme déterminé et en campagne. Déterminé à conserver son poste de président de la Fédération Française d’Équitation au moins jusqu’aux Jeux Olympiques de Paris en 2024. Après on verra. Déterminé à passer sans encombres les élections fédérales du 18 mars prochain et surtout à ne pas devoir laisser la place à ses deux adversaires Anne de Sainte Marie et Jacob Legros qui, il est vrai, jouissent d’une faible notoriété. Son principal adversaire, il le sait, ce sont ses 17 années déjà passées à la présidence auxquelles il conviendrait d’ajouter celles qui ont précédé à la tête du Poney Club de France. 32 ans au total. Un record. 

Alors certes, l’usure du pouvoir est réelle mais, elle est compensée par le large réseau d’obligés qu’il s’est patiemment constitué. Le taux faible de participation aux élections et le fait que seuls les clubs votent (1 voix par tranche de 10 licences) sont également les meilleurs alliés du président sortant élu en 2016 avec seulement 28 % des voix contre 18% à son adversaire d’alors (Hervé Godignon) et surtout, 53% d’abstention. Arithmétiquement, Serge Lecomte est donc un colosse aux pieds d’argile mais un colosse hermétique à l’ouverture de la gouvernance a ses opposants. Au contraire, à l’issue de 2016, le système a été verrouillé un peu plus. Un beau gâchis au regard des compétences d’Hervé Godignon et de ses amis.

Reste à savoir ce que peut proposer de nouveau Serge Lecomte dans son programme. Il présente les JO de Paris 2024 comme une apothéose pour sa carrière personnelle, une sorte de bouquet final. Humainement on peut le comprendre mais aussi s’en étonner pour un dirigeant qui n’a jamais fait preuve de passion ni même d’intérêt pour le haut-niveau et qui accessoirement s’est frotté au Comité Organisateurs des Jeux en tentant d’imposer Lamotte-Beuvron comme site pour les épreuves équestres à la place de Versailles. Si on y ajoute ses mauvaises relations avec la Ministre des Sports, l’amour de Serge Lecomte pour Paris et ses JO semble à sens unique. On n’enlèvera pas toutefois à l’homme fort de Lamotte-Beuvron d’avoir le nez creux et compris qu’un tel événement planétaire est une occasion unique pour développer les affaires et vendre le savoir-faire français tant en matière d’enseignement que de production d’équidés au moment où le marché asiatique notamment est en pleine ascension.

Ce sens des affaires qui est le fil rouge de sa vie, on le retrouve dans les deux objectifs  nouveaux de son projet : viser le million de licenciés et développer la compétition amateur. Si l’on reformule au risque de caricaturer, Serge Lecomte est finalement fidèle à sa ligne qui n’est pas celle de l’héritage culturel de l’équitation, ou d’une vision philosophique autour de l’animal. Ce qui intéresse Serge Lecomte depuis le début, c’est la massification. Officiellement pour démocratiser l’équitation mais surtout concrètement pour faire tourner la machine à cash fût-ce parfois au prix d’un abaissement du niveau global. A l’opposé, Anne de Sainte Marie semble proposer une vison de l’équitation plus raisonnable, plus familiale. Plus apaisée diront certains en relevant les trois principes qui fondent son programme : démocratie, transparence, proximité. On pourrait y rajouter rajeunissement et forte féminisation en regardant sur son site internet l’équipe qu’elle propose.  Une révolution de velours somme toute.

Et puis, comme dans toute élection, se pose la question du bilan. Il y a bien entendu « l’héritage » que constituent les infrastructures fédérales de Lamotte-Beuvron, mêmes sujettes à de nombreuses critiques tant sur leur nature que sur leur gestion. Il y aussi cette promesse aux allures de serpent de mer, ce taux réduit de TVA qui tels les mirages s’éloignent chaque fois qu’on s’en rapproche. Il y a enfin la question délicate des violences sexuelles dans un sport aussi féminisé que l’équitation. La fédération semblait avoir voulu prendre le taureau par les cornes en rebond à des faits divers sordides mais, l’élan semble aujourd’hui stoppé.  Il y a surtout cette ambiguïté dans l’affaire Caudal ou après avoir été contraint comme directeur-salarié du club de Suresnes de licencier le mis en cause, c’est le Serge Lecomte président qui l’avait recruté à la FFE. La Ministre des sports n’avait pas apprécié ce jeu de bonneteau où la main droite feint d’ignorer ce que fait la main gauche et convoqué Serge Lecomte pour en discuter dans un entretien pas des plus cordiaux qui a laissé des traces.  

On n’enlèvera pas pour autant à Serge Lecomte une certaine franchise. Pas de grandes promesses lyriques de réformes mais, une continuité revendiquée, assumée, brandie en étendard.  Pas de fioritures ni de délicatesse non plus pour ceux qui viennent le défier sur le terrain électoral. “Après tout le boulot que nous avons fait, je ne vais pas laisser la Fédération à deux apprentis sorciers, ou en tout cas à des gens incompétents ” a-t-il glissé avec une méchanceté non feinte le 11 janvier dernier devant ses soutiens et la presse. Les intéressés apprécieront. Les électeurs eux, trancheront.

Publié le 14 janvier 2021, dans A suivre, Actualités, et tagué , , , . Bookmarquez ce permalien. 2 Commentaires.

  1. je ne vois pas l’objectif nouveau dans son programme.
    C’est toujours faire plus de quantité.
    Et la compétition amateur, il faudrait peut-être voir pourquoi il y a eu un glissement des amateurs vers le concours club….

  1. Pingback: Les licenciés, grands oubliés des élections à la FFE | Planète CSO

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