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Les licenciés, grands oubliés des élections à la FFE

Anne de Sainte Marie sera-t-elle après Jacqueline Reverdy la deuxième femme présidente de la FFE ?

Avec plus de 600 000 licenciés, la Fédération Française d’Équitation (FFE) est l’une des principales fédérations sportives du sport français. Son modèle construit autour des clubs est pourtant, sur un plan démocratique, à bout de souffle. Dans ce système, le licencié est relégué au rang de simple « client ». Le vote pour les élections du 18 mars prochain sera réservé aux quelques 5 000 clubs, pour l’essentiel des structures lucratives privées. Le premier débat organisé entre les trois prétendants à la présidence a confirmé leur vision mercantile commune et une ligne de partage des eaux entre les professionnels qui sont là pour offrir des services et gagner de l’argent et, des clients qui ne sont là que pour en lâcher mais qui ne sauraient être associés à la conduite de la fédération.

La FFE est-elle une fédération sportive comme les autres ? Pas vraiment. Les années 80 ont permis une vraie démocratisation des sports équestres mais très vite le modèle associatif a laissé la place à des établissements équestres privés, sur le modèle d’ailleurs développé par le Poney Club de France de Serge Lecomte. Le basculement effectif a lieu en 2004. En 1998, Jacqueline Reverdy succède au charismatique Pierre Durand à la tête de la FFE. Très vite elle se heurte à Serge Lecomte. Contrairement à lui, elle considère « qu’une fédération olympique se doit d’être avant tout associative et sportive, bien que la filière cheval soit économiquement importante ». En octobre 2004, Jacqueline Reverdy est mise en minorité au Comité directeur de la FFE par Serge Lecomte qui devient, grâce à ce coup de force peut du goût du ministère des sports,  président de la FFE.

Au fil des ans la FFE devient alors une sorte de franchise à laquelle les structures équestres sont contraintes d’adhérer pour vendre de l’équitation aux clients. Des clients contraints de prendre une licence qui leur ouvre autant de droits qu’une carte de membre d’un club de fitness, c’est à dire de payer et de se taire.    

Commentaire posté dans le fil du premier débat diffusé également sur Facebook

Le système est poussé au bout de sa logique et il fonctionne mais, avec ses limites. Comme celles d’une activité commerciale classique qui ne devrait recevoir aucun subside public. Mais sur le fond, est-ce vraiment ce que l’on veut ? Est-ce que faire du cheval c’est juste consommer des heures de monte comme on loue un jet ski ? Est-ce que faire du poney c’est juste acheter des tours manège  comme des jetons de de fête foraine ? Quid de l’éveil au cheval, à ses valeurs, aux relations sociales et sportives ?

Focalisés sur le scrutin du 18 mars, les prétendants à la présidence de la FFE font, en toute logique, un concours de clins d’œil et d’amabilités à leur collège électoral en omettant soigneusement de s’interroger sur l’orientation globale de la FFE et de sa compatibilité future avec la grande loi d’organisation du sport en gestation au ministère des sports.

La force d’internet et des réseaux sociaux c’est de mettre à nu des fonctionnements jusqu’alors méconnus. Bravo au service communication de la FFE d’avoir fait le choix de  diffuser sur internet (Facebook et You Tube) les trois grands débats organisés pour les élections.  Cet exercice de transparence paradoxalement laisse un goût amer aux simples licenciés, ramenés à leur statut de « sans vote ». Cette avancée conforme à l’air du temps démontre d’elle même que le système actuel n’est démocratiquement plus viable et qu’il doit être repensé. 

 

Serge Lecomte, président inamovible ?

Serge Lecomte. Crédit photo : DR

A 70 ans et presque toutes ses dents, Serge Lecomte est un homme déterminé et en campagne. Déterminé à conserver son poste de président de la Fédération Française d’Équitation au moins jusqu’aux Jeux Olympiques de Paris en 2024. Après on verra. Déterminé à passer sans encombres les élections fédérales du 18 mars prochain et surtout à ne pas devoir laisser la place à ses deux adversaires Anne de Sainte Marie et Jacob Legros qui, il est vrai, jouissent d’une faible notoriété. Son principal adversaire, il le sait, ce sont ses 17 années déjà passées à la présidence auxquelles il conviendrait d’ajouter celles qui ont précédé à la tête du Poney Club de France. 32 ans au total. Un record. 

Alors certes, l’usure du pouvoir est réelle mais, elle est compensée par le large réseau d’obligés qu’il s’est patiemment constitué. Le taux faible de participation aux élections et le fait que seuls les clubs votent (1 voix par tranche de 10 licences) sont également les meilleurs alliés du président sortant élu en 2016 avec seulement 28 % des voix contre 18% à son adversaire d’alors (Hervé Godignon) et surtout, 53% d’abstention. Arithmétiquement, Serge Lecomte est donc un colosse aux pieds d’argile mais un colosse hermétique à l’ouverture de la gouvernance a ses opposants. Au contraire, à l’issue de 2016, le système a été verrouillé un peu plus. Un beau gâchis au regard des compétences d’Hervé Godignon et de ses amis.

Reste à savoir ce que peut proposer de nouveau Serge Lecomte dans son programme. Il présente les JO de Paris 2024 comme une apothéose pour sa carrière personnelle, une sorte de bouquet final. Humainement on peut le comprendre mais aussi s’en étonner pour un dirigeant qui n’a jamais fait preuve de passion ni même d’intérêt pour le haut-niveau et qui accessoirement s’est frotté au Comité Organisateurs des Jeux en tentant d’imposer Lamotte-Beuvron comme site pour les épreuves équestres à la place de Versailles. Si on y ajoute ses mauvaises relations avec la Ministre des Sports, l’amour de Serge Lecomte pour Paris et ses JO semble à sens unique. On n’enlèvera pas toutefois à l’homme fort de Lamotte-Beuvron d’avoir le nez creux et compris qu’un tel événement planétaire est une occasion unique pour développer les affaires et vendre le savoir-faire français tant en matière d’enseignement que de production d’équidés au moment où le marché asiatique notamment est en pleine ascension.

Ce sens des affaires qui est le fil rouge de sa vie, on le retrouve dans les deux objectifs  nouveaux de son projet : viser le million de licenciés et développer la compétition amateur. Si l’on reformule au risque de caricaturer, Serge Lecomte est finalement fidèle à sa ligne qui n’est pas celle de l’héritage culturel de l’équitation, ou d’une vision philosophique autour de l’animal. Ce qui intéresse Serge Lecomte depuis le début, c’est la massification. Officiellement pour démocratiser l’équitation mais surtout concrètement pour faire tourner la machine à cash fût-ce parfois au prix d’un abaissement du niveau global. A l’opposé, Anne de Sainte Marie semble proposer une vison de l’équitation plus raisonnable, plus familiale. Plus apaisée diront certains en relevant les trois principes qui fondent son programme : démocratie, transparence, proximité. On pourrait y rajouter rajeunissement et forte féminisation en regardant sur son site internet l’équipe qu’elle propose.  Une révolution de velours somme toute.

Et puis, comme dans toute élection, se pose la question du bilan. Il y a bien entendu « l’héritage » que constituent les infrastructures fédérales de Lamotte-Beuvron, mêmes sujettes à de nombreuses critiques tant sur leur nature que sur leur gestion. Il y aussi cette promesse aux allures de serpent de mer, ce taux réduit de TVA qui tels les mirages s’éloignent chaque fois qu’on s’en rapproche. Il y a enfin la question délicate des violences sexuelles dans un sport aussi féminisé que l’équitation. La fédération semblait avoir voulu prendre le taureau par les cornes en rebond à des faits divers sordides mais, l’élan semble aujourd’hui stoppé.  Il y a surtout cette ambiguïté dans l’affaire Caudal ou après avoir été contraint comme directeur-salarié du club de Suresnes de licencier le mis en cause, c’est le Serge Lecomte président qui l’avait recruté à la FFE. La Ministre des sports n’avait pas apprécié ce jeu de bonneteau où la main droite feint d’ignorer ce que fait la main gauche et convoqué Serge Lecomte pour en discuter dans un entretien pas des plus cordiaux qui a laissé des traces.  

On n’enlèvera pas pour autant à Serge Lecomte une certaine franchise. Pas de grandes promesses lyriques de réformes mais, une continuité revendiquée, assumée, brandie en étendard.  Pas de fioritures ni de délicatesse non plus pour ceux qui viennent le défier sur le terrain électoral. “Après tout le boulot que nous avons fait, je ne vais pas laisser la Fédération à deux apprentis sorciers, ou en tout cas à des gens incompétents ” a-t-il glissé avec une méchanceté non feinte le 11 janvier dernier devant ses soutiens et la presse. Les intéressés apprécieront. Les électeurs eux, trancheront.

FFE : élections sous silence

godignon

Silence, on vote. La FFE, troisième fédération sportive en France (700 000 licenciés) est entrée en période d’élections depuis le 27 octobre dernier. Le processus s’achèvera le 22 novembre prochain dans la plus parfaite discrétion. A charge d’ici là pour les responsables de structures équestres (les simples licencies on juste le droit d’acquitter leur cotisation) de voter par internet ou par correspondance en faveur du candidat de leur choix. Et c’est là que les choses deviennent intéressantes car pour une fois deux approches radicalement différentes de l’équitation s’affrontent.

D’un côté, Serge Lecomte, président sortant tentera de rempiler pour un énième mandat. L’homme des poneys clubs s’est construit son petit royaume à Lamotte-Beuvron loin du bling-bling parisien. « Pour vivre heureux, vivons cachés » pourrait être sa devise. Mais si ce modèle présente des avantages, notamment sa rentabilité économique, il a néanmoins un grosse faiblesse, une dérive commerciale assumée qui se soucie peu de l’équitation à la papa et du haut-niveau.

 Et c’est là ou Hervé Godignon entre en jeu. L’ancien cavalier international membre de l’équipe de France a plus que de la personnalité. Il a de l’épaisseur, de la culture et du charisme. Et il faut l’avouer, cette chose rarissime qui complète parfaitement le personnage, du panache.

On dit que l’éducation est un passeport pour la vie. Hervé Godignon est un  ancien élève de Jean Couillaud. Le patronyme peut prêter à sourire mais le personnage est un peu à l’équitation ce que Socrate est à la philosophie, une figure, un sage. Celui qu’on désigne par le terme de « maître » a formé des générations non seulement de cavaliers mais, d’hommes de chevaux. La nuance est importante.  Or, à sa façon, Hervè Godignon est devenu à 64 ans le dépositaire d’une certaine vision de l’équitation, pour laquelle la tradition, quand elle a du bon, et les valeurs sont primordiales.

C’est à ce titre et suite au fiasco des Jeux Olympiques de Londres que le cavalier de Port-Mort, dans une attitude à la Cyrano de Bergerac, a lancé avec quelques-uns le mouvement des Indignés de la politique fédérale. Ce qui aurait pu être un feu de paille a gagné en intensité et s’est progressivement structuré en agrégeant des amoureux de leur sport et du cheval, capables de formaliser un programme de 50 propositions.

 Les équipes présentées par les deux candidats sont finalement à leur image. Une bande de « vieux grognards » (au sens Napoléonien) pour Serge Lecomte, un assortiment de personnalités fortes et reconnues de l’autre autour d’Hervé Godignon. Pour être caricatural, on pourrait dire que la où Serge Lecomte voit dans l’équitation un business, Hervè Godignon estime que c’est avant tout une école de la vie.

Dommage que les grands médias n’aient pas saisi l’importance de cette confrontation finalement si conforme aux tiraillements qui traversent notre société. Le résultat de cette élection est bien incertain, contrairement aux apparences. Il est encore temps de peser, chacun à son niveau pour faire basculer le plateau de la balance.