Aldrick Cheronnet : « surtout ne pas se prendre la tête et la grosse tête »

Aldrick Cheronnet et Tanael des Bonnes (archives)

Installé à Saint Nicolas de la Grave, entre Agen et Montauban, Aldrick Cheronnet se revendique comme un cavalier du Sud-Ouest bien qu’aucun accent ne vienne colorer sa voix. Son « pays » peut néanmoins être fier de lui. A Göteborg, dans les lointaines terres suédoises, Aldrick a signé la meilleure performance française dans la très disputée dernière étape du circuit Coupe du Monde. A défaut d’arracher sa qualification pour les finales Coupe du Monde de Paris ce cavalier pas tout à fait comme les autres méritait bien d’être passé sous un feu roulant de questions.

Aldrick Cheronnet, vous n’êtes pas un nouveau venu dans le milieu du saut d’obstacles. Ca fait une trentaine d’année que vous écumez les terrains de concours avec une participation régulière dans les internationaux jusqu’en 4*. Le 5* c’est vraiment différent ?

Oui, c’est tout à fait différent. Déjà le 4* c’est un palier, c’est une évidence par rapport au 3*. Au niveau de la concurrence ce sont des épreuves qui se courent beaucoup plus vite avec des cavaliers qui sont vraiment expérimentés.

Le grand public vous découvre essentiellement depuis un an, grâce notamment à vos participations dans le circuit Coupe du Monde et à la forte médiatisation de celui-ci. Est-ce que cette nouvelle notoriété à des incidences sur votre vie professionnelle ? Les regards qui se posent sur vous sont-ils aujourd’hui différents ? Est-ce que cela vous ouvre de nouvelles portes ?

Je ne me rends pas vraiment compte si le regard des gens a changé. Moi, je sais d’où je viens. C’est quelque chose d’assez difficile aujourd’hui. Tout est compliqué. Il suffit de la perte d’un cheval pour revenir dans un sport différent dans de la re-préparation et ainsi de suite. Je suis bien conscient de ces choses pour avoir eu moi-même des passages où l’on fait de beaux concours et après être revenu en arrière. Donc voilà, je continue mon chemin en préparant des chevaux pour essayer de rester au plus haut-niveau. Mais au niveau des retombées, ce n’est pas très simple. Je pense qu’elles se font lorsqu’on intègre les 50 meilleurs mondiaux. Aujourd’hui même lorsqu’on est dans un classement qui est bien il faut continuer à se battre pour essayer d’avoir des sponsors et séduire des partenaires pour améliorer son écurie.

La dernière étape qui vient de se courir à Göteborg ce week-end marque la fin d’un cycle. Ce rendez-vous historique du circuit Coupe du Monde semble vous porter chance. Il y a un an vous y avez signé votre première victoire en 5* dans le Grand Prix de la ville de Göteborg  Tout au long de l’année 2017 vous avez connu une formidable ascension au sein du classement mondial. Vous êtes ainsi passé du 292ème rang mondial au 99ème en fin d’année. A ce jour vous pointez à la 95ème place. Quel regard portez-vous sur cette année écoulée ?

C’était un peu mon objectif en 2017 d’intégrer les 100 meilleurs mondiaux. Je suis assez fier d’y avoir accédé. Maintenant j’ai pu arriver à rentrer dans ce classement et je suis satisfait parce que mes chevaux physiquement sont vraiment au top. Ce n’est pas toujours le cas quand on n’a pas une grosse écurie, un gros piquet de chevaux pour prendre des points pour la ranking. Jusque là, j’ai pu emmener mes chevaux dans ce classement avec des chevaux dans une très bonne santé et un âge qui est plutôt chouette et assez jeune par rapport à d’autres écuries.

Ça va être difficile d’améliorer le classement cette année, c’est évident. Il faut bien choisir les concours. D’une année sur l’autre il ya des points à perdre. Ca devient la course aux points. Il faut donc avoir une bonne stratégie car ça peut devenir « mortel ». Je ne voudrais pas que les chevaux subissent des problèmes de santé. C’est donc à moi de bien gérer tout ça pour pouvoir accéder à un meilleur classement.

Avez-vous amélioré des choses dans votre organisation ou la préparation de vos chevaux ?

Oui, j’ai changé beaucoup de choses. J’ai été un peu dur dans mon choix de chevaux. J’avais beaucoup de chevaux assez jeunes qui sautaient des épreuves 140-145.  Il a fallu que je prenne des décisions et que j’en vende pas mal dans l’incertitude qu’ils puissent faire des grosses épreuves. J’ai préféré les vendre de façon à avoir une trésorerie qui me permette de me consacrer un peu plus à mes chevaux de tête, à tort ou à raison. On va voir si ça va payer. J’en gardé quand même un par génération afin de me constituer une relève. Maintenant j’ai la chance d’avoir comme propriétaire Guy Belooussof, les écuries du Herrin, avec un réservoir assez important de jeunes chevaux. Je m’occupe aussi de Valentine, la fille de Guy, qui commence à accéder à un très bon niveau qu’il faut donc aussi fournir en chevaux. Je suis donc toujours à la recherche de propriétaires, de nouveaux chevaux.

Vous ratez de très peu votre qualification pour les finales Coupes du Monde de Paris mais de belle manière en décrochant une superbe 5ème place. Vous n’êtes pas trop déçu ?

On peut toujours être déçu, et me dire il manque un point ! C’est un petit 4 points ici ou là. Je me dis que c’est bien dommage. Maintenant je suis extrêmement satisfait de la saison que le cheval m’a procuré. C’est la première fois que je cours ce circuit. J’ai beaucoup de chance que Philippe Guerdat m’ait mis dans ces Coupes du Monde et m’ait fait confiance. J’ai pris de beaucoup d’expérience. Je ne perds pas espoir d’une finale. Il peu y avoir des rebondissements. Je me dis aussi tu as fait des fautes qu’à ce niveau on ne doit pas se permettre. Il faut arriver à être un peu plus serein dès le premier jour. Des petites choses. Si je n’y suis pas c’est parce que c’était un peu trop tôt. Aujourd’hui, je n’en tire que du positif.

Aldrick Cheronnet et Tanael des Bonnes (archives)

A bientôt 48 ans (son anniversaire est le 14 mars) vous êtes un homme et un cavalier mûr. Après un mini passage à vide de 2-3 concours vous avez rectifié le tir en décrochant un classement sans céder à la pression liée aux enjeux de qualification, sans prendre tous les risques notamment de mettre Tanael dans le rouge. Avec le recul vous pensez avoir fait le bon choix ?

Non, pas de regrets. Le premier jour j’avais mis le cheval dans une petite épreuve et il a très bien sauté. Le lendemain je l’avais mis dans la qualificative. Je ne sais pas trop l’expliquer, est-ce que c’est lui est-ce que c’est nous deux, il était assez chaud, à la limite trop dans la puissance, assez dur dans la bouche. Assez compliqué et pas assez dans la concentration. J’ai préféré m’arrêter et faire deux fois une volte. Beaucoup de personnes ont dit c’est fini, trop de pression, mais en sortant de piste j’ai dit à Philippe Guerdat « dimanche ça va aller, je le sens, ça va aller« . J’avais un gros pressentiment à ce niveau là mais je connais bien mon cheval. Je suis content parce qu’il a démontré que ce n’était pas une contre-performance, qu’il est en forme et qu’il est là. Il fallait rentrer dans les 5, je n’ai pas pris tous les risques. Ça n’a pas marché. Il me manque un point pour être qualifié mais je préfère être double sans faute que d’avoir fait 4 points. Là, pour le coût, j’aurais eu beaucoup de regrets.

L’anecdote rapporte que Tanael hennit souvent avant de rentrer en piste et que c’est plutôt bon signe. Il l’a fait à Göteborg ce week-end ?

Il ne l’a pas fait le premier jour, pas plus le deuxième. Il ne l’a pas fait pas non plus en entrant en piste pour le premier parcours Coupe du Monde donc je l’ai monté avec beaucoup de détermination (vidéo 1). Il l’a senti et était très à l’écoute même s’il a fallu que je le mette à l’effort deux ou trois fois pour le rendre vigilant. Par contre pour le barrage, en entrant, il s’est mis de nouveau à hennir et à je me suis dit, « on est au vert« . Et quand on regarde la vidéo du barrage, il a beaucoup mieux sauté car on s’est retrouvé complètement. C’était beaucoup plus fluide et moins à l’effort.

Parlez-nous de ce fils de Watch me Hoy. Il du genre facile ou compliqué ?

C’est un cheval qui est facile d’une certaine manière mais qui a besoin de se sentir en confiance avec son cavalier. Il a besoin de travailler dans la gaieté. On est tous les deux du genre instinctifs. On a nos codes. On est un petit peu du sud tous les deux puisqu’il a un courant de sang anglo dans la mère. On s’est un peu fabriqué comme ça. Mes autres chevaux ne fonctionnent pas du tout de la même manière. C’est notre sauce à nous deux.

Votre piquet de tête est également constitué d’Uris de la Roque et d’Atlantis. Ils se situent comment par rapport à Tanael ?

Valentine m’a confié Ioriot car elle a beaucoup de chevaux en ce moment. Un cheval remarquable avec beaucoup de potentiel mais un peu délicat. Il se rajoute à mon piquet pour une période de formation. Donc j’ai 4 chevaux plus ma jument Ciska (Van Paemel Z) qui va reprendre la compétition dans un mois et demi. Donc quand la saison extérieure va réellement débuter je vais faire deux lots de chevaux de façon à pouvoir faire des rotations sans les fatiguer.

Que faut-il vous souhaitez pour cette année 2018 ? Quel est votre objectif ?

L’objectif, c’est le plus haut ! Continuer à avancer, à rester humble et dans la normalité, surtout ne pas se prendre la tête et la grosse tête. Je reste de mon tracé où j’essaie de profiter au maximum de ce qui se présente, de mes chevaux, des beaux concours. De démontrer aussi qu’on a tous notre chance et qu’au travers de mes résultats il y a beaucoup de personnes qui peuvent s’identifier, se dire « il l’a fait à sa manière et on peut le faire aussi ». On a la chance d’avoir un sélectionneur qui ouvre énormément et qui donne sa chance à beaucoup de cavaliers donc il faut savoir la saisir et continuer à avancer.

Propos recueillis par Henry Moreigne

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Publié le 27 février 2018, dans A suivre, Coupe du Monde, découverte, et tagué , . Bookmarquez ce permalien. 1 Commentaire.

  1. patrick Dingreville

    Aldrick est un bel exemple de volonté , il adore les chevaux et !Sait leur transmettre l’envie de bien faire … Il est un vrai gagneur , un battant , j’ai eu la chance de partager de vrais bons moments d’équitation en tant que cavalier amateur passionné d’élevage de chevaux de sport , et il a su former certains de mes chevaux dont un anglo  » Magnum  » pour ne pas le citer ,et il a su l’emmener dans des GD Prix 150 avec de très honorables résultats .
    Je précise également qu’il est très agréable de monter les chevaux derrière lui, un vrai régal en épreuves .
    Félicitation pour ces très belles perfs ; respect et admiration .

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