Max Thirouin :  « je suis à la disposition de l’équipe de France »

Utopie Villelongue et Max Thirouin (archives)

Les lauriers de la gloire sont venus coiffer ce week-end une tête que l’on connaît bien sur le circuit hexagonal : Max Thirouin. Le cavalier du Haras de Saint Hubert (77) signe une très belle performance au CSIO de Lisbonne ce week-end. Deuxième par équipe (aux côtés de Cédric Hurel, Olivier Perreau et Aurélien Leroy) dans la Coupe des Nations et il remporte le dimanche le Grand Prix (160) avec le même cheval, sa fidèle Utopie Villelongue. L’occasion était trop belle pour poser quelques questions par téléphone à Max Thirouin sur le chemin du retour du Portugal dans le camion de Cédric Hurel.

Max Thirouin, vous venez de réaliser un week-end remarquable et remarqué à Lisbonne. Vous êtes un cavalier présent sur le circuit national et international depuis de très nombreuses années mais les plus jeunes ne vous connaissent peut-être pas très bien. Pourriez-vous vous présenter en quelques mots ?

Ma carrière professionnelle a commencé par une rencontre avec un monsieur, Hubert Parot, qui était ami avec mon père. Pour l’anecdote, j’avais 8 ans et Hubert Parot rentrait des Jeux de Montréal auréolé de sa médaille d’or par équipe en saut d’obstacles. Quel souvenir ! Je m’étais alors fixé pour objectif de remporter une médaille aux Jeux Olympiques ou dans un grand championnat. Un truc de gamin. Quelques années plus tard, je suis allé chez lui pour préparer le championnat de France Cadets. Il avait su trouver les mots pour me motiver. J’ai gagné les championnats de France !

Par la suite, j’ai eu une première vie avec deux chevaux qui s’appelaient Bonhomme et Caucalis avec lesquels je me suis trouvé à la porte des JO de Sydney. Puis, il s’est passé une drôle de chose où j’ai perdu ces deux chevaux, je n’avais plus le droit de les monter.

Plus tard, j’ai rencontré une dame extraordinaire, Marie-Solange Ewald, qui m’a fait monter des chevaux de très bonne qualité mais pas suffisante pour faire de grosses compétitions. Puis, il y a maintenant 9 ans, elle m’a « forcé » à acheter des jeunes chevaux. C’est grâce à elle que j’ai fait l’acquisition de chevaux comme Ballisto, Jewel de et Utopie. Ça, c’est ma deuxième vie. Celle où j’ai reconstruit des chevaux en les achetant moi-même. C’est une belle histoire car elle me permet de décrocher ma première victoire dans un Grand Prix CSIO. Lisbonne il faut dire est un concours qui me réussit bien. J’y suis allé trois fois. J’ai gagné la Coupe de Nations en 1999. En 2019, j’avais fait 3ème dans le Grand Prix. Cette année, c’est fabuleux. On fait deuxième de la Coupe et on fait un tir groupé dans le Grand Prix : Olivier Perreau est 3ème, Cédric Hurel 4ème et c’est Utopie qui gagne !

Utopie Villelongue justement, comment s’est fait la rencontre ? Comment est-elle arrivée chez vous ?

C’est un marchand à qui j’avais déjà acheté deux chevaux qui m’appelle en me disant j’ai une jument chez moi qui a quelque chose, viens la voir. Je lui réponds non, ce n’est pas possible, je n’ai plus de sous, j’ai tout dépensé dans les deux chevaux que je viens de t‘acheter. Il insiste, me dit, bouge-toi, va chercher des investisseurs ! Et ça s’est fait, grâce à l’aide d’un partenaire, M. Olivier Dumoulin. Je l’ai achetée à sa naisseuse, Mme Barbecot (63). Depuis j’aurais pu la vendre plein de fois mais je ne l’ai jamais fait.

Quelles sont les qualités de la jument qui vous l’ont fait acheter ?

Je l’ai essayé en fin de 4 ans donc c’est assez difficile à juger. Dès les premiers sauts, je la sentais très guerrière mais pas démonstrative comme certains. Elle a toujours fait un super job. A 5 ans, elle était sans faute, élite à la finale. A 6, elle est troisième du championnat. A 7, elle était en tête du championnat mais juste avant la finale je me déchire un adducteur. Elle a toujours été irréprochable à Fontainebleau. A 8 ans je l’ai engagée dans les Pro1 où elle fait toujours bien.

Votre sélection pour Lisbonne a été une surprise ?

C’est incroyable. Le 23 mai, Édouard Couperie m’appelle pour remplacer Robin Le Squeren. Le lundi, je ne savais pas que j’y allais, le mardi il a fallu courir partout, s’occuper des papiers, trouver une solution de transport pour être à l’heure pour la visite vétérinaire. C’était vraiment le truc improbable avec une certaine prise de risques. Je savais la jument prête, moi pas tout à fait car toujours en convalescence d’une blessure au psoas mais le bon résultat enregistré précédemment dans le GP 150 de Tours-Pernay m’a fait dire banco. Et puis, participer à une Coupe des Nations avec l’équipe de France, ça ne se refuse pas.

Comment voyez-vous la suite de la saison ?

Aujourd’hui, tous les feux sont au vert pour ma jument et moi. Edouard Couperie m’a indiqué que ce résultat m’ouvrait des portes. J’ai toujours dit que j’étais à disposition de l’équipe de France. Si Henk Nooren ou Edouard Couperie m’appellent, je répondrai présent. Je devais aller à Cabourg, un concours que j’apprécie vraiment, mais je dois ménager ma jument. Je n’ai qu’Utopie et donc je n’ai pas le droit qu’elle se blesse.

Comment êtes-vous organisé dans la gestion de votre piquet ?

En fait, à un moment donné, j’ai fait du concours avec deux chevaux de tête extraordinaires. Puis j’ai essayé de reformer des chevaux derrière et ça n’a pas fonctionné. J’ai acheté des chevaux d’âge mais moi je ne réussi qu’avec des chevaux que j’achète très jeunes. J’ai un 7 ans assez exceptionnel, un 6 ans fabuleux et quatre 5 ans qui sont extraordinaires mais, c’est long ! J’ai essayé de travailler avec des marchands de chevaux mais je n’ai pas réussi à trouver une bonne entente avec certains, puis j’ai eu un très gros problème avec un marchand Belge, ça s’est très mal passé. Mon rêve aurait été pourtant de travailler avec un marchand car un cavalier de haut niveau ne peut travailler tout seul, il faut un système autour de lui. C’est ce que je commence à construire avec des partenaires qui vont chercher des jeunes. Je suis en train de me faire un très beau piquet de jeunes mais j’ai 3 ans à attendre et Utopie en attendant est toute seule.

Max Thirouin, on vous retrouve beaucoup sur les réseaux sociaux (Facebook, Instagram). C’est vous qui êtes derrière ou est-ce un professionnel ?

(Rires). Facebook, je suis derrière. Par contre, Instagram, je ne devrais peut-être pas le dire, mais c’est ma fille qui s’en occupe. Facebook je le fais entre deux parcours. J’ai trouvé le truc. Mon groom me filme toujours. Je raccourcis la vidéo et je mets une petite phrase.

Pour commenter votre victoire à Lisbonne, vous mentionnez quelques mots sibyllins (le bonheur enfin). Pouvez-vous développer ?

J’ai fait beaucoup de bonnes performances mais, c’est pour toutes les fois où sur de grosses échéances, c’est passé à la trappe. C’est une frustration. Quand je dis « enfin », c’est que là, ça a tenu jusqu’au bout. C’est un vrai soulagement. Aujourd’hui, je n’ai plus d’objectifs élevés. Je voudrais gagner un bon Grand Prix, un très beau Grand Prix. Je suis en ce moment sur nuage. J’ai atteint mon objectif avec cette jument. Elle a été incroyable. Je tiens vraiment à remercier le staff fédéral pour cette sélection. Bien entendu, je suis à la disposition de l’équipe de France.

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