L’équitation, un frein au développement du pentathlon moderne ?

Un logo de l’UIPM qui appartiendra bientôt au passé.

Sans lien direct avec les images désastreuses de l’épreuve d’équitation lors des Jeux de Tokyo, les instances internationales du pentathlon moderne ont décidé de remplacer le saut d’obstacles par une nouvelle discipline à l’issue des Jeux de Paris. Joel Bouzou, ancien champion du monde et actuel président de la fédération française de pentathlon moderne indique que la réflexion était engagée depuis 2018 car « l’équitation est un frein au développement de notre sport que ce soit par rapport à la pratique ou aux coûts ».

Dans un communiqué diffusé ce 4 novembre, l’Union Internationale de Pentathlon Moderne (UIPM) précise la « démarche historique » qu’elle engage pour « renforcer la popularité et la crédibilité du pentathlon moderne, tout en préservant son statut de défi sportif physique et mental ultime, comme l’envisageait le baron Pierre de Coubertin, fondateur des Jeux olympiques modernes ».

L’UIPM évoque, avec beaucoup de franchise, qu’il s’agit pour elle d’évoluer pour assurer la pérennité son sport aux Jeux Olympiques et donc de répondre au cahier des charges du CIO.

Elle explique que la discipline qui remplacera le saut d’obstacles devra (entre autres) « être passionnante et facilement compréhensible pour les téléspectateurs, les internautes et tous les amateurs de sport, mais aussi être peu coûteuse pour les athlètes et les organisateurs ». Elle devra surtout s’inscrire dans un nouveau format adapté à la télévision qui permettra au public de regarder les cinq disciplines en 90 minutes. 

« À plusieurs reprises au cours des dernières décennies, notre sport a évolué pour répondre aux attentes changeantes du monde moderne (fusion notamment du tir et de la course à pied ndlr). Cette évolution a créé plus d’attrait pour les jeunes athlètes et les familles, plus de valeur pour les spectateurs et les audiences TV / numériques (…) » avance le président de l’UIPM, Klaus Schormann.

Qui veut noyer son chien l’accuse de la rage. Contrairement à ce que pourraient laisser croire les dirigeants du pentathlon, la pratique de l’équitation s’est largement démocratisée et le niveau équestre demandé aux pentathloniens est modeste. Qui plus est, l’équitation s’inscrivait parfaitement dans la philosophie du pentathlon qui est de sacrer l’athlète (autrefois le soldat) « parfait », le plus accompli en tout, c’est à dire capable de s’adapter et de répondre à toutes les situations. Or, justement c’est parce qu’elle est un sport de couple dans lequel le cheval est en partie le miroir du cavalier que l’équitation avait toute sa place dans ce sport. Car il ne s’agit pas d’être à cheval le plus fort ou le plus adroit, mais de développer une technicité, une maitrise de soi et surtout, de composer avec une monture dotée de sensibilité que le cavalier découvre le jour-même. 

Autrement dit, l’épreuve de saut d’obstacles apportait une part importante d’inconnu dans un sport où la préparation des autres disciplines vise, à l’inverse, à minimiser l’aléatoire. 

Dans ce mini psychodrame que constitue l’abandon de l’épreuve de saut d’obstacles dans le pentathlon moderne, l’essentiel de la responsabilité revient au CIO et à ses orientations qui visent à offrir à l’occasion du barnum des JO des disciplines lisses, pasteurisées, mondialisées pour garantir un audimat élevé et des recettes publicitaires en conséquence.

Si au-delà de la question des coûts on rajoute la montée en puissance des ayatollahs de la cause du bien-être animal qui condamnent en bloc toutes les formes d’équitation on peut être inquiets sur l’avenir des sports équestres aux JO. Le message délivré par l’UIPM devrait à cet égard être reçu 5/5 du côté de la FEI. Menacé depuis déjà plusieurs années, le concours complet, en premier pourrait à l’avenir faire les frais de ces nouveaux formats olympiques.

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