De quoi « l’affaire » du pentathlon aux JO de Tokyo est-elle le signe ?

Le genre de couverture qui écorne l’image de l’équitation

L’élimination surprise à Tokyo d’Annika Schleu, prétendante allemande à la médaille d’or dans l’épreuve de pentathlon moderne, a suscité une vague de réactions sur les réseaux sociaux et dans la presse. Haro non sur le baudet, ni même sur le cavalier mais, sur l’épreuve d’équitation du pentathlon, bouc émissaire de l’histoire.

A chaque jour sa polémique et son lot de violences et de bêtises bien servis en cela par la formidable caisse de résonance des réseaux sociaux où l’on assène sa vérité et où l’on condamne plus souvent qu’on ne gracie à la romaine, pouce abaissé ou pouce levé comme dans les jeux du cirque. Tout cela dans le confort de son anonymat, sans réflexion ni conscience des dégâts et des blessures que peuvent causer de simples mots. 

Les images, difficiles d’y échapper, tout le monde les a en tête. La scène est digne d’une mauvaise séance d’équitation dans un club. Une jeune athlète est en pleurs et perd tous ses moyens sur une monture peu coopérative qui refuse de galoper malgré les coups de cravache et d’éperon. Ailleurs qu’aux JO, on aurait invité la cavalière à se calmer, à reprendre ses esprits… ou à descendre. Mais à cet instant, Annika Schleu est en tête de la compétition, obnubilée par la vision de ce podium qui lui tend les bras et qu’elle ne verra finalement que de très loin. Elle termine l’épreuve à la 31ème place. 

La déception fait partie du sport. Pour un gagnant combien de perdants ? « Je ne perds jamais » disait Nelson Mandela. « Soit je gagne, soit j’apprends ». Qu’a retenu Annika Schleu ? Qu’avons-nous collectivement tiré comme enseignement ? Pour la meute des archanges déchus du net, le coupable est évident : les règles du pentathlon modernes sont inadaptées. Pire archaïques. Leur cœur balance entre deux options. Supprimer l’épreuve d’équitation pour les intransigeants qui flirtent avec l’anti-spécisme. Revoir les règles de l’épreuve et notamment l’attribution des chevaux pour ceux issus du milieu équin, conscients peut être que la suppression du saut d’obstacle dans le pentathlon ouvrirait la porte à la suppression complète de l’équitation aux JO.

Il faudrait pourtant prendre le temps de revenir aux origines du pentathlon. Dans l’Antiquité, ses 5 disciplines (disque, javelot, course, saut en longueur et lutte), étaient censées correspondre aux compétences du soldat idéal de l’époque. C’est Pierre de Coubertin lui-même qui le relance sous sa forme actuelle, le pentathlon moderne, en adaptant les disciplines aux qualités physiques d’un athlète complet et d’un soldat de cavalerie. Par sa symbolique historique, le pentathlon, sport mixte inscrit aux JO depuis 1912, est considéré comme emblématique de l’esprit olympique.

En quoi consiste-t-il ? L’épreuve du pentathlon moderne se déroule sur une journée, au cours de laquelle les pentathlètes marquent des points dans chaque discipline en fonction de leurs performances. La première discipline est le tir de précision avec un pistolet à air comprimé. Elle est suivie par l’escrime, une course en nage libre de 200 mètres et une épreuve de saut d’obstacles. Les athlètes disposent de 20 minutes d’échauffement sur un cheval inconnu (tiré au sort avant la course) pour boucler un parcours de 12 obstacles dont 1 double et 1 triple. L’épreuve finale est une course à pied de 3000 mètres.

Le pentathlon est donc une épreuve longue et exigeante tant sur le plan physique que mental. Et il arrive aux athlètes poussés dans leurs retranchements de craquer sur les deux plans. C’est la dure loi du sport, de tous les sports, les vainqueurs du jour étant les perdants du lendemain et inversement. Dans le cas d’Annika Schleu, on peut considérer que la jeune femme, ce n’est qu’une théorie, est arrivée à l’épreuve d’équitation avec un niveau d’émotivité qu’elle a communiqué à sa monture et qui a rendu impossible le calme et l’osmose nécessaire à l’accomplissement de son tour. En d’autres termes, Annika Schleu n’a pas pu ou su s’adapter au cheval qu’elle a découvert le jour même. Mais n’est-ce pas là justement la fonction de chaque épreuve, de passer au tamis chaque concurrent pour vérifier sa capacité de réponse à l’adversité ?

Sur cet aspect-là, se focaliser sur l’échec de la jeune Allemande peut sembler être une erreur. L’épreuve d’équitation a-t-elle été un carnage pour l’ensemble des concurrents ? Non. L’aléa fait partie du sport. Nicolas Delmotte, Pénélope Leprevost peuvent en témoigner tout autant que Simon Delestre dont la rêne droite avait cassé lors des JO de Londres en 2012, un incident rarissime. La force des images a donc mis Annika Schleu en avant bien malgré elle. L’image de l’équitation a été incontestablement abimée mais plutôt que de supprimer l’épreuve d’équitation ou d’en revoir les règles, c’est le niveau des cavaliers qu’il faut améliorer.

En attendant saluons avec retard la victoire dans cette épreuve de la Britannique Kate French et la 6èmeplace de notre compatriote Elodie Clouvel, vice-championne olympique à Rio en 2016. Ce sont elles les exemples à suivre.

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