Faut-il exclure les athlètes russes des événements sportifs internationaux?

Inessa Merkulova Finale Coupe du Monde de dressage Paris 2018

Coup de tonnerre lundi 28 février. Le CIO par voie de communiqué invite les fédérations sportives et les organisateurs de manifestations à exclure les athlètes russes et biélorusses des compétitions internationales. La plupart des fédérations, dont la FEI, emboîtent le pas. D’autres s’abstiennent.  Le sport serait-il passé sous la coupe de la politique au grand dam des athlètes ?

Etrange succession des faits. Pour ne pas froisser ses nouveaux amis chinois, la maître du Kremlin avait patiemment attendu la fin des Jeux d’hiver (hors paralympiques) de Pékin avant d’envahir l’Ukraine. Les dirigeants du CIO auront été moins précautionneux en mettant très rapidement au ban de la famille sportive les athlètes russes dès les frontières de l’Ukraine franchies. La rapidité de cette décision rompt avec l’attentisme affairiste du CIO, moins regardant sur le respect des droits de l’Homme, notamment au moment de l’attribution des Jeux. La vitrine ainsi offerte aux dirigeants chinois qui ont cumulé Jeux d’été et Jeux d’hiver interroge face aux menaces que l’Empire du milieu fait peser sur Taiwan sans oublier le traitement réservé aux populations tibétaines et ouïgours. Le CIO aurait-il un double discours ? Il lui faudra préciser ses règles en matière géopolitique.

Depuis les Jeux de Berlin, on sait que sport et politique font mauvais ménage. Sur le papier, le   CIO est une instance apolitique chargée de promouvoir la paix par l’intermédiaire de l’internationalisation du sport, des valeurs de l’olympisme et des rencontres entre les athlètes. Ses prises de position politiques sont on ne peut plus rares et semblent n’avoir lieu qu’en cas de risque de péril des valeurs de l’olympisme qu’il se doit de promouvoir.  Ce fût le cas avec l’exclusion de l’Afrique du Sud des JO de Tokyo en 1964 en raison de l’apartheid. Dans le cas l’Ukraine, la Russie a violé sans état d’âme la trêve olympique qui débute 7 jours avant les Jeux olympiques et se termine 7 jours après les Jeux paralympiques. C’est donc un nouveau tabou qui vient de tomber.

Dans les faits, le sport a souvent été un levier utilisé par des régimes autoritaires pour mettre en avant une idéologie nationaliste, c’est incontestable. Pour autant, le sport, comme la diplomatie, ne sont-ils pas des fils ténus qui, lors de crises internationales, sont des espaces de rencontre et d’échange à préserver ? Les athlètes russes, généralement ancrés dans une société civile sur laquelle ils ont une influence réelle, ne sont-ils pas victimes d’une double peine : celle de subir un régime autoritaire d’une part, de ne pas pouvoir exercer leur talent d’autre part ? Leur absence de participation à des compétitions internationales va-t-elle influer la politique russe ? On peut légitimement en douter. En revanche ce que l’on sait avec l’expérience c’est que les sanctions, loin d’enfoncer un peu plus un coin entre les peuples et leurs dirigeants, suscitent à l’inverse un réflexe pavlovien d’unité nationale dans lequel les opposants se trouvent contraints de soutenir les gouvernements qu’ils combattaient précédemment. 

L’exclusion des athlètes russes et biélorusses des Jeux paralympiques d’hiver qui ont débuté le 4 mars fait encore plus mal au coeur. Elle est ressentie, à juste titre, comme une injustice par des hommes et des femmes qui se sont consacrés avec engagement et beaucoup de sacrifices à cette échéance. La réponse qui leur est apportée : « Vous êtes les victimes des actes de vos gouvernements » n’est pas satisfaisante alors qu’était apparu un temps une solution de compromis à savoir, participer sous drapeau neutre.

Du côté des sports équestres, les conséquences sont nettement moins importantes que dans le cas des sports collectifs au regard du faible nombre d’athlètes russes. Pour autant, l’empressement de la FEI a obéir, le petit doigt sur la couture du pantalon, à la recommandation du CIO en dit beaucoup sur une époque où l’émotion et le temps court prédominent sur la raison et le temps long. L’absence de distinction entre les peuples et leurs dirigeants ouvre à cette égard une inquiétante boîte de Pandore.

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