Aix-la-Chapelle

Mondiaux d’Aix-la-Chapelle : état des forces en présence pour le CSO

En endossant le rôle de leader de l’équipe de France, Julien Épaillard a pris un billet de première classe pour l’ascenseur émotionnel des Mondiaux. Heureusement, le Normand a les nerfs solides. © Henry Moreigne

À quelques jours de l’entrée en scène du saut d’obstacles aux Championnats du monde d’Aix-la-Chapelle, la glorieuse incertitude du sport prévaut. Au plus grand dam des bookmakers, les jeux, loin d’être faits, sont particulièrement ouverts. Trente-deux nations sont engagées dans la compétition par équipes, avec un objectif qui dépasse largement la conquête des médailles : les meilleures nations décrocheront également leur qualification directe pour les Jeux olympiques de Los Angeles 2028. Toutes les conditions pour un très grand spectacle sont réunies : un lieu mythique, un plateau d’une grande densité et des enjeux sportifs majeurs.

Quelques nations focalisent cependant toutes les attentions. Entre les champions du monde suédois, les Allemands à domicile, une équipe de France ambitieuse, des Irlandais annoncés très compétitifs et une Grande-Bretagne auréolée de son titre olympique à Paris, difficile d’esquisser un podium.

La Suède, championne du monde en titre, face à un nouveau défi

Sacrée à Herning en 2022, la Suède aborde Aix-la-Chapelle avec le statut de championne du monde en titre. Henrik von Eckermann et Peder Fredricson restent les deux grandes figures de cette équipe, respectivement associés à Minute Man et Alcapone des Carmille.

La présence de Petronella Andersson avec Odina van Klapscheut et de Wilma McMahon avec Cicci BJN apporte une combinaison intéressante d’expérience et de jeunesse. La Suède dispose surtout d’une culture des grands championnats qui en fait une référence incontournable.

Mais conserver un titre mondial est toujours une autre histoire. Et le contexte d’Aix-la-Chapelle, avec son immense piste en herbe et la pression du public allemand, pourrait redistribuer les cartes.

L’Allemagne, l’avantage du terrain et une équipe redoutable

À domicile, l’Allemagne sera évidemment l’une des équipes les plus attendues.

Son quatuor associe Daniel Deusser et Otello de Guldenboom, Sophie Hinners et Iron Dames Singclair, André Thieme et DSP Chakaria, ainsi que Richard Vogel et United Touch S. Une équipe qui mélange expérience des grands rendez-vous, puissance et capacité à gérer la pression.

Richard Vogel sera particulièrement observé. Avec United Touch S, il dispose d’un cheval hors-catégorie capable de répondre aux parcours les plus exigeants.

L’Allemagne, c’est aussi « un banc de touche » impressionnant : Marcus Ehning et Christian Kukuk figurent parmi les réservistes. Cela illustre la richesse du réservoir allemand, mais aussi les choix cornéliens auxquels le sélectionneur a du faire face pour composer son équipe.

La France : ambitieuse, jeune et dangereuse

Pour la France, le Mondial constitue un rendez-vous majeur. L’objectif annoncé est clair : terminer dans les sept premiers pour obtenir la qualification olympique de Los Angeles.

L’équipe sélectionnée par Édouard Coupérie repose sur quatre couples :

  • Julien Épaillard – Fringan de Vesquerie
  • Antoine Ermann – Floyd des Prés
  • Nina Mallevaey – Dynastie de Beaufour
  • Olivier Perreau – GL Events Dorai d’Aiguilly

Kevin Staut et Exquis RB seront le couple de réserve.

Cette sélection est particulièrement intéressante car le sélectionneur national, Edouard Coupérie, a pris ses riques en misant sur un mélange des générations.

Julien Épaillard apporte son expérience, sa vitesse et sa capacité à gagner sous pression. Très en forme, le Normand a terminé le week-end sur une victoire dans le le Grand Prix du CSI 4* de Deauville associé à Donatello d’Auge. Son choix de Fringan de Vesquerie, plutôt que Donatello pour les Mondiaux sera du coup scruté avec attention.

Nina Mallevaey arrive avec un statut désormais bien établi au plus haut niveau. Antoine Ermann représente la nouvelle génération française, tandis qu’Olivier Perreau, déjà remarqué aux Jeux de Paris 2024, constitue un élément de stabilité précieux.

La France ne part donc pas comme l’équipe la plus expérimentée du plateau, mais elle possède un réel potentiel de performance. Sur le format très particulier d’un championnat, cette capacité à progresser au fil des manches peut peser lourd.

L’Irlande, peut-être la menace la plus sérieuse

S’il fallait désigner une équipe susceptible de créer la surprise – ou plutôt de confirmer une dynamique déjà bien réelle –, l’Irlande serait probablement en tête de liste.

Bertram Allen avec Qonquest de Rigo, Darragh Kenny avec Eddy Blue, Cian O’Connor avec Chatolinue PS et Shane Sweetnam avec James Kann Cruz composent un quatuor particulièrement expérimenté.

L’Irlande bénéficie d’une combinaison rare : des cavaliers habitués aux grandes échéances, des chevaux performants sur les parcours de championnat et une culture collective très forte.

Les premières analyses d’EquiRatings plaçaient d’ailleurs l’Irlande en tête des projections avant les Mondiaux, devant l’Allemagne. Une donnée à prendre avec prudence, mais qui traduit bien le niveau de confiance entourant cette équipe qui ne cache pas un très grand appétit.

La Grande-Bretagne : les champions olympiques changent de chevaux

La Grande-Bretagne arrive avec une particularité : les trois héros de l’or olympique de Paris – Scott Brash, Ben Maher et Harry Charles – sont de nouveau réunis, mais chacun avec un cheval différent.

Scott Brash mise sur Hello Mango, Ben Maher sur Point Break et Harry Charles sur LT Holst Freda. Ils seront accompagnés de Jack Whitaker avec Jack JL et Adrian Whiteway avec Chacco Volo.

Cette équipe possède une formidable expérience des grands rendez-vous. Mais le changement de montures introduit une forte inconnue.

Le cas de Harry Charles est particulièrement fascinant : sa collaboration avec LT Holst Freda est encore récente, mais les premiers résultats ont immédiatement suscité l’enthousiasme. Scott Brash, qui de son côté peut s’appuyer sur un piquet de rêve, a préféré Hello Mango à ses deux chevaux de réserve, Hello Folie et Hello Jefferson.

La Grande-Bretagne possède donc l’expérience nécessaire pour viser très haut, mais devra transformer cette expérience en régularité sur plusieurs jours.

La Suisse et la Belgique en embuscade

Derrière les équipes qui semblent naturellement destinées à jouer le podium, deux nations pourraient parfaitement se mêler à la bataille : la Suisse et la Belgique.

La Suisse aligne Martin Fuchs avec Conner Jei et Steve Guerdat avec Dynamix de Bélhème, deux couples capables de produire des parcours sans faute dans les moments décisifs. Gaëtan Joliat et Jason Smith complètent une équipe moins médiatique mais compétitive.

La Belgique dispose elle aussi d’une formation très solide avec Pieter Devos, Nicola Philippaerts, Abdel Saïd et Thibeau Spits. La présence de quatre couples expérimentés lui donne les moyens de viser une place parmi les meilleures nations. Dans ce domaine, les Diables rouges savent nous surprendre.

Les Pays-Bas : une équipe à ne surtout pas sous-estimer

Willem Greve et Grandorado TN N.O.P., Bas Moerings et Ipsthar, Michael Greeve et Denver, Harrie Smolders et Mr. Tac : les Pays-Bas présentent une équipe homogène et expérimentée.

Le sélectionneur Wout-Jan van der Schans a fixé un objectif pragmatique : terminer dans les sept premiers afin de décrocher la qualification olympique. Mais cette équipe pourrait bien viser davantage.

Harrie Smolders apporte notamment une expérience considérable des grands championnats et des Coupes des nations.

Et les États-Unis ?

Les États-Unis seront également à surveiller, même si leur équipe présente un profil différent. McLain Ward, Lillie Keenan, Laura Kraut, Katie Dinan et Marilyn Little composent la sélection américaine.

L’absence de certains couples américains attendus au plus haut niveau, notamment Kent Farrington et Greya, modifie quelque peu les projections. Les États-Unis restent néanmoins capables de jouer les premiers rôles grâce à la qualité de leurs chevaux et à l’expérience de leurs cavaliers.

Le véritable juge de paix : Aix-la-Chapelle

Au-delà des noms, une donnée pourrait être déterminante : le championnat se déroulera à Aix-la-Chapelle, un lieu qui ne pardonne ni les erreurs tactiques ni les baisses de concentration pour les cavaliers, ou les baisses de forme pour les chevaux.

La compétition de saut d’obstacles s’étalera du 18 au 23 août, avec une succession d’épreuves qui obligera les chevaux à conserver leur fraîcheur et les cavaliers à gérer leur effort. Les chefs d’équipe devront également composer avec une règle essentielle du championnat : quatre couples seulement seront finalement retenus pour chaque équipe, même si cinq couples peuvent être engagés dans la sélection.

C’est précisément là que la profondeur des équipes pourrait faire la différence. Une affaire à suivre !

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