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Serge Lecomte : l’affaire de trop ?

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Serge Lecomte. Photo : DR

L’histoire, nous enseigne que le terrible Al Capone n’est pas tombé en raison de ses principaux crimes et délits mais pour une simple affaire fiscale. Serge Lecomte n’est pas Scarface mais partage avec le légendaire gangster  de Chicago le fait de régner sans partage sur un empire qu’il s’est bâti au fil des ans et qu’il a su verrouiller avec une poigne de fer. Si les multiples procédures judiciaires ont glissé sur lui comme l’eau sur les plumes d’un canard, la statue du commandeur pourrait vaciller et choir en raison d’une « simple » affaire de mœurs. La légèreté du dirigeant est aujourd’hui clairement pointée par Médiapart qui l’accuse d’avoir fermé les yeux sur une affaire de pédocriminalité dont le mis en cause, ça ne s’invente pas, se nomme Caudal (« queue » en latin). Le souci pour le président de la FFE c’est que face à un organe de presse totalement indépendant comme Médiapart, les habituelles protections politiques ne fonctionnent plus. Avis de tempête en perspective.

Serge Lecomte a-t-il fait le mandat de trop ? Comme beaucoup de vieux alligators il ne s’est pas rendu compte que la température du marigot était montée d’un cran et surtout que le monde qui l’entoure  a changé. La puissance d’internet et des réseaux sociaux en a balayé plus d’un qui se croyait intouchable. La quête de vérité et surtout la fin de l’impunité autour des abus sexuels longtemps tus dans le domaine du sport signent la fin d’une époque, d’un système, et de certains dinosaures.

Rien à ce stade ne permet d’affirmer que la responsabilité judiciaire de Serge Lecomte sera engagée. Mais peu importe a-t-on envie de dire. Il a déjà perdu sur le plan médiatique et de l’opinion publique en adoptant une ligne de défense pathétique selon laquelle il n’aurait pas été au courant des antécédents judiciaires de Loïc Caudal.

On pourrait avoir une certaine clémence à l’égard d’un dirigeant qui se serait fourvoyé de bonne foi, avancerait le changement d’époque et de mentalité et son souci de ne pas briser la vie d’un ex-employé. Rien de tout ça. Aucun regret, aucune sincérité ni pensée pour les victimes, simplement un nouveau pied de nez avec en message subliminal un « venez me chercher si vous pouvez ». Au final le sentiment d’un système qui protège les siens, coûte que coûte, sûr que les choses finiront par s’étouffer. Circulez, il n’y a rien à voir.

Mauvais calcul. Le ministère des sports n’est plus celui de papa où l’on pouvait faire renvoyer une Directrice des Sports trop curieuse et à cheval sur la légalité par un simple coup de téléphone à ses amis politiques. La manœuvre serait aujourd’hui contreproductive et les retours d’ascenseurs ont aussi une date de péremption. Reste donc un président de fédération sportive seul et élimé qui n’a pas compris que dans un secteur aussi féminisé que celui de l’équitation l’impunité de prédateurs sexuels et le silence qui les entoure ne sont plus tolérables.

Deuxième caillou dans la chaussure du dirigeant c’est le nouveau type de ministre auquel il doit faire face. Pour la deuxième fois après Laura Flessel, la ministre actuelle des sports, Roxana Mărăcineanu, est une femme et une ancienne athlète (médaillée olympique) qui connaît bien la part d’ombre du sport. Avec elle, la traditionnelle culture de l’arrangement, du recours à certains réseaux n’a plus cours. On l’espère du moins.

Serge Lecomte est un vieux renard. Peut-être arrivera-t-il à semer la meute de ses poursuivants et à regagner sans une égratignure son terrier. Mais il est devenu contre son gré un symbole, un totem bien gênant. Ses fidèles et dévoués amis de la FFE sauront sans nul doute lui susurrer à l’oreille les mots du Guépard de Visconti. « Il faut que tout change pour que rien ne change ». A commencer peut-être par le président de la FFE.