Barcelone : l’Allemagne s’impose, la France termine huitième d’une finale qui lui échappe

La France rêvait d’un premier sacre dans la Longines League of Nations. Elle repart finalement de Barcelone avec une huitième place, loin de ses ambitions initiales. Deux semaines seulement après son éclatante victoire à Saint-Tropez-Gassin, l’équipe d’Édouard Coupérie n’a pas réussi à reproduire son niveau de performance au Real Club de Polo. Une déception à relativiser au regard d’une saison internationale particulièrement solide, mais qui laisse forcément un goût d’inachevé.
Au terme d’un après-midi spectaculaire, l’Allemagne a décroché son deuxième titre dans la Longines League of Nations, après un barrage face au Brésil. La Belgique complète le podium.
Difficile d’imaginer un scénario aussi éloigné des attentes françaises au moment d’aborder cette finale.
La France arrivait pourtant avec le statut de favorite
Les Bleus avaient terminé la phase qualificative en tête du classement avec 290 points, devant l’Allemagne et la Grande-Bretagne, à 275 points. Surtout, la France était la seule nation à avoir remporté deux des quatre étapes qualificatives : à Abu Dhabi en février, puis à Saint-Tropez-Gassin en septembre.
À Gassin, les Français avaient impressionné. Nina Mallevaey et Destine to Be, Antoine Ermann et Floyd des Prés, Simon Delestre et Gatsby du Tillard et Julien Épaillard avec Donatello d’Auge avaient offert une victoire construite avec seulement quatre points. La deuxième manche avait notamment vu trois parcours sans faute français, un vrai bonheur.
Mais Barcelone constituait une nouvelle histoire. Les compteurs étaient remis à zéro et, surtout, Édouard Coupérie avait choisi de modifier sensiblement son quatuor.
Pour la finale, le sélectionneur avait retenu Julien Épaillard avec Le Coultre de Muze, Antoine Ermann avec Floyd des Prés, Olivier Perreau avec GL Events Dorai d’Aiguilly, Nicolas Sers avec Eleven de Riverland et Kevin Staut avec Exquis RB. Cinq couples pour quatre places au départ.
Cette sélection avait du sens : elle associait l’expérience de Julien Épaillard et Kevin Staut, la régularité de Nicolas Sers, le talent émergent d’Antoine Ermann et la puissance d’Olivier Perreau.
Mais, cette fois, la mécanique tricolore n’a pas fonctionné.
Une première manche déjà compliquée
Le parcours dessiné par l’Espagnol Santiago Varela était à la hauteur de l’enjeu : 12 obstacles, 15 efforts et un temps accordé de 71 secondes, sur des hauteurs de 1,60 m. Seulement douze sans-faute avaient été enregistrés au premier tour, preuve de la difficulté du tracé.
Dans une telle finale, la moindre faute prend immédiatement une importance considérable.
La France n’a jamais réellement réussi à se mêler à la lutte pour le podium. Alors que l’Allemagne terminait la première manche avec un score vierge, les Bleus accumulaient les pénalités et se retrouvaient rapidement contraints de courir après le résultat.
Le contraste avec Gassin était saisissant.
Deux semaines plus tôt, la France avait affiché une remarquable homogénéité. À Barcelone, elle n’a jamais donné le sentiment de pouvoir imposer son rythme à la compétition.
Ermann, la continuité française
S’il faut retenir une constante dans la prestation tricolore, c’est sans doute Antoine Ermann et Floyd des Prés.
Le jeune Français avait déjà été l’un des hommes forts de la victoire de Gassin, où le couple avait réalisé un double sans-faute. La performance avait conforté la confiance placée en lui par Édouard Coupérie. La FEI soulignait d’ailleurs avant Barcelone que le couple arrivait en Catalogne avec une excellente dynamique. Ermann avait également participé aux championnats du monde d’Aix-la-Chapelle cet été avec Floyd des Prés. Le couple y avait terminé 74e individuellement, tandis que la France avait pris la huitième place par équipes
À 25 ans, Ermann continue donc d’emmagasiner une expérience précieuse au plus haut niveau. Sa présence à Barcelone confirme surtout une tendance de fond : il est désormais installé dans le groupe des cavaliers sur lesquels le sélectionneur peut compter dans les grandes échéances.
Épaillard et Staut : l’expérience n’a pas suffi
La présence de Julien Épaillard constituait évidemment l’une des principales armes françaises.
Le Normand arrivait avec l’un des chevaux les plus expérimentés du plateau. Donatello d’Auge était même le cheval ayant disputé le plus grand nombre de Grands Prix 1,60 m parmi les engagés, avec 51 participations à ce niveau. Mais à Barcelone, Épaillard avait choisi de s’engager avec Le Coultre de Muze.
Ce choix illustre aussi la difficulté de cette finale : les meilleures nations disposaient d’une profondeur de piquet exceptionnelle, mais la moindre association moins rodée dans ce contexte pouvait peser lourd.
Autre pilier du collectif français, Kevin Staut apportait toute son expérience. Sa présence dans la sélection témoignait de la volonté d’Édouard Coupérie de disposer de cadres capables de gérer la pression d’une finale aussi particulière. Mais là encore, la France n’a pas réussi à trouver la combinaison de performances individuelles qui permet de transformer quatre parcours corrects en résultat collectif.
Perreau et Sers : deux profils essentiels pour la suite
La finale de Barcelone doit aussi être regardée comme une étape dans la construction du collectif français.
Olivier Perreau possède désormais une vraie expérience des grands rendez-vous. Médaillé de bronze olympique par équipes à Paris 2024, il avait également participé aux Mondiaux d’Aix-la-Chapelle cet été avec Dorai d’Aiguilly.
Quant à Nicolas Sers, il s’est progressivement installé dans le dispositif de l’équipe de France. Avec Eleven de Riverland, il avait notamment obtenu une remarquable sixième place dans le Grand Prix Rolex de Falsterbo après un double sans-faute, confirmant sa capacité à performer sur les parcours les plus exigeants.
Ces deux couples représentent une partie importante de l’avenir du collectif français. Leur présence à Barcelone montre que Coupérie ne construit pas seulement une équipe autour de quelques individualités vedettes : il cherche aussi à élargir la profondeur de son groupe.
Une finale qui confirme surtout la puissance allemande
Au sommet, l’Allemagne a donné une véritable leçon de maîtrise collective.
Marcus Ehning avec Coolio 42, Jörne Sprehe avec Toys, Richard Vogel avec Cloudio et Sophie Hinners avec Iron Dames My Prins ont terminé les deux manches avec quatre points, soit exactement le même score que le Brésil.
Le titre s’est donc joué au barrage.
Et c’est Richard Vogel, numéro un mondial, qui a été envoyé au combat avec Cloudio.
Après une première chance manquée en deuxième manche, Vogel a cette fois parfaitement répondu à la pression. Rodrigo Pessoa, premier à s’élancer pour le Brésil avec Major Tom, a fait tomber la première barre. Vogel n’avait plus qu’à assurer… ce qu’il a fait avec un sans-faute en 40,85 secondes.
L’Allemagne remportait ainsi son deuxième titre dans la compétition. Cloudio recevait également le prix du meilleur cheval de la saison, récompensant sa régularité tout au long du circuit.
Le Brésil prend donc la deuxième place et la Belgique la troisième, tandis que les États-Unis terminent quatrièmes. La France est huitième, devant seulement l’Espagne.
Le résultat de Barcelone est incontestablement une déception. La France avait les moyens de viser beaucoup mieux. Elle arrivait en Catalogne avec le meilleur bilan de la phase qualificative et deux victoires au compteur. Elle pouvait légitimement prétendre au titre. Mais que serait le Jumping sans la glorieuse incertitude du sport ?
Le classement complet, ici.
