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Pius Schwizer suspendu, mais pas vaincu

Pius Schwizer dans ses oeuvres. © Henry Moreigne

Les nuages s’accumulent au-dessus de la tête de Pius Schwizer. Le 14 août dernier, la police cantonale soleuroise est intervenue chez le champion Suisse de 63 ans pour saisir, sur demande de créanciers, plusieurs de ses chevaux (5 ou 6) dans ses installations, à Oensingen. Aujourd’hui, Swiss Equestrian, la fédération équestre Suisse, a indiqué suspendre Pius Schwizer du cadre Élite, autrement dit de l’équipe nationale, estimant que sa situation financière n’est plus « compatible » avec les exigences de représentation de la Suisse.

Comme le disait avec son franc parler Jacques Chirac, « les emmerdes, ça vole toujours en escadrille« . Le communiqué de la fédération Suisse, même s’il relève d’une mesure automatique en raison de l’exemplarité attendue des membres de l’équipe nationale (Calvinisme oblige), n’est pas du genre à faire plaisir.
Il serait pourtant malhonnête de résumer la personnalité de Pius Schwizer aux difficultés financières qu’il rencontre, en l’espèce des prêts qu’il n’aurait pas remboursés. L’intéressé reconnaît les retards, mais les attribue en partie aux impacts différés de la pandémie. Le Suisse assure surtout vouloir régler ses dettes avec du temps et demande seulement un étalement des remboursements. Ces affaires privées auraient sans doute dû le rester. Il devient toutefois banal de constater qu’à l’heure du voyeurisme notamment des réseaux sociaux, il est toujours tentant de jeter l’opprobre sur une personnalité publique. « Calomniez, calomniez, il en restera toujours quelque chose » nous mettait pourtant en garde le philosophe Francis Bacon.

Pius Schwizer en effet, n’est pas n’importe qui, même s’il est originaire d’une famille modeste. Né le 13 août 1962 à Oensingen, dans le canton de Soleure, il est une figure emblématique de l’équitation suisse. Issu d’une famille où l’équitation était une tradition, son père, cavalier de cavalerie et fondateur du centre équestre d’Eich, l’initie à l’équitation dès l’âge de quatre ans. À huit ans, le jeune Pius participe à ses premières compétitions, révélant un talent précoce. Pour parfaire sa technique, son père l’envoie pendant un an chez un cavalier de dressage, une étape qui forge sa rigueur et sa précision.
Bien que formé initialement pour devenir boucher dans l’abattoir familial, Schwizer abandonne rapidement cette voie pour se consacrer pleinement à sa passion pour l’équitation. Au début des années 2000, il s’établit comme cavalier professionnel à Oensingen, où il vit aujourd’hui avec sa femme, Florence Schwizer-Seydoux, également cavalière.

Schwizer, c’est un palmarès impressionnant et une carrière marquée par la persévérance et le talent : médaille de bronze par équipes aux JO de Pékin en 2008 (avec Nobless M), une médaille d’or, toujours par équipes, aux championnats d’Europe de Windsor en 2009 (avec Ulysse). C’est aussi 5 mois comme numéro 1 mondial en 2010, sans oublier 4 titres de champion de Suisse et de très nombreuses victoires et classements en internationaux.

Les affaires financières aujourd’hui rapportées, parfois avec une certaine délectation, ne doivent pas faire oublier que Schwizer est un travailleur acharné, apprécié par ses pairs pour son professionnalisme et son engagement total pour l’excellence.

Pour la monarchie française, les juristes d’antan avaient développé la théorie dite des deux corps du roi. Ce dernier possédait tout à la fois un corps naturel, mortel, soumis aux faiblesses humaines et, un corps mystique, immortel et symbolique. On pourrait soutenir que nos athlètes, faits de chair et de sang, ont eux aussi droit à leurs faiblesses sans que cela n’altère leurs qualités de champion. Faisons confiance à Pius pour se remettre très vite en selle… financièrement. La compétition, après tout, c’est savoir surmonter les obstacles.

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