Archives de Catégorie: JEM Tyon

Tryon : avec Simone Blum, les jeunes prennent le pouvoir

FEI World Equestrian Gamesª Tryon USA

Simone Blum et DSP Alice. Photo FEI/Martin Dokoupil

Quel contraste entre les Jeux de Caen et ceux de Tryon. En Normandie il y a quatre ans, l’expérience était célébrée à l’issue d’une finale tournante mettant en lice quatre formidables cavaliers, matures, hommes de chevaux reconnus. En 2018, aux États-Unis, c’est une jeune femme de 29 ans qui est sacrée, Simone Blum, avec comme dauphin Martin Fuchs, 26 ans seulement. De dix ans son aîné, Steve Guerdat est le seul « vieux renard » à monter sur le podium.

Place aux jeunes donc puisque sur les 25 finalistes 6 avaient moins de 30 ans. Une surprise oui assurément alors que les McLain Ward, Harrie Smolders, Peder Fredricson et consorts se sont cassés les dents dans la course au titre. En filigrane se dessine une vraie question. Le saut d’obstacles est-il encore une discipline où l’expérience constitue un facteur déterminant ? Sans doute moins. Ce qui frappe à l’issue de cette compétition, c’est l’incroyable homogénéité qui prévaut tant au niveau technique des cavaliers que de la qualité des chevaux. C’est une bonne nouvelle en soi qui confirme que si on laisse jouer la concurrence, les favoris n’existent plus. Reste à confirmer la durabilité de ces jeunes pousses au plus haut niveau et donc leur capacité à mettre en place un système leur permettant d’assurer sans rupture la relève des chevaux qui les ont fait exploser sur le devant de la scène.

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S’il n’en reste qu’un, ce sera Deroubaix

American dream : McLain Ward, Adrienne Sternlicht, Laura Kraut, and Devin Ryan in their
presentation ceremony. ©Sportfot

L’équipe de France de saut d’obstacles a pris l’eau à Tryon. Elle termine 9èmede la compétition et ne décroche donc pas dans l’immédiat sa qualification pour les JO de Tokyo. Pas la peine d’épiloguer là-dessus ni de sortir les dagues. Les cœurs sont lourds et les mines basses. Mais, c’est ainsi. Les grandes nations équestres, club auquel appartient assurément la France, ont leur haut et leur bas. Rien de cyclothymique en cela. Chevaux et cavaliers sont des êtres vivants avec leurs fragilités. Si on y ajoute les contraintes économiques à savoir les circuits parallèles et la loi d’airain du mercato qui conduit à vendre les meilleurs montures, l’inconstance des résultats est un fait logique. Et puis, il faut bien en laisser un peu pour les autres et donc laisser la roue de la chance tourner. A cet égard, on ne peut pas dire que la France ait été mal servie aux Jeux Olympiques de Rio.

La déception pour Tryon est donc légitime même si elle était un peu prévisible. La sélection arrêtée par Philippe Guerdat était osée mais surtout imposée par le peu de cartes en sa possession. Avec un seul couple vraiment expérimenté mais en fin de carrière complété par trois autres qui découvraient (à l’exception de Nicolas Delmotte) le grand bain, ça passait ou, ça cassait. La deuxième hypothèse a prévalu face à des adversaires très bien préparés et équipés. Autre facteur handicapant dont il faut bien parler, c’est qu’une grande équipe ce n’est pas seulement un agrégat d’athlètes brillants, c’est aussi un petit supplément d’âme. Or, dans le camp tricolore, faute de temps sans doute, on n’a pas senti d’esprit de groupe et de conquête. Une équipe, ce n’est Philippe Guerdat qui le démentira, c’est toujours une complexe alchimie.

Reste le cas Timon d’Aure et Alexis Deroubaix. Ce sera sans doute la seule bonne surprise de ces Jeux. 13èmeau provisoire avant la grande finale de dimanche, Alexis Deroubaix, propulsé au plus haut niveau a soudain beaucoup de poids sur les épaules. Mais comme l’avais dit très intelligemment Emmanuelle Perron-Pette à propos de Rêveur de Hurtebise, à partir de maintenant, ce ne peut être que du bonus. Cette finale sera donc à regarder avec intérêt parce qu’elle promet du beau sport et que, qui qu’il advienne les couleurs françaises, dans cette dernière ligne droite, seront assurément bien portées par celui qui sera la révélation tricolore 2018.

Le classement individuel, c’est ici.

Le classement par équipe, c’est .

Rêveur de Hurtebise, 4 ans après

wks

Rêveur de Hurtebise HDC et Kevin Staut, il y a 4 ans lors des JEM de Caen

Le Français a la réputation d’être râleur. Nous n’allons pas déroger à la règle en avouant que Tryon rime avec frustration. Les horaires et les canaux de diffusion des Jeux Équestres Mondiaux qui se disputent en Caroline du Nord ne permettent pas de suivre comme on le souhaiterait les épreuves. Quant aux rediffusions ou différés, on ne peut que regretter leur absence. Les Jeux de Caen avaient mis la barre haute. Quatre ans plus tard, le décalage horaire et la disparition d’Equidia ne permettent pas d’atteindre ce niveau. Heureusement, les bons débuts des Français dans le championnat sont comme un rayon de soleil. Tout comme la présence de Rêveur de Hurtebise HDC sous la selle de Kevin Staut. Impensable il y a quelques mois, cette participation s’est pourtant imposée au fil du temps comme une évidence.

Rêveur, tel le Phénix. Avouons-le, c’est le genre d’histoire dont on raffole même si la fin n’est pas encore connue. C’est le site de L’Éperon qui la raconte à travers un entretien avec Emmanuelle Perron-Pette, propriétaire du Haras des Coudrettes et de Rêveur. Donné à 17 ans comme un cheval au bout du rouleau, lessivé et bon pour la retraite à l’issue des finales Coupe du monde de Paris-Bercy, Rêveur a signé par la suite un incroyable retour de forme et engrangé les classements en 5*. Puis vient le CSIO d’Aix-la-Chapelle où Rêveur fait une démonstration dans la Coupe des nations. C’est le déclic. La décision semble naturelle pour le cavalier, les propriétaires et le sélectionneur national. Rêveur est non seulement apte pour Tryon mais le couple particulièrement expérimenté qu’il constitue avec Kevin Staut constituera une pièce maîtresse du dispositif tricolore.

La suite immédiate, c’est l’épreuve de chasse qui vient de se dérouler ce mercredi. Le couple est pénalisé de 4 points sur le dernier obstacle mais signe le meilleur chronomètre. Kevin Staut affirme que la faute lui est imputable et se félicite de la qualité de saut de sa monture. Rien n’est perdu, le championnat sera long. « Quelle que soit sa performance ici, on le respectera et on l’écoutera » a prévenu Emmanuelle Perron-Pette avant d’ajouter « j’espère vraiment qu’il va bien faire pour la France certes, mais surtout pour lui. » Sa résilience est pourtant déjà une victoire, tout autant que la foi de son cavalier et de ses propriétaires en lui. Bon vent Rêveur de Hurtebise !